Nekrassov (pièce de théâtre)

Nekrassov
Auteur Jean-Paul Sartre
Pays Drapeau de la France France
Genre Pièce de théâtre
Éditeur Gallimard
Date de parution 1956
Date de création 8 juin 1955
Metteur en scène Jean Meyer
Lieu de création Théâtre Antoine

Nekrassov est une comédie parodique du maccarthysme à la française, écrite en huit tableaux par Jean-Paul Sartre et jouée pour la première fois le au Théâtre Antoine à Paris, sous la direction de Simone Berriau, dans une mise en scène de Jean Meyer.

Couverte par des centaines d'articles de journaux, mais peu étudiée par les universitaires jusqu'aux années 1970, la pièce parodie sans nuances une presse "asservie aux puissances de l'argent et ses manipulations"[1], renonçant à vérifier l'identité de ses sources d'information. Sartre s'attire ainsi une volée de bois vert des journaux soutenant le gouvernement[2] mais des articles favorables dans toute la presse de gauche à l'exception notable de L'Express.

S'inspirant d'un affaire réelle du début de l'année 1954, la pièce moque aussi un gouvernement enlisé dans la guerre d'Indochine, soucieux de freiner le rapprochement en cours entre socialistes et communistes, en utilisant la presse pour faire pression sur un candidat lors d'une législative partielle très suivie, afin qu'il se désiste et que soit battu sur le fil André Stil, l'emblématique rédacteur-en-chef de L'Humanité, qui venait de sortir d'un long séjour en prison.

Un manuscrit abandonné de Sartre a révélé que la pièce a d'abord visé le maccarthysme américain[3], Sartre déplaçant ensuite l'intrigue pour dénoncer le maccarthysme à la française, en élargissant à la satire du président, des administrateurs et du rédacteur en chef d'un journal fictif, qui n'hésite pas à accuser deux journalistes communistes de conspirer à l'invasion de la France par l'URSS, les exposant à la cour martiale et la prison. La DST prend le relais, menaçant de démasquer l'escroc se faisant passer pour Nekrassov, ministre soviétique qui a disparu, et même de le torturer, s'il refuse de poursuivre l'intox aussi loin.

Pendant les répétitions, la rumeur affirme qu'il pastiche France-Soir. L'auteur dément immédiatement. Inquiet de l'accueil à venir[4],[5], il remplace Louis De Funès pour éviter toute ressemblance avec à Pierre Lazareff, patron de France-Soir et reporte d'un mois la première représentation prévue, afin de ramener la longueur de la pièce de cinq à quatre heures. Le script présente au contraire France-Soir et Le Figaro comme deux concurrents de Soir à Paris, titre qui bascule dans le maccartysme en cours d'intrigue. La longueur sera ramenée à deux heures lors d'une nouvelle mise en scène au XXIème siècle.

Résumé

Paris, début 1954. Indépendant et séducteur, Georges De Valéra est un Arsène Lupin parisien, fier de ses "102 escroqueries au compteur"[6]. En peu de temps, deux fois de suite, il échappe à la police, d'abord en se jetant dans la Seine, malgré des clochards voulant l'en empêcher, puis en poussant la fenêtre d'un appartement... sans savoir qu'il entre chez Sibilot, journaliste d'un grand quotidien proche du gouvernement, Soir à Paris.

La police boucle le quartier et l'immeuble. Soucieux de fuir une troisième fois, l'escroc improvise un deal avec le journaliste, qui à sa grande surprise accepte: il pourra rester caché dans l'appartement, n'est pas dénoncé à la police. En échange il rencontrera dès le lendemain Jules Palotin, rédacteur en chef du journal de Sibilot, Soir à Paris... déguisé en Nekrassov, le ministre de l'Intérieur de l'URSS, dont la radio, vient d'annoncer la disparition... Selon l’AFP et Reuters, qui ont révélé l'information, ce Nekrassov pourrait avoir fui en Amérique, ou dans un des pays d'Europe de l'Ouest!

En se cachant dans l'appartement du journaliste, Georges avait en effet surpris une conversation où ce dernier confiait à sa fille que Jules Palotin menace de le licencier s'il ne ramène pas dès le lendemain un scoop gênant pour le parti communiste[7], en passe de gagner une importante élection législative partielle face à Mme Bounoumi, candidate du gouvernement. N'avait-il pas l'année précédente fait monter les ventes en brandissant le scénario de Staline envahissant Paris, et traversant Notre-Dame à cheval ? Charles Mouton, président du journal, a donné le cap: il faut faire peur à Perdrière, un de ses rivaux de Mme Bounoumi, pour qu'il se désiste.

L'escroc ne parle pas russe et ne connaît rien de URSS. Mais il s'en sort en improvisant à nouveau: il explique au directeur de Soir à Paris. avoir connaissance d'un plan d'invasion de la France par l'URSS... Et connaitre par coeur la liste exhaustive des personnalités que l'Armée rouge a prévu de fusiller, une fois ses tanks arrivés sur les Champs-Elysées!

Les dirigeants de Soir à Paris se réunissent. Un détail a focalisé tout de suite toute leur attention : seul le nom de l'un d'eux n'est pas sur la liste des futurs fusillés! Il risque d'être soupçonné de complicité avec l'URSS. Et c'est justement celui Charles Mouton, président du conseil d'administration de Soir à Paris, furieux des possibles conséquences.

La parade est immédiatement trouvée: dans un article du journal, le faux ministre soviétique en fuite citera les noms de deux traitres, qui travaillent eux dans un journal communiste! Tous deux risquent alors la Cour martiale et la prison, ce qui tracasse une de leurs conseurs: Véronique Sibilot, la fille du journaliste chez qui Georges s'était introduit. Tombant nez-à-nez avec Georges, elle avait bavardé avec lui en attendant le retour de son père. La relation entre Véronique et Georges va animer la suite de la pièce, entre séduction, provocations et réparties piquantes. Véronique travaille dans un journal aux moyens modestes, "progressiste"[8], "rose" répond-elle quand Georges lui demande. Elle n'est pas communiste mais connait les deux journalistes visés, se déclare leur amie et veut les sauver. Travaillant la mauvaise conscience de Georges, d'abord sans succès, puis son orgueil, elle parvient peu à peu à le convaincre de se rétracter.

Madame Bounoumi fête dans son salon sa probable victoire à l'élection partielle: Perdrière s'est désisté, comme espéré par le journal qui la soutient. Débarque alors un personnage-clé, qui va faire basculer plusieurs fois l'intrigue: Demidoff, qui est lui un véritable réfugié soviétique, installé depuis des années en France. En URSS, il avait connu le vrai Nekrassov et pourra facilement démasquer le faux, espère Charles Mouton, qui l'amène à la soirée de Madame Bounoumi. Mais Georges s'en sort à nouveau: il convainc Demidoff de ne rien dire en lui proposant d'adhérer à son parti politique, dont Demidoff est le seul adhérent. Cela risque cependant de ne pas suffire, car deux agents de la DST l'ont pris en photos, découvrant eux aussi que ce n'est pas le vrai Nekrassov... Eux aussi lui proposent de ne rien dire, mais à condition qu'il confirme publiquement le faux-scoop de Soir à Paris sur les deux journalistes communistes prêts à trahir la France[9],[10]. Et Georges confie à Véronique craindre qu'en cas de refus, ils ne le kidnappent et le torturent pour l'y obliger, comme ils l'en ont menacé.

Par deux fois, Véronique et Georges vont réussir à s'échapper, grâce à la pagaille provoquée par Demidoff, porté sur la bonne bouteille et qui n'a plus peur de rien lorqu'il est ivre. Georges peut ainsi tout dévoiler, raconter la supercherie dans le journal Libérateur, où travaille Véronique[10]. Pour échapper au scandale, Soir à Paris, qui a licencié Jules Palotin, décide alors de faire croire aux lecteurs que le vrai Nekrassov a été enlevé par les Soviétiques, dans les caves de leur ambassade à Paris et que Georges est un de leurs agents. Il confie cette nouvelle tâche à... Sibilot.

