Elaheh Mohammadi

Elaheh Mohammadi
Biographie
Naissance
Nationalité
Iranienne
Activité
Famille
Elnaz Mohammadi (soeur, journaliste)
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Hammihan (en)
Distinctions

Elaheh Mohammadi ( en perse الهه محمدی ; née en1987[1]) est une journaliste iranienne qui couvre les questions de société et les droits des femmes pour le quotidien réformateur Ham-Mihan[2].

Biographie

Elle partage depuis l'enfance avec sa sœur Elnaz Mohammadi une passion pour l'écriture, la littérature et la poésie[3]. Licenciée en langue et littérature persanes à l'Université Al Zahra en 2009 et titulaire d'une maîtrise en en “Women’s study” obtenue l'Université Shahid Bahonar de Kerman en 2011, elle commence une carrière de journaliste dans plusieurs journaux locaux comme Etemaad Daily, Khabar Online, Haft-e Sobh Daily et Etemaad Online[3].

Mohammadi est arrêtée par les forces de sécurité iraniennes le 29 septembre 2022 pour avoir couvert les funérailles de Mahsa Amini[1],[3],[4],[5],[6],[7].

Le magazine Time la nomme parmi les 100 personnes les plus influentes au monde en 2023[3],[8]. Elle reçoit également le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano avec deux de ses consœurs iraniennes en 2023[3].

Reportage sur les funérailles et l'arrestation de Mahsa Amini

En septembre 2022, Mohammadi est la seule journaliste à couvrir les funérailles de Mahsa Amini à Saqqez[3], révélant ainsi au monde le deuil vécu alors par la communauté kurde en Iran. Cette jeune fille de 22 ans avait en effet passé trois jours dans le coma après son arrestation par la tristement célèbre police des mœurs de Téhéran pour “port de vêtements non appropriés”[3] et était décédée le 16 septembre. Mohammadi rapporte l'attaque policière lors des funérailles[9],[10]. Elle couvre cette cérémonie et la révolte qui s'en est suivi dans un article intitulé "Une terre de chagrin"[3].

Suite à cette publication, Mohammadi est convoquée au bureau du ministère du Renseignement pour un interrogatoire le 29 septembre 2022. En chemin, elle est arrêtée par des agents des services du renseignement et incarcérée à la prison d'Evin[3]. Mohammad Ali Kamfiroozi, l'avocat de Mohammadi, annonce la nouvelle sur sa page sur les réseaux sociaux[11],[12],[13]. (L'avocat, qui défendait plusieurs journalistes emprisonnées, est lui-même arrêté le 17 décembre 2022[14].)

Arrestation

Suite à cette arrestation, une campagne de diffamation est organisée pour discréditer Elaheh Mohammadi[3]. Le 4 novembre 2022, les Gardiens de la révolution islamique et le ministère du Renseignement publient une déclaration conjointe, remplie d’affirmations non fondées, accusant Mohammadi et Niloofar Hamedi, une autre journaliste, d’être des agentes de la CIA organisant une opération lancée par des agences de renseignement occidentales «dans le but de commettre des crimes contre la grande nation iranienne.»[9] Elles seraient, selon cette déclaration, engagées dans une « guerre multidimensionnelle » organisée par « les agences de renseignement occidentales et sionistes… pour mener une planification sérieuse et ininterrompue dans le but d’influencer différentes couches sociales, en particulier dans les domaines liés aux femmes »[15].

Poursuites judiciaires et acquittement

Elaheh Mohammadi reste emprisonnée à la prison d'Evin jusqu'au verdict de son procès. Celui-ci s'ouvre le 30 mai 2023[3] : elle doit répondre aux chefs d'accusation de « collaboration avec le gouvernement hostile des États-Unis », de « propagande contre l’État » et de « rassemblement et collusion pour agir contre la sécurité nationale »[16]. En octobre 2023, elle est condamnée à sept ans de prison[17].

Sa sœur Elnaz Mohammadi est condamnée à trois ans de prison en septembre 2023 pour avoir couvert, dans la continuité du travail d’Elaheh, le mouvement populaire “Femme, Vie, Liberté” déclenché par la mort d'Amini[3],[18].

En janvier 2024, après 17 mois de détention, Elaheh Mohammadi et Niloofar Hamedi sont libérées provisoirement sous caution alors qu’elles attendent le verdict en appel de leur condamnation[1],[19],[20].

Le 11 août 2024, les avocats de Mohammadi annoncent que la journaliste est acquittée par la Cour d'appel du chef d'accusation de « collaboration avec un gouvernement étranger hostile, les États-Unis »[21]. La cour les condamne cependant à cinq ans d'emprisonnement chacune pour les  charges de “complot et collusion pour commettre un crime contre la sûreté nationale” et de “propagande contre la République islamique”[1],[19].

Le 19 octobre de la même année, neuf mois après leur libération conditionnelle, la justice somme les deux journalistes de "se rendre en prison dans les cinq jours". De nombreuses personnalités iraniennes et internationales se mobilisent alors pour protester contre cet acharnement judiciaire[19].

Le 11 février 2025, Mohammadi est graciée[1] par la plus haute autorité judiciaire iranienne aux côtés de Niloofar Hamedi à l'occasion de l'anniversaire de la révolution islamique de 1979 avec l'approbation du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Les grâces ont permis d'effacer les accusations restantes de « collusion contre la sécurité nationale » et de « propagande contre le régime », clôturant ainsi leurs dossiers[1],[20].

