Armée beylicale tunisienne

Armée beylicale tunisienne
Officiers d'infanterie vers 1840.
Cadre
Type
Pays

L'armée beylicale tunisienne est l'ensemble des forces armées régulières du beylicat de Tunis, administré par le monarque, soit le bey de Tunis, des réformes de 1830 jusqu'à l'instauration du protectorat français de Tunisie en 1881.

Histoire

Origine et structure

Officiers de marine vers 1850.

Les premiers bataillons de l'armée régulière tunisienne moderne sont créés en même temps que la réforme de l'armée ottomane et au lendemain de la conquête française de l'Algérie en 1830. À l'initiative du ministre de Hussein II Bey, le mamelouk Chakir Saheb Ettabaâ, un bataillon de fils d'Ottomans et de quelques fils du pays est créé à Tunis dès . L'année suivante, un autre bataillon est composé principalement de Sahéliens et basé à Sousse. Les soldats et officiers sont entraînés, habillés et équipés à l'européenne, à l'image des premiers régiments de l'armée ottomane issue des réformes du sultan Mahmoud II, au lendemain de la suppression du corps des janissaires. Ahmed Ier Bey reprend les timides réformes du règne de son oncle Hussein II et engage le pays dans une profonde modification de son armée et de son État avec la création de l'École militaire du Bardo, première institution d'enseignement moderne dans la région[1].

Faits d'armes

Défilé du contingent de la guerre de Crimée (1856) commandé par les généraux Rachid, Mohamed Chaouch et Osman, devant Mohammed Bey au palais de La Marsa.

Entre 1837 et 1957, environ 100 000 soldats tunisiens combattent aux côtés des Ottomans, des Britanniques et des Français[2]. Durant la guerre de Crimée, un contingent tunisien de 12 000 soldats combat ainsi de 1854 à 1856 sous le commandement du général Rachid, du général Osman et du général Chaouch.

Au départ, ils sont désignés sous l'appellation générale « Algériens ». Ils ne reprenent officiellement leur identité de « Tunisiens » qu'à partir de 1939[2].

L'insurrection menée par Ali Ben Ghedhahem, dite aussi révolte de la mejba, a lieu d' à . La répression s'organise dès , avec le départ de trois colonnes armées : la première vers Le Kef, dirigée par le général Rustum, la seconde vers Kairouan, dirigé par Ali Bey, prince héritier, et une troisième, la plus importante, vers le Sahel et commandée par le général Ahmed Zarrouk.

Indépendance

En 1956, l'armée tunisienne intègre les Tunisiens de l'armée française et les membres de la garde beylicale, soit près de 2 000 hommes[3].

Industrie militaire

Hammouda Pacha est le premier bey à doter le pays d'une industrie militaire avec la création d'une fonderie moderne de canons à la Hafsia, vers 1810, en plein centre de la médina de Tunis. Celle-ci est de petite taille mais fournit les forts et la marine du pays en petits canons jugés assez efficaces d'après les commentateurs de l'époque. Toutefois, pour assurer la fourniture de la nouvelle armée, Ahmed Ier Bey dote le pays de plusieurs manufactures modernes sur le modèle européen autour de 1840 :

  • une draperie à Tebourba placée sous l'autorité du caïd Mahmoud Ben Ayed, comprenant 400 ouvriers dont 48 qualifiés et quatre ingénieurs français, utilisant des machines importées d'Angleterre ;
  • deux tanneries à Mohamedia et dans l'enceinte de la kasbah dont les ouvriers proviennent de l'artisanat tunisien ;
  • une deuxième fonderie de canons construite sur la route du Bardo, en complément de celle de la Hafsia, équipée de machinerie européenne pour équiper totalement les régiments d'artillerie sans qu'il soit plus nécessaire d'importer des canons ;
  • une fabrique d'armes légères, dans la caserne de Sidi Ismaïl à Tunis, où travaillent des artisans des corporations tunisiennes même si les quantités produites et la qualité des fusils sont médiocres ;
  • plusieurs mines exploitant le salpêtre à Gafsa et le plomb à Téboursouk et Béja[4] ;
  • deux poudreries à la kasbah de Tunis et à El Jem ;
  • une importante minoterie moderne est installée à Djedeida afin d'assurer les besoins en vivres alors que la manutention de la Dabdaba, près de la kasbah de Tunis, comprend une boulangerie industrielle et une huilerie à presses hydrauliques.

Vers 1865, plusieurs de ces usines sont démontées ou laissées à l'abandon lors de la crise financière qu'elles contribuent à engendrer.

Notes et références

  1. (en) Harold D. Nelson, « Tunisia: a country study » [PDF], sur marines.mil, Library of Congress Country Studies (en), (ISSN 1057-5294, consulté le ).
  2. 1 2 « Aux armes, Tunisiens ! », Jeune Afrique, (ISSN 1950-1285, lire en ligne, consulté le ).
  3. Christophe Giudice, « Les anciens combattants marocains et tunisiens de l'armée française : enjeux d'histoire et de mémoire », dans Autour des morts de guerre : Maghreb - Moyen-Orient, Paris, Éditions de la Sorbonne, coll. « Internationale », (ISBN 978-2-85944-874-5, lire en ligne), p. 119–145.
  4. Alors que la première n'est jamais entrée en service, la seconde ne parvient qu'avec peine à subvenir au besoin de l'armée.
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