Genre: comédie satirique et visuelle

Selon un historien spécialiste du "Sartre dramaturge", sa "seule comédie" est aussi "la plus théâtrale visuellement" de ses pièces et sa seule comédie[11]. Elle dure cinq heures, au moment des répétions, quatre lors de la première représentation. Ce n'est pas une pièce sérieuse, encore moins un texte "à clé", avertit, une semaine avant[12], dans Le Monde, l'auteur, très inquiet des critiques virulentes avant même que le texte n'ait été dévoilé[12]. Quand l'adaptation de 2007 ramène sa longueur à deux heures, la presse salue "une tentative de vaudeville moderne"[13]: "C'est écrit comme du Guitry, du Becquet, de l'Anouilh. Et cela amuse comme du Dario Fo".

Inspiration et genèse

Première ébauche: le scénario de pièce "contre le maccarthysme"

Sartre a travaillé en 1953-1954 à un projet de pièce de théâtre politique "contre le maccarthysme", au scénario proche de "Nekrassov", dont l'existence n'est connue que depuis son entrée au fonds Sartre de la Bibliothèque nationale, selon l'enquête du chercheur suisse Michel Contat[14]. L’analyse de ce projet, qui aurait pû s'appeler "La part du feu"[15],[16],[17], est la clé de voûte du livre de Michel Contat consacré en 1998 à "la génétique littéraire"[18],[19]

L'acquisition des bribes de manuscrits par la Bibliothèque nationale s'effectue en deux achats successifs, l'un de 1985 à Michelle Vian, l'autre de 1993, effectué "en vente publique des papiers de Jean Cau", qui fut le secrétaire de Sartre jusqu'en 1957. Les feuillets manuscrits "d'un seul et même projet" y entrent ainsi en 1985 et 1993, sous la forme de "deux liasses", l'une de 36 pages venue de Michelle Vian, issue d'un dossier sur la pièce Nekrassov, et l'autre de 33 pages, oubliée chez Jean Cau, et dans laquelle la mention "Scénario sur MacCarthy" apparait, ainsi que des feuillets sur l'"affaire Abraham Feller": le principal conseiller juridique du dirigeant norvégien Trygve Lie a été poussé au suicide, le 13 novembre 1952, par les "enquêtes sur la subversion communiste à l'ONU", en pleine montée du maccartysme. Marcel Péju y a consacré un article dans Les Temps modernes de mars 1953[20]: le Maccartysme triomphant déborde alors des États-Unis, en visant des fonctionnaires d'organisations internationales d'autres nationalités. Trois mois après, Sartre est à Venise et réagit immédiatement à l'exécution des époux Rosenberg, un couple d'Américains soupçonnés de complot communiste, en signant un article anxieux de trancher les liens avec les USA, "sinon nous serons à notre tour mordus et enragés"[21] par le maccarthysme. Selon Michel Contat, Sartre relit à cette époque Mort d'un commis voyageur, pièce d'Arthur Miller, créée à Broadway en 1949, où le héros se suicide pour ne pas perdre son autoestime et assurer la sécurité matérielle à ses proches[16]. Il pourrait avoir voulu "récrire politiquement" l'intrigue[22] en la croisant à l'actualité, avec les "techniques scéniques" de Miller[22].

Réunis, les deux manuscrits retrouvés à la Bibliothèque nationale dévoilent une intrigue se déroulant à New-York vers 1952, en trois tableaux[22], presque sans décor, Sartre prévoyant de faire émerger des personnages de l'ombre, par un jeu d'éclairages, pour multiplier les flash-back[22]. Le personnage principal a le même nom, le même employeur et les mêmes soucis qu'Abraham Feller[22]. Il consulte un psychiatre car il craint d'être poussé à se suicider et ne peut rien confier à ses amis et famille en raison du "secret professionnel"[22]. Son fils hurle qu'il faut "tuer les Rosenberg car ils sont communistes et juifs" et il le bat[22].

Une des scènes a lieu dans un village au bord d'un lac dans le Connecticut, envahi par des parachutistes soviétiques[22]. Son fils est là, tente de résister, lui reproche de laisser faire[22], mais il s'avère ensuite que c'est une fausse invasion, feinte par l'American Legion, pour tester les dispositifs de défense[22]. Le thème de la "fausse invasion" par l'URSS, mais de la France, se retrouvera dans "Nekrassov". Les deux parties du manuscrit montrent un gros travail de réécriture progressive[22], s'étendant sur une période indéfinie, au moins après mars 1953 et principalement en 1954[22]. Selon Michel Contat, Sartre enchaîne immédiatement par l'écriture de Nekrassov, qui est en fait "la reprise, sous une forme comique, et avec un complet changement de lieu et d'intrigue, du même sujet"[22], décidant finalement de ramener l'intrigue en France, pour la centrer sur la législative partielle de mars 1954. Les souffrances et flash-back de la psychanalyse s'effacent ainsi au profit de la satire jubilatoire, autorisant huit tableaux au lieu de trois.

Michel Contat fait aussi le rapprochement avec un voyage à Venise de Sartre, l'été précédent, en juin 1952: il y échoue à reprendre l'écriture de "La reine Albemarle ou Le dernier touriste "[22], récit ludique d'un voyage agréable à dimension psychanalytique. "La reine Albemarle" ne sera jamais publié. Son écriture a eu lieu en "deux temps", tous deux lors de voyages en Italie, le premier en octobre 1951, où il se fait "rêveur et mélancolique", bien plus que militant[23]. Le manuscrit prend alors "la forme d'un premier jet" dont Sartre n'est que "médiocrement satisfait". En juin 1952, retour en Italie, il corrige puis réécrit ce manuscrit, peu après avoir appris le dernier jour de mai l'emprisonnement de Jacques Duclos, alors à la tête du PCF, preuve déplorable du "maccartysme à la française"[17]. Il débute alors en même temps l'écriture de la série d'articles-pamphlet "Les Communistes et la paix", exprimant sa crainte du maccartysme[24]. Devenu soucieux, il veut aussi que "La reine Albemarle" dépasse "le point de vue du touriste" afin de "saisir telle qu'elle est la réalité italienne contemporaine". Echouant à "trouver le point de vue juste qui aurait rassemblé le subjectif et l'objectif"[25], il y renoncera finalement, ne s'en expliquant qu'en 1974.

Jean-Paul Sartre a ainsi dénoncé le maccartysme juste avant "Nekrassov", puis pendant, mais aussi juste après. Le 17 septembre 1955, Le Figaro annonce qu'il débute l'adaptation télévisée de The Crucible, créée en janvier 1953 par Arthur Miller, puis deux mois après qu'il y consacre "dix heures par jour". "Les Sorcières de Salem" sera une "allégorie sur le maccarthysme"[26], codiffusée par les télévisions françaises et allemande de l'Est[26], en 1956, année de changements politiques en France et en URSS.

La version jouée au théâtre Sarah Bernhardt à partir de décembre 1954[27], avec Simone Signoret, Yves Montand, et Michel Piccoli, embauchés par Elvire Popesco[28], semble s'être faite sans lui. Les deux premiers ont lu la pièce en une nuit[28]. Leurs amis John Berry et Jules Dassin, cinéastes américains sur la liste noire des "Hollywood Ten" puis exilés en France, leur en avaient parlé[28]. Miller avait réclamé que l’adaptation soit proposée d’abord à Sartre, puis à Marcel Aymé[28], mais Jean Cau aurait refusé sans le prévenir[28]. Marcel Aymé se veut écrivain "sans religion politique" et le scénario du film sera d'une "coloration radicalement différente" à celle de la pièce, Sartre ayant même "semblé lancer une grille d'analyse marxiste arbitraire sur l’histoire qui a conduit à quelques absurdités" écrira Arthur Miller en 1987 dans son autobiographie "Timebends"[28], sa pièce évoquant aussi d'autres époques [28]. La dénonciation du maccarthysme y est "transparente pour les acteurs comme pour la critique"[28]. Dès mai 1956 est signé le contrat de coproduction franco-allemand, facilité par la déstalinisation entreprise en février 1956 lors du XXe congrès du PC de l'URSS, tandis que les élections ont porté en janvier 1956 le Front républicain au pouvoir en France.

