Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques

Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques
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Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : 5e session, à Bologne, en 1871 (Museo Civico, Bologna).
Cadre
Forme juridique scientifique
But Internationalisation des connaissances préhistoriques
Surnom CIAAP
Fondation
Fondation 1865
Fondateur l'idée initiale provient de Gabriel de Mortillet et d'Édouard Desor
Origine Le CIAAP a été créé afin de partager, à un niveau international, les nouvelles découvertes liées à la Préhistoire.
Identité
Personnages clés Gabriel de Mortillet, Edouard Desor et Giovanni Capellini
Président A chaque congrès, un président est nommé. Celui-ci varie en fonction du lieu où se déroule le dit congrès
Membres variable en fonction des années
Dissolution
Dissolution 1912
Fusionnée dans UISPP

Le Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques a été conçu en 1865 à l'initiative de Gabriel de Mortillet et d'Édouard Desor[n 1], dans le but de stimuler les études préhistoriques et de les uniformiser au niveau international. Le CIAAP a d'abord été connu sous le nom de Congrès Paléoethnologique International[4].

Contexte et histoire

Les études archéologiques relatives à la Préhistoire ont connu un début bien plus compliqué que celles liées à l'Antiquité. En effet, cette période de l'histoire humaine intéressait grandement les antiquaires. Ainsi, pour ceux-ci, il s'agissait principalement de récolter les objets archéologiques. De plus, face à la vision de l’Église, il était difficilement concevable que des évènements aient eu lieu longtemps avant le déluge. C'est notamment la longue recherche de Jacques Boucher de Perthes, débutée dès 1830, de preuves de l'existence de l'homme antédiluvien, qui amena à la dénomination d'une nouvelle "ère humaine" : la Préhistoire[5],[6].

L'archéologie n'a pas toujours été ce qu'elle est actuellement. En effet, à ses débuts, elle ne pouvait pas être considérée comme une science. Au cours de son développement, elle a vu ses protocoles et ses techniques se spécifier[7]. De plus, l'acceptation de la Préhistoire a grandement révolutionné l'archéologie car les premiers grands scientifiques à s'être intéressés à l' "anté-histoire" sont notamment des géologues. Ainsi, certaines méthodes archéologiques actuelles, comme la stratigraphie, sont communes avec les sciences de la Terre. Dès les années 1850, les découvertes archéologiques concernant la Préhistoire se font de plus en plus nombreuses, et elles suscitent des débats entre scientifiques[8].

La Préhistoire est restée longtemps une affaire purement nationale. C'est notamment grâce au CIAAP que les chercheurs ont pu partager leur savoir. En effet, avant le CIAAP, même si les études préhistoriques s'étoffaient dans chaque nation, la portée de celles-ci ne dépassait guère les frontières. L'organisation de réunions internationales a permis aux chercheurs de partager leurs études et ainsi de comparer leurs diverses connaissances, et a contribué à atténuer la pression des enjeux identitaires inhérents à la recherche sur les origines. Grâce à l'internationalisation des connaissances, le CIAAP a eu comme effet une forme d'uniformisation des études préhistoriques[4].

C'est à La Spezia (Italie), en 1865, que le congrès fut créé à l'initiative de Gabriel de Mortillet et Edouard Desor. Toutefois, Giovanni Capellini a également joué un rôle important dans l'élaboration de ce projet. Durant ses deux premières années, ce dernier était connu sous l'acronyme C.P.I. (Congrès Paléoethnologique International). Dès 1867 il fut renommé C.I.A.A.P. (Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques)[4],[9].

Les congrès organisés par le CIAAP ont débuté en 1866 à Neuchâtel et ont été abandonnés à la suite de la session organisée en 1912 à Genève. La principale cause de la fin prématurée de ces congrès est la situation politique de l'Europe, qui déboucha notamment sur la Première Guerre mondiale. 1912 n'est pas la seule année où le CIAAP a été perméable au contexte politique : plusieurs congrès ont subi les aléas de la situation politique internationale et même du patriotisme des différentes nations. Mais il n’en a pas toujours été ainsi ; exemple, le congrès de 1871 à Bologne qui a eu lieu au lendemain de la guerre franco-allemande : les scientifiques français s'y sont rendus malgré la défaite française et ont ainsi montré que l'aspect militaire n'avait pas empiété sur l'aspect scientifique.

De plus, malgré la représentation de nombreux pays lors des divers congrès (voir section "Pays membres"), le français reste la langue majoritairement parlée. De facto, elle est devenue la langue officielle du CIAAP[10].

D'autres organismes, s'inspirant du CIAAP, ont vu le jour tel que l'I.I.A. (Institut International d'Archéologie) et l'U.I.S.P.P. Toutefois, malgré les nombreux efforts fournis, les congrès n'égalèrent plus l'extraordinaire succès rencontré lors des débuts du CIAAP[9].

Lieu et date des congrès

Le CIAAP était international et chacun de ses congrès fut organisé dans un pays différent. Le tableau ci-dessous[4] liste les différents lieux où se sont déroulées les conférences.

