Naviforme

On appelle naveta d'habitation ou naviforme des constructions préhistoriques des Îles Baléares qui furent bâties à la période Naviforme. Il y a quelques années il s'est avéré que ce type de construction n'existait pas qu'à Majorque et Minorque mais aussi à Ibiza[1].

La fonction de ces bâtiments était domestique, c'est là que se déroulaient les activités quotidiennes (préparation et consommation de nourritures, repos). Ces navetas datent de l'Âge du Bronze (c.1500-850 avant J.C.) et leur nom provient de leur ressemblance à un navire renversé. À cause de la grande ressemblance formelle entre ces constructions et les navetas de sépulture, dans un premier temps elles ne furent pas différenciées. Ensuite, grâce au développement des recherches, on a pu différencier les navetas funéraires des navetas d'habitation. Ces dernières sont connues dans la littérature scientifique comme navetas ou naviformes.

Naviforme 1 Es Closos de Can Gayà.

Par ses caractéristiques, le naviforme est une construction de pierres sèches, bâtie avec la technique constructive cyclopéenne. Un socle de pierres plates semi-enterrées sert de base à une première rangée de très grosses pierres, et sur celles-ci s'accumulent d'autres pierres, nettement plus petites. Une coupe transversale des murs montrerait qu'ils se composent de trois parties: le mur extérieur, composé des pierres les plus grosses, le mur intérieur (correspondant à l'intérieur de la case) et, entre les deux, un remplissage de terre et de pierres plus petites. Les deux murs de l'appareil sont inclinés de telle sorte que l'épaisseur du mur soit moindre en haut, et s'appuyent sur le remplissage.

Les naviformes ont un plan en fer à cheval, bien que très allongé, ce qui leur donne leur forme de navire caractéristique, et leur seule entrée est à l'extrémité plate. Les dimensions typiques seraient d'environ huit mètres de large, par entre quinze et vingt de long, mais la grande épaisseur des murs (entre deux et trois mètres) fait que l'espace utile de leur chambre intérieure soit bien moindre. Pratiquement aucune d'elles n'a conservé son toit, mais on suppose que la toiture (plate ou à deux pentes, on l'ignore), était faite de grosses branches en guise de poutres, et recouverte de branchages, feuilles mortes et argile (ce qui a pu être documenté grâce aux fouilles archéologiques menées dans le gisement de Els Closos de Ca'n Gaià)[2]. L'unique cas de plafond conservé, celui du naviforme de Son Mercer d'abaix, est fait de plaques de pierre mais on ne croit pas que ce fût la solution la plus utilisée.

Vue aérienne du village de navetas d'habitation d'Es Coll de Cala Morell (Ciudadela, Minorque)

On a trouvé de nombreux cas de plusieurs navetas jumelées, formant parfois des groupes de quatre, dont il a été vérifié que ce sont des constructions ajoutées à différents moments. À l'intérieur de nombre d'entre elles on a trouvé des structures complexes, faites de terre cuite et de carreaux plats disposés horizontalement et entourés d'autres à la verticale, qui servaient de foyer, cuisine et entrepôt de vaisselle. Souvent on a trouvé aussi des petits murets qui divisent la pièce en trois ou quatre petites "chambres", mais ce sont des modifications de l'époque romaine, car beaucoup de ces cases continuèrent à être utilisées pendant presque deux millénaires. Il existe des naviformes isolés, jumelés, groupés, et même constituant un village avec de nombreux exemplaires. Devant l'entrée on a trouvé des petits trous dans le sol en demi-cercle, ce qui indique qu'il devait y avoir un porche. L'entrée avait une dalle supérieure faisant office de linteau, et une autre à demi enterrée dans le sol, qui constituait le seuil. En dessous de cette dalle on a trouvé les restes d'un petit bûcher correspondant au rituel inaugural du logement.

On sait peu de chose de la structure des groupes de personnes qui ont habité dans ces bâtiments. Longtemps il a été supposé qu'ils étaient occupés par des familles (les données manquent). Toutefois, récemment quelques auteurs ont estimé qu'il n'existe pas de preuves archéologiques robustes permettant de défendre ce point de vue. En même temps, on a fait valoir qu'il convient de ne pas tomber dans une erreur d'ethnocentrisme en attribuant aux sociétés de l'Âge du Bronze des Îles Baléares les modèles d'organisation sociale qui sont caractéristiques de notre époque. L'équipe de recherche de l'Université Autonome de Barcelone a proposé que le nombre de personnes qui ont pu habiter simultanément un de ces bâtiments pourrait être déduit de la composition de l'unité sociale enterrée à la Cova des Càrritx. Celle-ci était formée de 14 personnes, qui d'après les chercheurs auraient habité ensemble, et qui ont été interprétées comme une famille étendue qui a occupé un naviforme.

Le naviforme de Minorque

La période à laquelle furent bâties ces structures est sûrement celle de plus grande homogénéité culturelle de tout l'archipel baléare, Ibiza compris, facteur qui semble disparaître à la fin de l'Age du Bronze lorsqu'entre les deux grandes îles il semble y avoir des changements significatifs.

Photographie aérienne de deux navetas d'habitation du village d'Es Coll de Cala Morell (Ciudadela, Minorque)

Les naviformes minorquins suivent la structure décrite ci-dessus. Il s'agit de structures non compartimentées, à la différence de quelques exemples mallorquins. Dans leur intérieur se trouve, généralement, un foyer, situé presque dans la partie centrale du logement et avec deux bancs autour. Quelques-uns des exemples les mieux conservés sont ceux de Clariana, Cala Blanca, Son Mercer de Baix et Cala Morell, où se déroule un projet de fouille qui apporte des données très intéressantes pour connaître les habitudes des gens du naviforme[3].

Minorque Talayotique Patrimoine de l'Humanité

Minorque Talayotique est un bien inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO en 2023. Il s'agit d'un ensemble de gisements archéologiques qui témoignent d'une culture préhistorique insulaire exceptionnelle, caractérisée par une architecture cyclopéenne unique. L'île conserve des monuments exclusifs tels que les navetas funéraires, les maisons circulaires, les sanctuaires de taula et les talayots, qui subsistent en pleine harmonie avec le paysage minorquin et sa relation avec le firmament.

Minorque compte l'un des paysages archéologiques les plus riches du monde, modelé par des générations qui ont préservé le legs talayotique. Elle a la plus grande densité de gisements préhistoriques par surface dans une île et c'est un symbole de son identité insulaire.

Cette zone se divise en neuf secteurs qui couvrent des gisements et des paysages associés, avec une chronologie qui va de l'apparition des constructions cyclopéennes autour de 1600 avant J.C. jusqu'à la romanisation en 123 avant J.C. La valeur exceptionnelle de ses monuments et paysages a conduit à son inscription dans la Liste du Patrimoine Mondial de l'UNESCO en 2023.

Voir aussi

Références

(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Naviforme » (voir la liste des auteurs).
  1. SUREDA, « El poblado naviforme de Cap de Barberia II (Formentera, I. Balears). Nuevos datos sobre su cronologia y secuencia de ocupación », Trabajos de Prehistoria vol. 74,
  2. Javaloyas, Joan Fornés et Salvà, « Breve aproximación al conocimiento del yacimiento de Closos de Can Gaia. », V. Guerrero (coord. i ed.) Prehistoria de las islas Baleares. Registro arqueológico y evolución social antes de la Edad del Hierro, BAR International Series 1690, , p. 352-360
  3. ANGLADA, « Dating prehistoric fortified coastals sities in the balearic islands », Radiocarbon,
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