Nouvelle inspiration: l'élection partielle stratégique de mars 1954

L'intrigue, précise Sartre, a lieu "au moment ou vont se dérouler des élections partielles", allusion à celle de mars 1954[29], dans la 1ère circonscription de Seine-et-Oise (banlieue nord et ouest de Paris), extrêmement médiatisée, emportée de justesse par Germaine Peyroles, candidate du MRP (droite)[30],[31],[32],[33]. Selon Le Canard Enchaîné, l'intrigue de la pièce, c'est "l'affaire Peyrolles": le ministre de l'Intérieur Léon Martinaud-Déplat, pilier du gouvernement Laniel II, serait intervenu auprès de patrons de journaux pour que le 3e candidat, Charles Reibel, se désiste en faveur de Mme Peyrolles[34].

Député avant-guerre, Reibel a réuni 27669 voix au 1er tour, presque autant que Germaine Peyroles (29010)[34]. Il veut se maintenir au 2e tour car il est très remonté contre le projet en cours de Communauté européenne de défense (CED)[34]. Mais la peur d'une invasion communiste pourrait le faire changer d'avis, spéculent les dirigeants du journal mis en scène dans la pièce. En mars 1954, il cède, annonce qu'il se désiste mais ne s'y résout finalement pas: deux jours avant le second tour, il se maintient[34].

En face, le PCF a choisi comme candidat l'écrivain André Stil[34], juré du prix Goncourt et rédacteur en chef de L'Humanité, sorti quelques mois avant d'un long séjour en prison, pour un de ses éditoriaux. Réunissant 97873 voix au premier tour, trois fois plus que Germaine Peyroles[34], il augmente son score de 26% le dimanche suivant[34], grâce à de bons reports de voix, malgré le maintien du candidat socialiste[34]. Le Populaire, quotidien socialiste, a en effet pris clairement parti, attaquant surtout "la politique de droite" du gouvernement[35], tactiue qui annonce le rapprochement avec les communistes qui se concrétisera deux mois après lorsque ces derniers accordent à Pierre Mendès-France l'investiture qu'ils lui avaient refusé en 1953, ce qui déclenche l'arrêt de la guerre d'Indochine et génère le Front républicain porté au pouvoir en janvier 1956.

"Toute la campagne" de mars 1954, se fit sur le thème de la CED, qui soulevait une tempête politique et opposait farouchement partisans et adversaires de l'intégration de l'armée allemande dans le dispositif européen"[36], selon l'écrivain Gilles Perrault[36], fils de Germaine Peyroles. Le président du conseil Joseph Laniel "et une floppée de ministres "défilèrent" alors à leur domicile. Sartre résume ainsi l'intrigue: "afin d'amener un candidat gênant à se désister en faveur du sien, un grand quotidien parisien va "sommer l'un de ses rédacteurs" de "trouver un nouveau thème de propagande contre le PCF"[12]. Le faux plan d'invasion de la France par l'URSS est ainsi conçu sur mesure par le faux Nekrassov.

En mars 1954, une querelle a de plus opposé Le Monde et Le Figaro, le second reprochant au premier de donner, comme L'Humanité, les pourcentages de suffrages exprimés plutôt que d'électeurs inscrits[35]. La plupart des journaux se rallient alors au Monde[35], Le Populaire soulignant en particulier qu'il est "ridicule de mettre en valeur", comme le fait Le Figaro, "le fait que le parti communiste a perdu 19000 voix depuis juin 1951".

Battu d'extrême justesse au second tour, après avoir été jeté deux fois en prison, en 1952 puis en 1953, dont une fois pendant sept semaines, son joiurnal étant même interdit dix jours de suite, André Stil avait la sympathie de Sartre, mobilisé contre une contagion du Maccartysme américain. Cette répression l'avait décidé à défendre le PCF, comme 18 ans plus tard il défendra La Cause du Peuple, brûlot maoïste interdit de publication, alors animé par Serge July et André Glucksmann, futurs cofondateurs avec lui de Libération en 1973. En 1955, Sartre ne se faisait cependant déjà plus d'illusion[12]:

« Entre un journal comme Le Figaro, par exemple, touchant 400000 ou 500000 lecteurs par jour, et la centaine de milliers de spectateurs d'une pièce marchant très bien, le rapport de force penche évidemment en faveur du journal »

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Contexte: maccartysme à la française et réarmement allemand

Des intellectuels inquiets d'une contagion du maccartysme américain

Dans son interview au Monde la veille de la première représentation, Sartre a souligné le contexte de craintes pour la liberté de la presse[12],[37], après que des journalistes aient effectués de longs séjours en prison pour des écrits liés à la guerre de Corée et la guerre d'Indochine. Avant d'élargir au problème des médias[12], Sartre avait commencé par s'inquiéter des persécutions contre les militants dénonçant la guerre d'Indochine, d'abord en participant fin 1951 au livre du PCF sur l'affaire Henri Martin[5], emprisonné pour des tracts, puis par une interview de novembre 1953 à Combat. Sartre se veut solidaire car le PCF et la CGT ont multiplié les actions contre la guerre d'Indochine, où la France vient selon lui de prendre le "visage des Allemands en France" en 1939-1945[38]. Il fut le premier des intellectuels français à la dénoncer[39], le plus investi[39], en faisant le motif de sa réconciliation avec le PCF[39].

Sartre et le PCF ne sont alors pas seuls. Dès février 1953, il est cofondateur du "comité d'action des intellectuels pour la défense des libertés", présidé par le député SFIO Paul Rivet[40],[41], qui organise le 24 février 1953 une réunion publique contre les poursuites de type maccartyste visant les leaders syndicalistes et communistes. A la tribune, des discours d'André Blumel, Claude Bourdet, Jean-Marie Domenach, Maurice Lacroix, et Edmond Vermeil[42]. A cinq reprises, ce comité tente de sauver la vie des époux Rosenberg (26 février, 20 mars, 11 juin, 12 juin, et 17 juin ) [43], mais il organise surtout en novembre 1953 un grand meeting "contre le maccarthysme en France", qui a "attiré beaucoup de monde" au Palais de la Mutualité[43].

Le meeting a lieu au moment de "l'affaire de l'ENA" concernant "des mesures prises à rencontre de plusieurs candidats en raison de leurs opinions politiques". Ce rassemblement "contre le maccarthysme en France" réussit à rallier des personnalités d'horizons très divers, chez les intellectuels comme l'historien Édouard Perroy (SFIO), l'ex-rédacteur en chef de l'AFP Gilles Martinet, et l'helléniste Maurice Lacroix (gaulliste de gauche), mais aussi chez les parlementaires, avec André Denis (MRP), Antoine Mazier (SFIO) et Louis Vallon (gaulliste)[44].

Selon Le Monde, Sartre a surpris par sa "prise de position au lendemain des grèves de mai 1952" et de l'emprisonnement du rédacteur en chef de L'Humanité André Stil[45]. Et il a continué à critiquer le PCF sur certains points[46]. Quand sort la pièce au printemps 1955, il s'inquiète cette fois de voir la guerre d'Algérie durer depuis des mois: il prépare et "mûrit" son prochain réquisitoire, alors en "germe"[47], dont il dévoilera le contenu lors du meeting du 26 janvier 1956 à la Salle Wagram du "Comité des intellectuels français contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord"[48],[49], qu'il a rejoint à la rentrée 1955[50].

C'est "Le colonialisme est un système", une analyse historique fouillée, publiée dans l'édition de mars-avril 1956 de son journal[51], qui "démonte point par point les arguments des colons"[47]. Cet "activisme prolifique" lui vaut "une notoriété mondiale"[52], et lui donne une raison de plus de s'éloigner du PCF, moins mobilisé pour l'Algérie, conflit moins lié aux thématiques communisme/anticommunisme que celui de l'Indochine[39].