Prix et reconnaissances

  • Prix international de la liberté de la presse décerné par les Journalistes canadiens pour la liberté d'expression (CJFE), partagé avec Niloofar Hamedi, février 2023 [22],[23]
  • Prix Louis M. Lyons 2023 de Harvard pour la conscience et l'intégrité dans le journalisme, partagé avec Niloofar Hamedi, mars 2023 [24],[25]
  • En mars 2023, le conseil municipal de Turin a accordé la citoyenneté d'honneur à la journaliste iranienne Elahe Mohammadi[26].
  • Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano 2023, partagé avec Niloofar Hamedi et Narges Mohammadi[3].
  • En avril 2023, Mohammadi et Niloofar Hamedi ont été inclus dans la liste des 100 personnes les plus influentes au monde du magazine Time[27].
  • Juin 2023, prix Golden Pen de la WAN-IFRA, partagé avec Niloofar Hamedi[28].

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Elaheh Mohammadi » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 4 5 6 « En Iran, deux journalistes ayant couvert l’affaire Mahsa Amini ont été graciées », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  2. « Iran : deux journalistes qui avaient médiatisé l’affaire Mahsa Amini ont été libérées de prison », Euro News, , p. 1 (lire en ligne Accès limité)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 « Iran : La journaliste Elaheh Mohammadi détenue depuis près d’un an pour avoir porté la voix des femmes | RSF », sur rsf.org, (consulté le )
  4. (fa) « الهه محمدی روزنامه‌نگار بازداشت شد », IranWire (consulté le )
  5. (fa) « وزارت اطلاعات و سپاه، آمریکا را به هدایت اعتراضات متهم کردند – DW – ۱۴۰۱/۸/۶ », Deutsche Welle (DW) (consulté le )
  6. (fa) « حمایت ب یش از ۳۰۰ روزنامه‌نگار ایرانی از نیلوفر حامدی و الهه محمدی، به‌دنبال انتشار بیانیه وزارت اطلاعات و سپاه », BBC News فارسی, (consulté le )
  7. (fa) « تلاش جمهوری اسلامی برای جرم‌انگاری اطلاع‌رسانی؛ خبرنگاری جرم نیست », صدای آمریکا (Voice of America) (consulté le )
  8. (en) « Niloofar Hamedi and Elaheh Mohammadi: The 100 Most Influential People of 2023 », sur Time, (consulté le )
  9. 1 2 Léa Massequin, « L’Iran face à la presse : «Nous sommes à vos trousses» », Libération, , p. 6 (lire en ligne Accès limité)
  10. « Iran arrests reporter who covered Amini funeral: lawyer », France 24, (consulté le )
  11. « Journalist Elaheh Mohammadi Arrested », Human Rights Activists News Agency (HRANA), (consulté le )
  12. « Journalist Elaheh Mohammadi banned for a year from reporting », (consulté le )
  13. « Iranian police arrest journalist Elaheh Mohammadi and poet Mona Borzooi », ANF, (consulté le )
  14. « Révolte en Iran : un avocat arrêté », Dimanche Ouest France, , p. 7
  15. « Witch Hunt in Iran: Grave Concerns for Journalists Niloofar Hamedi and Elahe Mohammadi », Center for Human Rights in Iran, (consulté le )
  16. Bonnet, « Iran : Nouvelles accusations contre des journalistes », sur CSDHI, (consulté le )
  17. « Elaheh Mohammadi, reporter de 36 ans, et Niloufar Hamedi, photojournaliste de 31 ans, ont été condamnées », Libération, , p. 19
  18. « En Iran, deux femmes journalistes condamnées à trois ans de prison pour " complot " et " collusion " », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
  19. 1 2 3 « Iran : les journalistes Niloofar Hamedi et Elaheh Mohammadi ne doivent pas retourner en prison | RSF », sur rsf.org, (consulté le )
  20. 1 2 (en) « Iran pardons journalists who covered woman’s death that triggered protests », Voice of America, (consulté le )
  21. (fa) « وکیل الهه محمدی، از صدور رای تبرئه از اتهام همکاری با دولت خارجی متخاصم در دادگاه تجدیدنظر خبر داد/ تایید ۶ سال حبس برای اجتماع و تبانی و فعالیت تبلیغی علیه نظام », sur شرق, (consulté le )
  22. (en) Expression, « Recipients of the CJFE Tara Singh Hayer Memorial Award and Arnold Amber Award for Investigative Journalism Announced », www.newswire.ca (consulté le )
  23. (en) « Canadian NGO Presents Award To Two Jailed Female Iranian Journalists », Iran International (consulté le )
  24. (en-US) « Iranian journalists Niloofar Hamedi and Elahe Mohammadi win Lyons Award for Conscience and Integrity in Journalism at Harvard », Nieman Foundation (consulté le )
  25. (en) « Iranian Journalists Receive Prestigious US Award While In Jail For Revolution Coverage », Iran International (consulté le )
  26. (it) Mattina, « Conferita la cittadinanza onoraria alla giornalista iraniana Elahe Mohammadi », www.giornalelavoce.it (consulté le )
  27. Rezaian, « Niloofar Hamedi and Elaheh Mohammadi Are on the 2023 Time 100 List », Time, (consulté le )
  28. (en-US) Heslop, « Golden Pen of Freedom Awarded to Journalists Elahe Mohammadi and Niloofar Hamedi, Jailed in Iran », WAN-IFRA, (consulté le )
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