Élections législatives surinamaises de 2025

Élections législatives surinamaises de 2025
51 sièges à l'Assemblée nationale
(majorité absolue : 26 sièges)
Corps électoral et résultats
Inscrits 399 932
Votants 277 405
69,36% en diminution 4,7
Votes exprimés 273 444
Blancs et nuls 3 961
Parti national démocratique  Jennifer Geerlings-Simons
Voix 93 459
34,18%
en augmentation 10,2
Sièges obtenus 18 en augmentation 2
Parti de la réforme progressiste  Chan Santokhi
Voix 86 912
31,78%
en diminution 7,7
Sièges obtenus 17 en diminution 3
Parti général de la libération et du développement  Ronnie Brunswijk
Voix 31 798
11,63%
en augmentation 2,6
Sièges obtenus 6 en diminution 2
Parti national du Suriname  Gregory Rusland
Voix 31 215
11,42%
en diminution 0,4
Sièges obtenus 6 en augmentation 3

Les élections législatives surinamaises de 2025 ont lieu le afin de renouveler les 51 membres de l'Assemblée nationale du Suriname. Des élections municipales sont organisées simultanément. L'assemblée doit par la suite élire le président de la République, qui dispose de pouvoirs étendus.

L'élection provoque une nouvelle alternance dans le pays, le Parti de la réforme progressiste (VHP) du président Chan Santokhi subissant un recul au profit du Parti national démocratique (NDP) menée par Jennifer Geerlings-Simons, qui arrive en première place. Les alliés de coalition du VHP, le Parti général de la libération et du développement (ABOP), le Parti national du Surinam (NPS) et le Pertjajah Luhur (PL), opèrent en conséquence un retournement d'alliance en formant une nouvelle coalition, cette fois ci avec le NPD, ce qui permet à Jennifer Geerlings-Simons de se positionner en favorite de l'élection présidentielle.

Contexte

Chan Santokhi

Les élections législatives de mai 2020 amènent à une alternance. Le Parti de la réforme progressiste (VHP) mené par Chan Santokhi arrive en tête, doublant son nombre de sièges par rapport au scrutin précédent et réalise son meilleur résultat électoral depuis 1973. Le Parti général de la libération et du développement (ABOP), également dans l'opposition, obtient huit sièges, soit son meilleur résultat depuis sa création en 1990. Arrivé en deuxième place à la suite d'un recul de près de la moitié de sa part des voix, le Parti national démocratique (NDP) du président sortant et ancien dictateur Dési Bouterse subit quant à lui une importante défaite en perdant sa majorité absolue des sièges.

Le VHP et l'ABOP négocient la formation d'un gouvernement de coalition avec le Parti national du Surinam (NPS) est également jugée probable[1]. Le , une coalition quadripartite réunissant ces trois partis ainsi que le Pertjajah Luhur (PL) est annoncée avec le dirigeant du VHP, Chan Santokhi, pour candidat à la présidence de la république, et celui de l'ABOP Ronnie Brunswijk pour la présidence de l'assemblée, les autres partis obtenant des positions au sein du gouvernement et de l'administration. Bien que disposant d'une large majorité à l'assemblée, les quatre membres de la coalition ne réunissent cependant à eux quatre que 33 sièges sur 51, soit un siège de moins que la majorité des deux tiers nécessaire lors de l'élection présidentielle surinamaise de 2020[2]. La coalition menée par le NDP, reléguée dans l'opposition, renonce cependant à proposer un candidat, laissant les candidatures de Santokhi et Brunswijk sans oppositions[3]. Ceux ci sont par conséquent élus le 13 juillet par acclamation, avant de recevoir les félicitations de Dési Bouterse selon lequel « le peuple a parlé »[4].

Accusé d'avoir laissé un pays économiquement en ruine, condamné à 20 ans de prison pour les meurtres de 15 opposants politiques appelés massacres de décembre 1982, Desi Bouterte prend la fuite et meurt fin décembre 2024. Il est remplacé à la tête du NDP par Jennifer Geerlings-Simons[5],[6].