La "querelle de la CED" malgré la première détente Est-Ouest

Divisant la France en deux, le projet de Communauté européenne de Défense (CED), débattu depuis le traité du 27 mai 1952, prévoit le réarmement allemand. Cette querelle de la CED sera tranchée au Parlement le 30 août 1954, à une large majorité (319 voix contre 264). Des gaullistes, une partie des socialistes (53 sur 105), et la moitié aussi des radicaux (34 sur 67) ont finalement rallié les communistes, en raison "la première détente Est-Ouest" qui suit la mort de Staline. Mais lors de l'élection partielle de mars 1954 que raconte la pièce, le débat est encore vif et les communistes accusés de désarmer l'Europe de l'Ouest face à un risque d'invasion des chars russes.

Ainsi une centaine d'intellectuels publient un "appel des universitaires au pays" dans les pages du Monde le 22 janvier 1954, qui dénonce « une armée française dénationalisée"[53],[43]. La question est au coeur de l'élection partielle stratégique de mars 1954, qui a inspiré l'intrigue de la pièce, les débats se focalisant sur elle ainsi que la question des désistements de second tour, l'électorat socialiste se montrant réservé sur la question, ce qui se traduire à l'été par un vote très partagé au sein de ce parti.

Mai 1955, deux livres majeurs de Raymond Aron et Maurice Merleau-Ponty

Alors que la première représentation est prévue d'abord le 17 mai 1955, Sartre est visé personnellement par deux livres publiés le même mois, de deux philosophes majeurs et ex-amis de Sartre, L'Opium des intellectuels de Raymond Aron et Aventures de la dialectique, de Maurice Merleau-Ponty. "Le premier accuse Sartre et d'autres d'être aveuglés, voire drogués, par leurs croyances"[54] alors que Sartre stigmatise dans "Nekrassov" la revue aronienne Preuves, indirectement financée par la CIA, "comme une revue pétainiste qui réhabiliterait la trilogie « Travail , Famille , Patrie ", selon Jean-François Sirinelli, historien du versant politiste de l’histoire culturelle français. Le second a cosigné avec Sartre, en janvier 1950, un article dénonçant camps de concentration en URSS, dans Les Temps modernes, journal qu'ils ont cofondé et qui avait peu avant pris la défense de Kravchenko. Mais Maurice Merleau-Ponty en est parti et les critiques de presse de son nouveau livre parlent "de purges, d'épurations, de scissions, de sécessions" au sein du journal qui les réunissait jusqu'en décembre 1952. Sartre réfute: selon lui une "sécession amicale", a eu lieu en 1953[12], répond-il dans une interview au Monde. Le journal lui demande alors s'il hésiterait à faire de nouveau état dans Les Temps modernes, comme en 1948 et 1950, de révélations sur les camps de concentration en URSS, il répond[12]:

« Si j'étais convaincu de la vérité de faits nouveaux, quand même leur révélation pourrait-elle d'aventure gêner le PCF, je les révélerais (...) nous continuerions de nous entendre sur d'autres points communs »

Il reste aussi très critique du PCF sur d'autres points. C'est le cas contre Jean Kanapa, nouveau chef de file des intellectuels au PCF, à qui Louis Aragon avait confié la création La Nouvelle Critique[46] en pour contrer Sartre[46] et où il a mené en 1953 la charge contre les médecins juifs accusés de comploter contre Staline, des "criminels qui méritent d'être châtiés"[55], puis commandé à sa collègue Annie Besse l'article de février 1954 traitant d'ennemi de la classe ouvrière[45] l'écrivain Dionys Mascolo[46], auteur d'un livre exprimant une volonté de penser différemment le communisme[56],[46]. Avec sa collègue Audry, alors protectrice aussi de Françoise Sagan, qui travaille alors au manuscrit de "Bonjour tristesse", il défend Mascolo dans les Temps modernes[57] et Jean Kanapa réplique en traitant Sartre d'"intellectuel-flic" dans L'Humanité du 22 février 1954[45], ce à quoi il répond[45],[58],[46], dans Les Temps modernes de mars[59]:

« Il faut plus d'un Kanapa pour déshonorer un parti... Si je suis un flic, vous êtes des crétins... Et le seul crétin, c'est Kanapa »

Le fiasco du premier voyage de Sartre en URSS

Sartre était sorti amer et affaibli de sa passe d'armes publique de l'été 1954 avec Pierre Lazareff, patron du premier quotidien français, France-Soir, quand tous deux revenaient de leur premier voyage en URSS[60], effectués séparément, après que Nikita Khrouchtchev, nouveau pape de la déstalinisation, ait souhaité en mars 1954 que la presse non-communiste soit pour la première fois depuis 1948 autorisée à visiter le pays[61].

Le reportage "Hélène et Pierre Lazareff racontent l’URSS", après un séjour de cinq semaines, fait le 30 juin 1954 sensation, en "Une" de France-Soir[61], une semaine après le retour à Paris de Sartre[62], qui a donné, de son côté, une conférence de presse en URSS, la veille de son départ, passée inaperçue, après avoir été hospitalisé à Moscou pendant la moitié de son séjour car il est tombé malade. C'est seulement un mois après son retour, en plein été, qu'est publiée la transcription d'une conversation avec Jean Bedel, du quotidien Libération. Ce dernier aurait proposé à Sartre de relire l'article. Mais l'entretien est publié quand même, alors que Sartre est déjà reparti à l’étranger. En son absence, le journaliste "force le trait", avec le concours de Jean Cau secrétaire de Sartre, qui aurait écrit le texte à sa place et sans lui. Au même moment, Jean Cau omet de transmettre à Sartre la proposition d'Arthur Miller d'écrire une adaptation en français de sa pièce de 1953 contre le maccartysme, qui revient finalement à Marcel Aymé.

L'entretien est fractionné par Libération en cinq parutions successives, du 15 au 19 juillet. Il évoque Pierre Lazareff et sa femme une dizaine de fois[60], la plupart du temps via les questions à leur sujet[60]. Dans ses réponses, Sartre insiste sur le thème de la destalinisation et prend des risques en leur reprochant d'avoir parlé de "méfiance" de leurs sources d'information en URSS, et de trop valoriser les questions de personnes, au moment de la valse au pouvoir en URSS des successeurs de Staline: Béria puis Malenkov, puis Khrouchtchev. Emporté par son propos[63], il dérape à nouveau en disant:

« Le citoyen soviétique possède, à mon avis, une entière liberté de critique, mais il s’agit d’une critique qui ne porte pas sur des hommes, mais sur des mesures »

Le journaliste en fait un gros titre, "la liberté de critique est totale en URSS", coupant la contextualisation de seconde partie de la phrase. Le gros titre fait "immédiatement scandale". France-Soir publie rapidement une réponse indignée des Lazareff[60], qui laisse entendre que ce journaliste aurait pu globalement déformer les propos de Sartre[60]. Jean Bedel sera condamné en diffamation l'année suivante dans une autre affaire[64]. Sartre reconnaitra publiquement avoir été très maladroit, mais seulement en 1976[63]. Le faux-pas produit en tout cas l'inverse de l'effet recherché: c'est Lazareff, dont l'épouse parle russe depuis son enfance, qui apparait plus à l'écoute de l'URSS profonde, alors que Sartre était à l'hôpital durant la seconde moitié de son court séjour et tout aussi surveillé avant. Selon Cécile Vaissié, spécialiste de la Russie, Sartre semble surtout avoir été très flatté par l’attention qui lui a été portée en URSS. Dans un article à charge contre Sartre publié au XXIème siècle, elle estimera que son propos n'aurait été que "légèrement reformulé" par le journaliste. Jean Cau a donné des anecdotes sur le voyage dans ses mémoires mais pas sur cet épisode[65].