Année Pays et villes d’accueil
1866 Suisse - Neuchâtel
1867 France - Paris
1868 Angleterre - Londres
1869 Danemark - Copenhague
1871 Italie - Bologne
1872 Belgique - Bruxelles
1874 Suède - Stockholm
1876 Hongrie - Budapest
1880 Portugal - Lisbonne
1889 France - Paris
1892 Russie - Moscou
1900 France - Paris
1906 Monaco
1912 Suisse - Genève

Thèmes abordés lors des différents congrès

Chaque congrès a fait l'objet d'un thème prédominant ou nouveau et chaque congrès a été organisé sous forme d'alternance entre des réunions et des visites. De plus, durant chaque congrès, un intérêt particulier a été émis sur l'archéologie du pays d'accueil du congrès.

Les membres participant au premier congrès, en 1866 à Neuchâtel et présidé par Édouard Desor, ont abordé principalement le thème des sites lacustres et des collections d'objets s'y rapportant. Ainsi, le comité de scientifiques a pu découvrir les fameux sites palafittiques bordant le lac de Neuchâtel. Toutefois, d'autres sites importants ont été cités comme celui de Zurich. La station de Greny ainsi que la métallurgie du fer ont également fait partie des thèmes abordés lors de ce congrès[10].

Le deuxième congrès, à Paris en 1867, a rencontré un franc succès étant donné que l'Exposition Universelle avait lieu au même moment. L'abbé Bourgeois a profité de cette occasion pour présenter les silex de Thénay et aborder la question de l'"homme tertiaire"[10].

Le troisième congrès, à Norwich (Londres) en 1868 sous la présidence de John Lubbock, a accueilli des discussions centrées sur les sépultures (mobiliers, cistes, etc.) de diverses régions telles que l'Aberdeenshire. D'autres thèmes ont été abordés tels que la filiation de l'Homme, Stonehenge, ou encore les amas coquilliers (kjoekkenmoeddings)[10].

Durant le quatrième congrès, présidé par Jens Jacob Asmussen Worsaae au Danemark, les kjoekkenmoeddings ont été présentées par Steenstrup et Worsaae. D'autres recherches relatives aux dolmens et aux régions nordiques ont été exposées comme la composition des sols et les objets retrouvés dans les différentes couches stratigraphiques[10].

Le congrès de Bologne, en Italie, ayant eu lieu en 1871 et présidé par Giovanni Gozzadini, a été marqué principalement par les Terramares et par diverses excursions sur les sites archéologiques d'Italie. D'autres scientifiques ont présenté leurs recherches sur l'archéologie des régions napolitaines et des Apennins. Un détour géographique a été fait pour aborder la question des stations lacustres en Autriche[10].

Présidé par M. d'Omallius d'Halloy, le congrès de Bruxelles de 1872 eut un grand succès. Tout comme les précédents congrès, un certain nombre de visites ont été organisées notamment dans les cavernes présentant des restes archéologiques. L'abbé Bourgeois a présenté la suite de ses recherches concernant l'homme tertiaire exposé une première fois au congrès de Paris en 1867.

Le congrès de Lisbonne de 1880 a accueilli la présentation des silex d'Otta[10].

Le quatorzième congrès, ayant eu lieu à Genève, a été présidé par l'anthropologue Eugène Pittard[11].

Pays représentés

1867[12] 1869[13] 1871[14] 1872[15] 1874[16] 1889[17] 1892[18] 1900[19] 1906[20] 1912[21]
Algérie X
Allemagne X X X X X X X X X X
Argentine X X X X X X
Autriche-Hongrie X X X X X X X X X X
Belgique X X X X X X X X X X
Brésil X X X X
Bulgarie X X
Canada X X X
Chili X
Cuba X X
Danemark X X X X X X X X
Écosse X X X
Égypte X X
Équateur X X
Espagne X X X X X X X X X X
États-Unis d’Amérique X X X X X X X X X
Finlande X X X X
France X X X X X X X X X X
Grèce X X
Grande-Bretagne X X X X X X X X X X
Italie X X X X X X X X X X
Japon X X X
Iles Canaries X
Indes Orientales X
Luxembourg (Grand-Duché de) X X X X X X
Mexique X X X X X X X X X
Monaco X X X X
Norvège X X X X
Paraguay X
Pays-Bas X X X X X X X X
Portugal X X X X X X X X X X
Provinces de la Plata X
Roumanie X X X X X X X X X
Russie X X X X X X X X X X
Serbie X
Siam X
Suède X X X X X X X X
Suisse X X X X X X X X X X
Turquie X X X X X
Uruguay X X
Venezuela X
Zélande (Nouvelle-) X

Notes et références

Notes

  1. Selon Thulié, en 1861 des scientifiques allemands réunis à Gœttingue donnent à leur réunion le nom de Congrès anthropologique ; une réunion ultérieure tenue en 1865 aboutit à la formation des Archives d'anthropologie[1].
    C'est peut-être cette réunion dont parle Mortillet, qui donne La Spezzia et 1865 comme lieu et date de la fondation des congrès internationaux d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques[2].
    Pour Kraszewski, cette réunion à la Spezzia en 1865 est le premier congrès : « L'idée des Congrès internationaux d'anthropologie et d'archéologie préhistorique est due à l'initiative du professeur (commandeur) Capellini, fondateur du premier Congrès à la Spezzia en 1865. Le second a eu lieu à Neuchâtel, le troisième à Paris en 1867 »[3].