Le gouvernement mené par le VHP souffre quant à lui de nombreux scandales de corruption ainsi que d'une mauvaise gestion des finances publiques, au point d'être contraint de recourir à l'aide du Fonds monétaire international afin de restructurer sa dette publique. Bien qu'ayant été macro-économiquement réussie, cette restructuration force le pays à subir une politique d'austérité très impopulaire, au point de conduire à de violentes manifestations[7],[6].

Système électoral

L'Assemblée nationale est le parlement monocaméral du Suriname. Elle est composée de 51 sièges pourvus pour cinq ans au scrutin proportionnel plurinominal dans une unique circonscription nationale.

Depuis les élections législatives de 1987, la répartition des sièges s'effectuent à la proportionnelle, mais au sein de dix circonscriptions de 2 à 17 sièges correspondants aux districts du pays[8]. Ce changement fait suite à un arrêt en date de août 2022 par la Cour constitutionnelle qui juge discriminatoire et contraire à la Constitution, ainsi qu'aux traités internationaux, le système de plusieurs circonscriptions menant ainsi à leur abolition. L'Assemblée nationale approuve le nouveau système électoral le [9],[10].

Les candidats doivent être âgés d'au moins 21 ans, avoir la nationalité, résider dans leurs circonscription depuis au moins deux ans avant les élections et appartenir à un parti politique. Les candidatures indépendantes sont par conséquent impossibles.

Le Suriname fait partie des rares pays possédant un régime parlementaire doté d'un chef de l'exécutif fort à la fois chef de l'État et du gouvernement mais élu au scrutin indirect par le parlement pour un mandat concomitant au sien. À la suite de chaque élection législative, l'Assemblée nationale élit un nouveau président à la majorité qualifiée des deux tiers. Les candidats doivent être âgés d'au moins trente ans, avoir la nationalité et avoir résidé au Surinam les six dernières années. Si aucun d'entre eux ne réunit le nombre requis de voix après deux tours de scrutin, l'Assemblée ainsi que les Conseils des 10 districts et des 63 municipalités du pays se réunissent en Assemblée populaire unie (Verenigde Volksvergadering) pour élire un candidat à la majorité relative[11],[12].

Campagne

Quatorze partis participent au scrutin[13]. Parmi les principaux thèmes de la campagne figure la gestion des recettes potentielles provenant des grands gisements pétroliers récemment découverts, Jennifer Geerlings-Simons, cheffe du NPD, s'engage à exiger que « toutes les entreprises travaillent avec des Surinamais et achètent des produits surinamais » dans le cadre des efforts visant à garantir l'accès de la population aux bénéfices tirés des revenus pétroliers[14]. Le président sortant Chan Santokhi (VHP) s'engage à maintenir le statut du Suriname en tant que pays neutre en carbone et à utiliser une partie des recettes pétrolières pour la transition vers une économie verte et des projets connexes, notant que les réserves seraient épuisées dans 40 ans. Il promet également d'utiliser les revenus dégagés pour des distributions d'argent dans le cadre du programme « Royalties for Everyone »[15].

Résultats

Résultats nationaux[16],[17]
Parti Voix  % +/- Sièges +/-
Parti national démocratique (NDP) 93 459 34,18 en augmentation 10,21 18 en augmentation 2
Parti de la réforme progressiste (VHP) 86 912 31,78 en diminution 7,67 17 en diminution 3
Parti général de la libération et du développement (ABOP) 31 798 11,63 en augmentation 2,55 6 en diminution 2
Parti national du Suriname (NPS) 31 215 11,42 en diminution 0,37 6 en augmentation 3
Pertjajah Luhur (PL) 10 300 3,77 en diminution 2,28 2 en stagnation
Alternative 20 (A20) 7 461 2,73 en augmentation 1,09 1 en augmentation 1
Fraternité et unité en politique (BEP) 7 128 2,61 en augmentation 0,12 1 en diminution 1
Option pour le Suriname (OPTSU) 1 634 0,60 Nv 0 en stagnation
Alternative démocratique '91 (DA'91) 1 537 0,56 en augmentation 0,31 0 en stagnation
Le nouveau lion (DNL) 649 0,24 n/a 0 en stagnation
Parti politique Arena (APPLI) 517 0,19 Nv 0 en stagnation
Parti populaire Suriname vivable (VLS 2023) 339 0,12 Nv 0 en stagnation
Union démocratique du Suriname (DUS) 335 0,12 n/a 0 en stagnation
Parti de la communication (PVC) 160 0,06 Nv 0 en stagnation
Votes valides 273 444 98,57
Votes blancs et nuls 3 961 1,43
Total 277 405 100 51 en stagnation
Abstentions 122 527 30,64
Inscrits / participation 399 932 69,36