Personnages

Beaudoin et Chapuis, agents de la DST

Discrets et efficaces, ce sont les seuls vrais "méchants" de la pièce. Ils ont démasqué l'escroc déguisé mais promettent de se taire s'il invente une fausse dénonciation de journalistes communistes. Ce dernier a même peur qu'ils le kidnappent et le torturent s'il refuse. Comme dans "Le Bal des voleurs" de Jean Anouilh, et comme les Dupont et Dupond des "Aventures de Tintin" d'Hergé, ils ne parlent que par demi-phrases en se complétant, effet comique permettant d'alléger la charge de la satire.

Maistre et Duval, les journalistes en danger

Les deux journalistes mis en danger par le journal qui donne leur nom en les accusant de trahison. Ce sont les héros-martyrs de la pièce mais ils n'apparaissent jamais, sinon une fois quand leur conseure Véronique, solidaire, appelle l'un d'eux.

Soir à Paris, le journal qui bascule dans le maccartysme

Le journal devient un personnage de la pièce, un être vivant, rythmé par les spasmes de paranoïa maccartyste, qui l'agitent et le mettent peu à peu en danger, à mesure que la probabilité que Nekrassov soit démasqué monte inexorablement. Les spasmes s'accélèrent à la perspective d'affronter les révélations de Libérateur, petit journal "progressiste" et "rose", où travaille Véronique.

Chez Soir à Paris, tout le monde a des gros soucis. Jules Palotin, le rédacteur en chef, licencié en cours d'intrigue pour avoir été trompé par Nekrassov. Sibilot qui ne dort plus la nuit, de peur d'être licencié faute d'avoir trouvé un scoop. Madame Castagnié, la petite employée avec charges de famille, licenciée car sur la liste des sept suspects de vouloir aider l'invasion soviétique. Et même Charles Mouton, président du journal, qui se tracasse de ne pas être sur la liste des futurs fusillés.

Soir à Paris est l'anagramme du Paris-Soir d'avant-guerre, plus gros tirage de l'histoire de la presse française et compromis sous l'Occupation. France-Soir, fondé en 1944 par des résistants, est cité dans la pièce comme un concurrent. Si Sartre l'avait écrite en 1949 ou 1950, SaP pourrait tout aussi bien être Ce Soir, grand quotidien populaire du PCF, qui a très vite disparu en 1953, miné par les mêmes travers que SaP: accusations insensées et infondées contre tout ce qui n'allait pas dans le sens du PCF.

Sartre ne se contente pas d'évoquer la presse "par le biais d’un personnage", mais "la met en scène, la plaçant au cœur de son intrigue" avec toute un hiérarchie: si le rédacteur en chef Jules Palotin reproche à Sibilot, "un relâchement suspect"[66], depuis "plus d’un an"[66], en se disant nostalgique de sa "belle enquête sur La Guerre, demain !"[66] et de ses "montages photographiques" : Staline entrant à cheval dans Notre-Dame en flammes"[66], Palotin est lui-même réprimandé par e président du journal Charles Mouton, qui lui reproche de publier un journal "mou, tiède"[66]. Et Charles Mouton accepte lui-même d'avoir et "jeté dehors " de la DST, qui se posent en "anges gardiens" de Georges[66]. Sartre laisse cependant des marges de liberté aux personnages[66]. Jules Palotin peut ainsi surprendre en déclamant que "l'argent n'a pas d'idée", jeu de mots qui déforme un proverbe connu pour opposer "l’argent à la création, à l’esprit, à l’art"[66].

Charles Mouton, président du journal

Charles Mouton, président de Soir à Paris, trouve trop mou son rédacteur en chef Jules Palotin mais il s'incline quand les deux agents de la DST le jettent d'une réception.Il espère d'abord peser sur l'élection partielle grâce au faux scoop de Nekrasov sur une invasion de la France par l'URSS, mais il change de priorité dès qu'il apprend que son nom n'est pas dans la liste des "futurs fusillés" par les soviétiques. Il retrouve Demidoff, le vrai dissident, réfugié à Paris depuis 1950 pour qu'il démasque Nekrassov. Il l'invite à la soirée de Madame Bounoumi, qui fête le désistement d'un rival. Et là, l'alcoolisme de Demidoff va sauver Véronique et Georges en créant la pagaille. Charles Mouton, en président du journal, soit alors sauver son entreprise... par de nouvelles révélations pour contrer celle du journal de Véronique.

Jules Palotin, le rédacteur en chef

Le rédacteur en chef de Soir à Paris, se veut le "Napoléon de la presse"[67], hurle sur ses adjoints[67], et exige des preuves d'amour de ses journalistes. Mais il sera licencié, en cours d'intrigue, de ce "journal gouvernemental", comme il le reconnait lui-même[67]. "Toujours en quête d'un titre sensationnel", et surtout "d'une idée pour justifier le titre", il veut bien[68]:

« Que la guerre froide s'éloigne mais pas de la Une" du journal »

Un démenti catégorique de Sartre, une semaine avant la première représentation, assure que ce n'est pas Pierre Lazareff, patron de France-Soir, ni personne d'autre[12]. "On a dit que je visais Lazareff, c'est faux" dit-il encore, la veille, dans un interview à Serge Montigny, journaliste littéraire au quotidien Combat[5]. Un mois avant, il a exigé que le rôle ne soit pas donné à Louis De Funès, trop ressemblant à Lazareff. Quand les critiques découvrent le vrai scénario, ils citent parfois Pierre Brisson, patron du quotidien Le Figaro, pourtant cité comme un concurrent par le script.

Sibilot, le père de Véronique

Il partage un appartement avec sa fille Véronique, où s'introduit Georges et dans lequel il a l'idée de se faire passer pour Nekrassov. Sibilot et sa fille sont journalistes, lui dans un grand quotidien pro-gouvernemental, Soir à Paris, elle dans un petit journal "progressiste" ou "rose", Libérateur. Mais il s'entendent bien. Elle est à l'écoute et solidaire de son père, régulièrement menacé de licenciement s'il n'invente pas des scoops contre les communistes, et l'aide même à utiliser celui imaginé par Georges, avant de s'y opposer très vite, dès que cela vire au maccartysme.

Roland Barthes a salué dans sa critique "a scène où Sibilot , le professionnel à gages de l'anti - communisme , et le Policier reconnaissent l'identité de leur condition social", montrant qu'ils ne sont en rien des "médiocres" mais des "aliénés", "unis dans une même condition de servitude à l'égard d'un ordre qui les compromet en les employant"[69],[70].

Véronique Sibilot, la journaliste "rose"

Georges de Valera, l'escroc pourchassé par la police, tombe par hasard sur Véronique Sibilot, en s'introduisant chez elle. Il est convaincu qu'elle le livrera à la police, car jugeant les femmes enclines aux "réactions convulsives"[71]. Irritée, elle veut déjouer ces préjugés[71]. Pour la séduire, mais surtout éviter d'être dénoncé à la police, il propose de se déguiser en ministre soviétique en fuite et ainsi d'offrir un scoop au pères[72].

L'opposition des deux personnages, en particulier en terme de genre[71], est conçue pour faire rire[71], évoluant au fil des scènes pour aller vers une forme de provocation/séduction, en plus de l'enjeu fondamental pour Véronique: sauver les deux journalistes qui risquent la prison, voire la peine de mort, si le faux Nekrassov ne se rétracte pas publiquement, le journal lui ayant fait dire qu'ils sont des traitres complotant à l'invasion de la France par l'URSS. A son tour elle l'énerve, parvient à le déstabiliser en lui prouvant qu'il n'est plus l'Arsène Lupin des années 1950 mais une marionnette des puissants, ignare et déconnecté et lui lâche[73]:

« On te paye pour désespérer les pauvres »

Un peu plus tard, installé à l'hôtel Georges V aux frais du journal, il déclare à Véronique que "l'ouvrier russe est le plus malheureux de la terre" et elle lui répond[74]:

« De toutes façons au Georges V, personne n'a jamais vu d'ouvriers. Mais sais-tu ce que cela veut dire à Billancourt? »

Puis[75]:

« Alors on te manipule? »

Doublement énervé, il parle une première fois de Billancourt pour le balayer[75]:

« Quant à tes ouvriers, qu'ils soient de Billancourt ou de Moscou je les... »

Cette scène 8 du tableau 5 se termine, un peu plus tard, par Georges, un peu déstabilisé, qui cherche à retrouver sa confiance. Tournant en rond seul dans la pièce, il chantonne "Désespérons Billancourt!", répété plusieurs fois.