Références

  1. Henri Thulié, « Rapport sur les Sociétés d'anthropologie et l'enseignement de l'anthropologie », dans Congrès international des sciences anthropologiques, tenu à Paris du 16 au 21 août 1878 (Séance d'ouverture, le vendredi 16 aout 1878), (lire en ligne [sur archive.org]), p. 24-28 (voir p. 27).
  2. Gabriel de Mortillet, Le Préhistorique, antiquité de l'homme, Paris, libr.-éd. C. Reinwald, coll. « Bibliothèque des sciences contemporaines » (no 8), , 642 p. (lire en ligne [sur gallica]), p. 2.
  3. Józef Ignacy Kraszewski, Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques. Session de 1874 à Stockholm. Notes de voyage, Paris, Librairie du Luxembourg, , 88 p. (lire en ligne [sur gallica.bnf.fr]), p. 2.
  4. 1 2 3 4 Marc-Antoine Kaeser, « Une science universelle, ou « éminemment nationale » ? Les congrès internationaux de préhistoire (1865-1912) », Revue germanique internationale, no 12, , p. 17–31 (ISSN 1253-7837 et 1775-3988, DOI 10.4000/rgi.248, lire en ligne, consulté le ).
  5. Charles Schleicher, « Jacques Boucher de Crèvecœur de Perthes 1788-1868 », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 29, no 5, , p. 230–233 (DOI 10.3406/bspf.1932.6001, lire en ligne, consulté en ).
  6. Anne Lehoërff, Préhistoires d'Europe, de Néandertal à Vercingétorix : 40 000-52 avant notre ère, Paris, Belin, , 604 p. (ISBN 978-2-7011-5983-6 et 2701159830, OCLC 946029502).
  7. Jean-Paul Demoule, François Giligny, Anne Lehoërff et al., Guide des méthodes de l'archéologie, Paris, Éd. La Découverte, coll. « Guides Repères », , 330 p. (ISBN 978-2-7071-5825-3 et 2707158259, OCLC 495250734).
  8. « La naissance de la préhistoire. Aux sources de l'Archéologie nationale »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?), sur archeologie.culture.fr (consulté en ).
  9. 1 2 « History of UISPP »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogle • Que faire ?), sur uispp.org, Union Internationale des Sciences Préhistoriques et Protohistoriques (consulté en ).
  10. 1 2 3 4 5 6 7 Gustave Cotteau, Le préhistorique en Europe : congrès, musées, excursions, Paris, libr. J.-B. Baillere et fils, (lire en ligne [sur gallica]).
  11. « XIVe Session du Congrès International d'Anthropologie et d'Archéologie préhistoriques », Revue des Études Anciennes, t. 14, no 1, , p. 64 (lire en ligne [sur persee]).
  12. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : Compte rendu de la 2e session, Paris, 1867, Paris, C. Reinwald, , 443 p. (lire en ligne [sur books.google.fr]).
  13. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : compte-rendu de la 4e session, Copenhague, 1869, Copenhague, impr. de Thiele, (lire en ligne [sur gallica]).
  14. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : compte-rendu de la 5e session, Bologne, 1871, Bologne, impr. Fava et Garagnani, (lire en ligne [sur gallica]).
  15. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques compte-rendu de la 6e session, Bruxelles, 1872, Bruxelles, éd. C. Muquardt, (lire en ligne [sur gallica]).
  16. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : Compte-rendu de la 7e session, Stockholm, 1874, t. 1 (2 tomes), Stockholm, P.A. Norstedt & söner, (lire en ligne [sur gallica]), et t. 2.
  17. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : compte-rendu de la 10e session, Paris, 1889, Paris, éd. Ernest Leroux, (lire en ligne [sur gallica]).
  18. Congrès international d'archéologie préhistorique et d'anthropologie : compte-rendu de la 11e session, Moscou, du 1/13-8/20 août 1892, t. 1 (2 tomes), impr. de l'Université impériale, 1892-1893 (lire en ligne [sur gallica]), et t. 2.
  19. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : compte-rendu de la 12e session, Paris, 1900, Paris, éd. Masson et Cie, (lire en ligne [sur gallica]).
  20. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : compte rendu de la 13e session, Monaco, 1906, t. 1 (2 tomes), (lire en ligne [sur gallica]), et t. 2, 1908.
  21. Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques : Comptes-rendus de la 14e session. Genève, 1912 (2 tomes), Genève, Albert Kündig, 1912-1913.

Articles connexes

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