Louis-Philippe-Joseph Girod de Vienney, baron de Trémont
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| Préfet de la Côte-d'Or | |
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| Préfèt des Ardennes | |
| Préfet de l'Aveyron | |
| - |
| Baron |
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| Naissance | |
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| Décès |
(à 72 ans) Saint-Germain-en-Laye |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Père |
| Archives conservées par |
Archives nationales (F/1bI/161/12)[1] |
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Louis-Philippe-Joseph Girod de Vienney, baron de Trémont, né le à Besançon et mort le à Saint-Germain-en-Laye, est un haut fonctionnaire, préfet de l'Empire, et érudit et collectionneur français
Bienfaiteur d'art et de musique, il est connu pour sa collection d'autographes, dont le catalogue forme un trésor de données biographiques d'artistes et de personnalités de son époque. Son testament a permis la création du prix Trémont pour des jeunes artistes et scientifiques.
Biographie
Origines
Son père Victor-Bonaventure Girod, baron de Lavigney, est un trésorier principal des troupes, issu d'une famille de notaires anoblis, originaire de Franche-Comté, et marié à une jeune femme de la noblesse franc-comtoise, Claudine Charlotte de Jaquot de Rosey. Victor-Bonanventure devient quelques années plus tard général et s'illustre sous la Révolution et l'Empire. Son fils Louis-Philippe-Joseph veut suivre son exemple et s'engage, à 11 ans, au 2e régiment de dragons, en mais, victime d'un accident de cheval, il abandonne cette carrière des armes en [2].
À Paris sous la Révolution
Son père ayant été décrété émigré et ses biens mis sous séquestre, bien que sous-lieutenant au 10e régiment de cavalerie de l'armée du Nord, Madame Girod de Vienney part à Paris avec Louis-Philippe-Joseph en pour solliciter la radiation de la liste d'émigrés et récupérer les biens. Mère et fils traversent la période de la Terreur. Pour preuve de son patriotisme, il va assister, avec un de ses voisins, aux exécutions des supposés contre-révolutionnaires, à la guillotine, place de la Révolution. Sa mère est devenue marchande d'étoffes et de lingeries pour disposer de revenus, et obtient à la suite d'une entrevue avec Barère puis Robespierre la radiation de la liste des émigrés. Louis-Philippe-Joseph étudie les mathématiques et chimie, avec Gaspard Monge et Claude Louis Berthollet, puis entre dans l'atelier de David. Lorsque celui-ci est arrêté, durant la réaction thermidorienne, il passe dans celui de Regnault et fréquente les élèves de ce dernier : Anne-Louis Girodet, François Gérard, Antoine-Jean Gros, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Louis Hersent… Il est ainsi introduit dans le milieu artistique parisien de cette époque[3].
Au service de l'Empereur
Il accompagne son père dans les campagnes de Hollande puis, fin 1799, à l'armée du Rhin. En 1800, il obtient, grâce à une lettre de son père adressée au Premier Consul, un poste dans l'administration militaire comme adjoint à un inspecteur aux revues et participe à ce titre à la campagne d'Italie en , puis à la campagne de Hohenlinden en . Il est transféré ensuite aux troupes d'observation du Midi, en Italie et en Calabre, et est notamment reçu au quartier général de Soult, adjoint de Murat en 1801[2].
En 1802, le poste d'adjoint aux inspecteurs des revues étant supprimé, il rentre dans l'administration civile. Son père décède en . En , se présentant comme fils d'un officier général mort des suites de ses blessures, il obtient d'être nommé auditeur à la section de la guerre du Conseil d'État. Il effectue différents missions dont plusieurs audits demandés par l'Empereur, dont il gagne la confiance. Ceci le conduit aux quatre coins de l'Empire, participant par exemple à une analyse confidentielle des recettes et dépenses pendant les trois années de gouvernement du commandant Junot au Portugal. N'oubliant pas son goût pour les arts et son intérêt pour la musique romantique, il met à profit un déplacement à Vienne pour rencontrer Beethoven, ayant pris soin d'obtenir une recommandation du compositeur Luigi Cherubini installé à Paris[2],[4].