La formule "il ne faut pas désespérer Billancourt" est une déformation et manipulation de ces courtes répliques[76],[77],[78],[79],[80]. Cet aphorisme est cité "à tort et à travers" par d'innombrables personnes, en général sans avoir lu la pièce[81].

Georges de Valera, l'escroc déguisé en Béria ou Kroutchev

C'est l'escroc français qui improvise, dans la panique, un déguisement en "Nikita Nekrassov", ministre soviétique qui vient de disparaitre, allusion, selon Le Canard Enchaîné, à Lavrenti Beria[82], ministre de l'intérieur, dont on perd la trace après la mort de Staline et qui sera exécuté discrètement, ou bien Nikita Khrouchtchev, autre homme-clé des débuts de la déstalinisation, selon la presse de l'époque[10], Sartre lui donnant volontairement son prénom. Le Figaro l'appelle ainsi "Nekroutchov"[83]. Le spectateur sait dès la première scène que De Valera est juste un escroc français, traqué, qui se déguise pour échapper à la police. S'il dit d'abord vouloir "détruire le communisme en Occident"[84], c'est pour s'introduire dans le journal, où le rédacteur en chef le met en garde de suite:

« Depuis Kravchenko, sais-tu combien j'en ai vu défiler, moi, de fonctionnaires soviétiques ayant choisi la liberté ? Cent vingt-deux, mon ami, vrais ou faux. Nous avons reçu des chauffeurs d'ambassade, des bonnes d'enfant, un plombier, dix-sept coiffeurs et j'ai pris l'habitude de les refiler à mon confrère Robinet du Figaro, qui ne dédaigne pas la petite information. Résultat : baisse générale sur le Kravchenko »

Kravchenko est ainsi un homme de la décennie précédente, qui en 1954 a disparu de l'actualité, après l'échec de son second livre en 1950, reconverti dans la prospection minière au fond des montagnes du Pérou et devenu antimaccartyste. Nekrassov, ce n'est pas lui, assure le critique de théâtre Roland Barthes. Ce serait plutôt Demidoff, le vrai dissident, réfugié à Paris depuis 1950, alcoolique comme Kravchenko fut accusé de l'être, un vice qui devient vertu dans la pièce car il permet à Véronique et Georges de s'échapper.

Georges de Valera est lui un bel homme et beau parleur, la trentaine élégante et caustique, qui cultive orgueil et indépendance d'esprit, traits de caractère que Véronique utilise pour le retourner peu à peu lors de dialogues en forme de clins d'oeuil à la psychanalyse. L'adaptation de 2007 joue en particulier sur le lien sentimental progressif entre les deux personnages, qui s'affirme peu à peu dans le script de la pièce.

Demidoff, le vrai dissident, réfugié à Paris depuis 1950

C'est grâce à Demidoff, le vrai dissident soviétique, réfugié à Paris depuis 1950 que l'intrigue s'accélère. Il a connu le vrai Nekrassov en URSS des années plus tôt et constate que le faux ne lui ressemble pas du tout. Porté sur l'alcool, il s'ennivre lors de la réception chez Madame Bounouni, provoquant la pagaille qui permet au faux Nekrassov de s'enfuir avec Véronique, échappant aux agents du contre-espionnage, qui se sont dits prêts à le torturer pour l'obliger à accuser des journalistes communistes de collaboration avec l'URSS. Son alcoolisme, qui libère finalement tout le monde, est un clin d'oeuil au Procès de Victor Kravchenko contre le journal communiste Les Lettres françaises en 1949, ce dernier ayant marqué des points dans son public en en accusant Victor Kravchenko d'alcolisme.

Madame Bounouni, la candidate MRP protégée du journal

Madame Moumouni incarne selon Sartre Germaine Peyroles[82], avocate et figure du MRP (droite), mère de l'écrivain et scénariste Gilles Perrault[85]. En 1954, elle a retrouvé son siège de député, battant d'extrême justesse un candidat présenté par le PCF dans cette élection partielle très médiatisée, l'emblématique rédacteur en chef de L'Humanité, l'écrivain André Stil[36] qui sort d'un long séjour en prison en raison de ses éditoriaux.

Dans la pièce de Sartre, c'est lors de la réception chez elle, pour fêter le désistement de son rival, Perdrière, obtenu grâce à la campagne du journal Soir à Paris[86], que tout bascule et s'accélère. Nekrassov est invité, mais aussi Demidoff, un vrai dissident soviétique[86] qui avait connu en URSS le vrai Nekrassov et peut donc démasquer le faux. Deux agents de la DST arrivent aussi. Eux aussi savent que Georges n'est pas le vrai Nekrassov. Profitant de sa panique, ils tentent sans succès de lui faire dénoncer les deux journalistes communistes, accusés à tort de haute trahison. Le faux soviétique réussit alors à s'enfuir dans la pagaille générale provoquée par un Demidoff ivre et déshinibé[86].

La première "affaire Nekrassov": Louis de Funès remercié en mai

Trois jours avant la première représentation, prévue le 17 mai, L'Aurore, quotidien de Marcel Boussac, publie une série de révélations, dans un article dénonçant la "mauvaise humeur de Sartre"[87]:

  • Louis De Funès a été remercié, contre indemnisation;
  • Il devait normalement jouer un autre personnage que Jules Palotin, celui de Nekrassov[87];
  • De nombreux changements au texte de la pièce ont eu lieu[87];
  • La première représentation aura lieu beaucoup plus tard, mais l'équipe est en désaccord sur la future date.

La presse révèle ensuite que c'est Sartre qui a exigé le remplacement de Louis de Funès[87] et il dément très vite que le personnage de Jules Palotin soit Pierre Lazareff, rumeur causée par l'article dans L'Aurore. En raison du fiasco médiatique de son voyage en URSS de l'été précédent, Sartre n'avait aucun intérêt à se mesurer à Pierre Lazareff, qui avait lui réussi le sien au même moment.

Selon Le Monde, l'ajournement de la première représentation vient du départ de Louis de Funès mais aussi de celui de Pierre Asso[88], qui devait lui interpréter Sibilot[89]. Puis on apprend un troisième départ pour le rôle de Palotin, le rédacteur en chef licencié à la fin de la pièce, celui René Lefèvre, remplacé par Armontel[87].

La presse révèle que dans certaines versions la pièce durait cinq heures[87], ce qui complique les répétitions[87] et fatigue les comédiens[87],[90]. Elle évoque le désaccord entre Simone Berriau et Michel Vitold, qui incarne Georges, déguisé en Nekrassov[87], sur la future date, qui sera reportée deux fois[89]. Pour ramener la durée à quatre heures, Sartre doit réécrire les deux derniers tableaux[89].

Lors de la première représentation, la directrice de L'Express Françoise Giroud persiste à reconnaître dans "les gestes (...) la tête" et "les bretelles", son ami Pierre Lazareff, qui lui avait confié quelques années plus tôt la direction du magazine Elle. Sa critique éreinte donc la pièce, sur un ton virulent qui choque les amateurs de la pièce, avides d'y voir une "affaire Nekrassov". Mais d'autres spectateurs ont crû reconnaître Pierre Brisson, directeur du Figaro[67] car Sartre a exigé un acteur faisant moins penser à Lazareff que Louis de Funès. L'Aurore, détenu par Marcel Boussac et apôtre de la guerre d'Indochine comme du statu quo en Tunisie et au Maroc, était en fait le journal qu'aimait le moins le couple Sartre-Beauvoir[84]. Dans la pièce Le Figaro et France-Soir ne sont cités que comme des concurrents de Soir à Paris, un titre qui a lui clairement basculé dans le maccartysme dès les premiers tableaux de la pièce.