Analyse et conséquences

Résultats par districts

Le scrutin est un échec pour le Parti de la réforme progressiste (VHP) du président Chan Santokhi, qui perd la première place et plusieurs sièges au profit du Parti national démocratique (NDP) mené par Jennifer Geerlings-Simons[18]. Le VHP aurait ainsi souffert des nombreux scandales de corruption ainsi que de l'impopulaire politique d'austérité[7]. Deuxième vainqueur du scrutin, le Parti national du Surinam (NPS) décroche la troisième place, tandis que le Parti général de la libération et du développement (ABOP) recule et que le Pertjajah Luhur (PL) se maintient[7].

Bien que la coalition sortante bénéficie toujours d'une majorité à l'assemblée, l'échec électoral du VHP à se maintenir en tête conduit ses alliés  qui reprochent au VHP une trop grande mainmise sur la politique du gouvernement  à se rapprocher du NPD, Jennifer Geerlings-Simons parvenant à réunir autour de son parti une large coalition réunissant l'ensemble des partis autre que le VHP ayant obtenus une représentation à l'assemblée. S'ajoutent ainsi Alternative 20 (A20) et Fraternité et unité en politique (BEP), totalisant 34 sièges sur 51. Avec une telle majorité, qui atteint tout juste celle des deux tiers du total des membres du parlement, la dirigeante se retrouve quasi assurée de remporter l'élection présidentielle[7].

Notes et références

Notes

    Références

    1. (nl) « Onderhandelingen nieuwe coalitie begonnen », sur DWTonline.com (consulté le ).
    2. (nl) « Starnieuws - Breaking: Santokhi president en Brunswijk DNA-voorzitter », sur www.starnieuws.com (consulté le ).
    3. (nl) FE-Redactie, « Santokhi en Brunswijk enige kandidaten voor president- en vicepresidentschap van Suriname », sur Suriname Nieuws Magazine, culturu (consulté le ).
    4. (nl) « Live blog: Verkiezing president en vicepresident Suriname », sur DWTonline.com (consulté le ).
    5. (en) « Desi Bouterse, a dictator convicted of murder who twice ruled Suriname, has died at 79 », sur AP News, (consulté le )
    6. 1 2 « Au Suriname, des élections législatives indécises sur fond de crise socio-économique ».
    7. 1 2 3 4 (en) https://apnews.com/author/gerold-rozenblad, « A new coalition challenges Suriname's president after a close election », sur AP News, (consulté le ).
    8. Union interparlementaire, « Suriname Nationale Assemblee (Assemblée nationale) : Texte intégral », sur archive.ipu.org, (consulté le ).
    9. (nl) « CHof: Kiesregeling in strijd met 'one person one vote' », sur starnieuws.com, Star Nieuws, (consulté le ).
    10. (nl) « Kiesstelstel gewijzigd; verkiezingen zijn weer mogelijk », sur starnieuws.com, Star Nieuws, (consulté le ).
    11. (en) . « Constitution surinamaise de 1987 ». (version en vigueur : 1992) [lire en ligne (page consultée le 22 mai 2025)].
    12. (nl) Assemblée nationale du Suriname, « Soorten vergaderingen », sur dna.sr (consulté le ).
    13. (nl) Rédaction, « BEP trekt nummer 1 bij loting kandidatenlijsten; A20 en NPS in top 3 », sur srherald.com, Suriname Herald, (consulté le ).
    14. (en) AFP, « With eye on oil wealth Suriname parties enter coalition talks », sur france24.com, France 24, (consulté le ).
    15. (en) AFP, « Suriname president vows oil bonanza won't hit carbon-negative status », sur france24.com, France 24, (consulté le ).
    16. Résultats définitifs
    17. (de) Ministère de l'Intérieur du Suriname, « Voorlopige verslaglegging verkiezingresultaat 2025 » (consulté le ).
    18. « Suriname : Le NDP en tête des résultats », sur franceguyane.fr, franceguyane, (consulté le ).
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