Il monte les marches de la hiérarchie de l'administration civile et devient intendant de la Moravie, puis de la Croatie, à Agram. Le , il est nommé, à 31 ans, préfet de l'Aveyron, avec pour mission d'améliorer l'efficacité de la conscription dans ce département. L'Empereur lui accorde également le titre de baron d'Empire de Trémont par lettres patentes du , avec constitution de majorat sur la terre de Rosey, propriété familiale de sa mère[2]. En début d'année 1814, le Premier Empire s'effondre progressivement. Les combats contre de la coalition ennemie se déroulent désormais en France et la bataille de La Rothière, le , où les troupes impériales sont battues, encouragent les royalistes à s'insurger. Dans la nuit du 16 au , des membres de la société secrète catholique et royaliste de l'ordre des chevaliers de la Foi se réunissent avec pour objectif d'envahir Rodez, préfecture de l'Aveyron, et de provoquer un soulèvement en faveur du comte de Provence, frère du défunt roi Louis XVI. Ce projet avorte finalement, face à la fermeté du maire de Rodez et du préfet de l'Aveyron, qui sécurise la ville. Hippolyte de Barrau, proche des comploteurs royalistes écrit : « dès le lendemain, Monsieur de Trémont, préfet, fit assembler la garde nationale, établir des postes particuliers dans l'hôtel de la préfecture, parce-qu'il sut qu'on voulait l'arrêter ; et Rodez prit une attitude guerrière, lorsqu'il ne restait que la peur d'un danger passé[5]. »
À la Restauration, en , il est révoqué, mais, à son retour de l'île d'Elbe, en , Napoléon le nomme préfet des Ardennes, un département sensible par sa position à la frontière. Après la bataille de Waterloo, il voit l'Empereur traverser la ville, où il change de chevaux, en pleine nuit, avant que ses troupes ne battent en retraite. Il assiste au siège de Mézières qui dure six semaines[6]. Lors la seconde Restauration, il est de nouveau révoqué.
Vie privée, autographes et testament
Revenu à la vie privée, il occupe son temps libre à écrire à s'intéresser aux arts (et tout particulièrement à la musique). Il rassemble une collection d'autographes, incluant des notices biographiques, sur les nombreuses personnalités qu'il a côtoyées ou dont il a entendu parler, en y mêlant des réflexions personnelles. Ces carnets contiennent également des informations sur les événements politiques ou sur les affaires de l'époque, dont la fameuse affaire Fualdès[7]. Après les Trois Glorieuses, il redevient préfet de Côte-d'Or quelques mois, de mars à [2].
L'étendue de ses biens lui permet par testament de constituer des legs annuels, les « prix Trémont », pour encourager les jeunes artistes et scientifiques[8], attribués par l'Académie des sciences et l'Académie des beaux-arts. Les compositeurs de musique Edmond Malherbe et Louis Deffes ont bénéficié de ces prix, ainsi qu'Abel Niépce de Saint-Victor, Heinrich Daniel Ruhmkorff, Alphonse Poitevin, Nestor Gréhant, Marc Antoine Gaudin et Henri Bocquillon. Il a légué également au département des Ardennes et de l'Aveyron une somme pour constituer une bourse à un élève de l’École polytechnique[9].
Notes et références
- ↑ « https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/UD/FRAN_IR_001513/d_554 » (consulté le )
- 1 2 3 4 5 Barbier 1997.
- ↑ Prod’homme 1927.
- ↑ Prod’homme 1920.
- ↑ Combes de Patris 1951, p. 417-8.
- ↑ Prod’homme et Radiguer 1906, p. 184-9.
- ↑ Pitolet 1922, p. 114-9.
- ↑ Moigno et Meunier 1861.
- ↑ Prod’homme et Radiguer 1906, p. 181.
Bibliographie
- Catalogue de la belle collection de lettres autographes de feu M. le baron de Trémont, Chez Laverdet, (lire en ligne).
- Paul Barbier, « Louis-Philippe Girod de Vienney (1779-1852), baron de Trémont, bienfaiteur des X-Côte-d'Oriens », la Jaune et la Rouge, la revue de la communauté polytechnicienne, no 527, (lire en ligne).
- Bernard Combes de Patris, « Les chevaliers de la Foi et le complot de Rodez », Revue du Rouergue, t. 5, no 4, , p. 417-8.
- Jacques-Gabriel Prod’homme, « Baron de Trémont : Le monde musical à l'époque romantique », Le Ménestrel, , p. 339-340 (ISSN 2391-3096, lire en ligne sur Gallica).
- Camille Pitolet, « L'affaire Fualdès », Mercure de France, no 565, , p. 111-129 (ISSN 2419-2007, lire en ligne sur Gallica).
- Henri Kling, Beethoven et le Baron de Trémont, Turin, Fratelli Bocca, 1908, 20 p.
- Jacques-Gabriel Prod’homme et L. Radiguer, « Souvenirs sur le siège de Mézières en 1815 », Revue d'Ardenne et d'Argonne, t. 14, (lire en ligne sur Gallica).
- « Procès-verbaux et mémoires », Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, , p. 274-5.
- Abbé Moigno et Victor Meunier, « Prix Trémont », Revue Cosmos, , p. 711.
- (en) « A visit to Beethoven by Baron de Trémont », The Living Age, , p. 450-456 (lire en ligne).
- (en) Jacques-Gabriel Prod’homme, « The baron de Trémont : Souvenirs of Beethoven and other contemporaries », Musical Quarterly, vol. VI, (lire en ligne).
- (it) Louis-Philippe-Joseph Girod de Vienney (trad. Bruno Nacci, édition de Benedetta Saglietti), Una visita a Beethoven, La scuola di Pitagora, , 48 p. (ISBN 978-88-6542-342-4).
- Genevay, « Rapport fait à l'Assemblée générale de 1844, par M.Genevay, secrétaire. », sur le site de l'IRPMF-CNRS.
- « Berlioz in Paris. Église Saint-Eustache », sur le site www.hberlioz.com.
Liens externes
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