Une semaine avant la première, l'auteur a répété son démenti[12]. "On a dit que je visais Lazareff, c'est faux" dit-il, à nouveau, la veille, dans une interview à Serge Montigny, journaliste littéraire au quotidien Combat[5]. Le même jour, dans une interview à Libération, il a souligné n'avoir voulu s'attaquer à "aucun journaliste parisien", ce qu'il répète encore à L'Humanité-Dimanche le 19 juin, "la pièce vise des institutions et non des individus": Jules Palotin, le rédacteur en chef, y partage la vedette avec un autre personnage, proche et important, Charles Mouton, président du journal, qui fixe le cap et doit même licencier Jules Palotin vers la fin de la pièce.

L'histoire de cette "affaire De Funès" sera réécrite au cours des décennies suivantes, dans des livres publiés séparément. En 1975 paraît une hagiographie de Pierre Lazareff, signée de Jean-Claude Lamy, qui a travaillé trente ans à ses côtés. Le livre cite Simone Berriau, amie de longue date de Pierre Lazareff et directrice du Théâtre Antoine: elle se souvient de l'avoir prévenu, lors d'un déjeuner, du projet de pièce. Pierre Lazareff s'y serait déclaré peu soucieux de son image[91]. L'anecdote est reprise dans un livre de 2009, en ajoutant celle des fils de Louis de Funès: une spectaculaire dispute avait opposé Simone Berriau à leur mère, au beau milieu des répétitions, tandis que Jean Meyer s'était montré vexant envers leur père, dans sa direction d'acteur. Meyer, dans ses mémoires publiées en 1990, ne disait pas pourquoi il a congédié De Funes, insinuant que cela pourrait venir d'un mépris de Sartre pour Lazareff[92]. L'insinuation a cependant été démentie, au cours de la même année 2009, par une biographie plus complète de Lazareff: l'auteur de la pièce et le patron de presse ont déjeuné ensemble... quelques semaines après la première représentation[67].

A l'hiver 1954-1955, Sartre était accaparé par son souhait d'écrire le scénario d'un téléfilm adaptant une pièce d'Arthur Miller pour dénoncer le maccartysme, vocation du premier scénario de Nekrassov. Ce sera sa dernière pièce confiée à Simone Berriau, sa productrice habituelle, qui a eu l'idée d'un acteur ressemblant à Lazareff. Louis de Funès, même taille et même débit vocal, avait été remarqué en 1953 dans "Ah ! Les belles bacchantes" mais n'obtiendra qu'en 1956 un début de reconnaissance de la critique[93] au cinéma, dans La Traversée de Paris, de Claude Autant-Lara.

Lazareff, déjà incarné en 1950 par le personnage de Romain Riatte[94] dans "L'Affaire Bernan", livre de son ami Joseph Kessel, considéré comme une importante contribution à la "définition du métier de journaliste", ne connaissait probablement pas dans le détail le scénario de Nekrassov, autrement moins flatteur, lors de son déjeuner avec Simone Berriau. Après la pièce, il déjeune cette fois avec Sartre.

La seconde "affaire Nekrassov": une presse très divisée

La pièce fit l'objet de centaines articles et interview dans tous les quotidiens nationaux et la plupart des grands quotidiens régionaux[82], souvent plusieurs fois au cours du même mois dans le même titre, la critique négative succédant souvent à la positive, selon l'enquête de l'universitaire américain Robert Wilcocks en 1975[82], romptant un "politique du silence" des universitaires jusqu'aux années 1970[95].

L'accueil est très virulent dans la presse de droite[2], particulièrement avant la première représentation, mais globalement favorable dans la presse de gauche[10], à l'exception notable d'un article virulent paru dans L'Express, lui-même visé par un contre-article signé Roland Barthes, très commenté par les historiens.

La presse de droite accuse Sartre de ne pas prendre au sérieux le risque d'invasion soviétique et d'affaiblir une institution de la démocratie, la gauche voyant du corporatisme dans cette réaction. Dans une interview au Monde une semaine avant la première représentation, Sartre s'est plaint de journaux, sans les citer, qui ont refusé de vendre leurs encarts de publicité[90] et la rumeur voulant que Pierre Lazareff soit personnellement attaqué dans la pièce a contribué à ce réflexe corporatiste.

Cette configuration a contribué au sentiment d'un accueil globalement hostile que plusieurs journaux de gauche se font une spécialité de commenter les critiques de la partie adverse, présentées comme une conjuration d'intérêts "bourgeois" ou corporatistes se drapant dans leur honneur pour refuser la satire. Naît ainsi une seconde "affaire Nekrassov" dans le sillage de la première, quand la pièce était déjà critiquée lors des répétitions. Jeanson dénonce dans Le Canard Enchaîné du 2é juin "une cabale dirigée par Le Figaro", sur le thème "ce Sartre, décidément, est un emmerdeur (...) imprimons à cinq millions d’exemplaires qu’il est très ennuyeux"[66] et L'Humanité du 26 juin produit "une revue des réactions critiques à la pièce", sous le titre "Et pourtant ils ont tous ri". Roland Barthes estime que "jamais éreintage n'a été plus rapide, plus général et, d'apparence, mieux synchronisé", visant en particulier la critique immédiate et virulente de la directrice de L'Express, Françoise Giroud, au "point que les autres éprouvaient de l'inquiétude quant à la santé de leur jugement, et presque un sentiment de culpabilité pour s'être divertis en mauvaise compagnie et avoir ri contre les règles"[96].

Un débat sur "Nékrassov" est même organisé par la RTF, confié à Georges Lerminier qui avait jugé dans Le Parisien juge la caricature "superficielle, mal dessinée", soulignant qu'on "ne reconnaît personne. Et il n'y a finalement personne à reconnaitre"[97].

Le Monde consacre pas moins de cinq articles à la pièce en mai et juin 1955. Dans le premier, le même Henry Magnan, relate plus sobrement qu'"on a beaucoup ri durant les premiers tableaux" puis signale "quelques sifflets timides" sur une des scènes. A la fin "la salle applaudit poliment, sans plus"[98], le journaliste indiquant qu'un second article viendra. Quatre jours après seulement, celui-ci reproche à Sartre de pouvoir croire "jouer un bon tour à toute la presse de droite, du centre, et du centre gauche"[68], plaçant curieusement Le Monde parmi les victimes. Le journal lui reproche surtout "de décrire le fonctionnement de la presse sur la base de quelques ragots, quelques mots rapportés, des anecdotes qui courent partout"[68]. En octobre, une troisième critique du Monde, quand le texte est pour la première fois publié, dansLes Temps modernes, en estimant qu'il "résiste fort bien, et mieux encore qu'on aurait cru" à la polémique" et que "dans l'ensemble, le style est bien plus soutenu, l'intention et l'invention comique plus ambitieuses qu'on ne le pouvait attendre d'une farce". La critique se veut une synthèse de la polémique qui gronde depuis mai, en rappelant que selon Roland Barthes, "l'indignation" a été prononcée sur de "aux motifs" et a pris l'allure d'une "justice de classe", mais pour se démarquer de cette analyse, voyant plutôt un retour du corporatisme: "pourquoi soupçonner tant de noirceur, je ne sais quelle conjuration bourgeoise, dans un mouvement, dans un penchant parfaitement spontané et naturel"[99]. "J’attaquais la presse, la presse a contre-attaqué", estimera plus tard Sartre.

Le duel Françoise Giroud-Roland Barthes

Directrice et concubine du fondateur de L'Express, Françoise Giroud a décidé décidé d'écrire elle-même la critique, sans les prévenir les trois journalistes culturels, alors qu'ils ont vu aussi la pièce le premier soir, le 8 juin. Bernard Dort et les deux autres démissionnent[100]. Elle préparait leur remplacement par Robert Kanters[101], qui signe déjà le 28 mai un article dans une nouvelle maquette, l'encadré sur deux colonnes[102], "renouvellement de la rubrique théâtre selon une formule plus proche de celles des quotidien", en prévision du passage à la parution quotidienne, opéré le 14 octobre 1955. L'Express, qui redeviendra hebdomadaire en mars, après les législatives, souhaite alors se démarquer de la gauche car il est associé à Pierre Mendès-France, qui a déjà obtenu les voix des députés PCF mais vient surtout de reprendre le contrôle du Parti radical lors du congrès extraordinaire du 4 mai et espère reconquérir le centre pour redevenir président du conseil. Encore vendu comme Les Échos du samedi[103], L'Express a de plus déjà confié depuis le 10 avril son "Bloc-notes" à François Mauriac, passé à l'anticolonialisme et à qui Le Figaro a demandé de se modérer sur la guerre d'Algérie. Comme d'autres journaux, il est ainsi exposé à la censure votée par l'Assemblée nationale, mi-.

Assistant à la première représentation, Françoise Giroud "éreinta personnellement la pièce"[104] sans tarder, la jugeant "confuse, laborieuse, interminable", en dénonçant "un manque de crédibilité dans cette représentation dramatisée du monde de la presse", un "brouillon mal raturé et bourré de fautes d’orthographe", "pas sérieux", qui dépeint sa profession comme peuplée de "journalistes qui ne sauraient s’asseoir sans mettre leurs pieds sur les tables". Se disant "consternée, d’abord, devant ce travail bâclé", elle l'estime "rarement percutant, parce qu’il fallait charger jusqu’à la véritable farce, ou respecter une apparence de vérité".

Selon la biographe de Bernard Dort, Françoise Giroud souhaitait aussi se venger d'un article du journal de Sartre[105] se moquant d'un livre compilant les portraits rédigés par la journaliste. L'article avait été assez féroce pour qu'elle démissionne de France Dimanche en 1953 avant de partir fonder L'Express[106],[107]. Malgré la guerre d'Algérie qui s'aggrave, Sartre ne donnera pas d'interview à L'Express avant la fin 1956[100] et le numéro du , avec son interview sur la torture en Algérie, sera saisi par la police[108].

Selon Françoise Giroud, sa critique a fait scandale à gauche[100] et Roland Barthes s'en prend effectivement à elle dans l'éditorial du numéro de l'été 1955 de la revue spécialisée Théâtre populaire, où il salue dans "Nekrasov" une comédie "douée d'une force de libération exceptionnelle" et dénonce une "affaire Nekrassov", dans la virulence de certaines critiques. Il vise aussi une autre qui a influencé, voire intimidé, dès les premiers jours, le milieu de la presse, cellle de Gabriel Marcel, en ironisant sur son parallèle erroné et biaisé avec l'affaire Kravchenko, vieille de six ans: "Kravchenko était réel, Nekrassov ne l'est pas. L'irréel n'est sauvé que lorsqu'il paraît distant, improbable et inoffensif" car "la bourgeoisie a toujours eu une idée très tyrannique mais très sélective de la réalité : est réel ce qu'elle voit, non ce qui est ; est réel ce qui a un rapport immédiats avec ses seuls intérêts". Pour Roland Barthes, la pièce met à nu les maccartysmes à la française[109]

Selon lui, "c'est un procès d'éducation que l'on fait à Sartre"[69],[70], car "Nekrassov n'a pas été écrit pour Mme Françoise Giroud ; Nekrassov a été écrit pour un public primaire, qui ne s'embarrasse pas des nuances byzantines dans la répartition des servitudes gouvernementales"[110].

Presse de droite

"Tant de tintamarre, de brouillamini, de fumées fumeuses et de pétards mouillés laissent éberlué, ahuri, déçu et assommé", écrit Paul Gordeaux, dans France-Soir. Selon lui "On peut aller aussi loin que l'on veut dans la fantaisie et l'abracadabrant , mais à une condition que le point de départ soit plausible, logique , vraisemblable"[111]. Le premier à dégainer, avec François Giroud, avait été le numéro des Les Nouvelles littéraires paru après la première de l'hebdo, via un article de Gabriel Marcel, qui quelques mois après rencontre en Suisse l'Américain Frank Buchman, fondateur du Réarmement moral[112], dont il il restera proche, mouvement connu pour son anti-communisme, avant d'être au siècle suivant renommé Initiatives et Changement Selon Gabriel Marcel, le texte de Sartre "tend à classer comme publicité hystérique ou Macarthyisme insensé les idées très réelles que nous pourrions avoir concernant l’avenir du monde libre, nous qui savons où nous en sommes sur le polonais, le hongrois ou le tchèque"[113], [114]. Gabriel Marcel estime qu'"ainsi l'affaire Kravchenko vue dans la perspective de L'Humanité, a, jusqu'à un certain point, fourni son sujet" à Sartre. Mais c'est le seul critique à faire à l'époque ce rapprochement.

Les autres insistent en général sur le fait que la carricature de la presse française serait outrancière, balayant la démarche satirique. Le Figaro en publie plusieurs très défavorables, dont dont une plus d'un mois avant la première représentation, éloignées de l'avis élogieux qui sera décerné par le même journal treize ans après[82]. Son chroniqueur Thierry Maulnier est il est vrai nommément ridiculisé par la pièce[115], présenté en anticommuniste qui fait le jeu des communistes[113]. En mai 1954, lors de la guerre d'Indochine, Thierry Maulnier,s'en était "pris violemment à tous ces intellectuels, en particulier à Jean-Paul Sartre" pour avoir ignoré la souffrance des soldats après la défaite française de Dien-Bien Phu[116]. "Que de bruit pour peu de chose ! Quand on pense à tout ce savant tapage organisé autour de la pièce, on reste confondu de tant d’insignifiance (...) il n’y a pas de pièce", écrit Jean-Jacques Gautier, dans Le Figaro 13 juin 1955[117]. "Le plus grave défaut" de cette pièce est "sa longueur", quatre heures, observe Max Favalelli dans Paris-Presse L’Intransigeant du 15 juin, argument le plus souvent mis en avant dans les critiques défavorables.

"Tant de tintamarre, de brouillamini, de fumées fumeuses et de pétards mouillés laissent éberlué, ahuri, déçu et assommé" "On peut aller aussi loin que l'on veut dans la fantaisie et l'abracadabrant , mais à une condition - que le point de départ soit plausible , logique , vraisemblable"[118]. "Nekrassov ne renferme pas la moindre allusion perfide à l’égard du catholicisme ou à propos de l’attitude de l’Église en face du communisme. Sartre aurait-il ainsi par le biais voulu rendre un certain hommage à ceux qui ont compris le véritable enjeu du combat ? », se réjouit Jean Vigneron dans La Croix du 17 juin 1955[117].

Presse de gauche

Dans un article de décembre 1955 du mensuel de la SFIO, "La Revue socialiste", titré "Misères du journalisme et de la philosophie" le jeune Roger Quilliot, futur ministre des années 1980, se montre nuancé: "ce n'est pas un chef-d'œuvre. J'ai toutefois poussé l'outrecuidance jusqu'à rire quelquefois, moins que ne le voudraient L'Humanité et consorts"[119]. Il y souligne que bon nombre des critiques que Sartre avait formulées au sujet de la presse de droite en France pouvaient aussi s'appliquer à la presse en URSS, et dans une de ses répliques, le personnage du patron de presse, confronté au scénario d'une invasion de la France par les Soviétiques inventé par le faux Nekrassov, fait remarquer qu'il a toujours dirigé un journal en général pro-gouvernement et que les Soviétiques seront alors eux aussi un gouvernement[119].

"J'adore Nekrassov. Pour une fois, je trouve démasqués les vilains sans aucune thèse à l'appui. Pas un des personnages de Nekrassov qui ne soit divers, multiple, foisonnant de vérité humaine", écrit Henry Magnan dans Combat[82], quotidien de gauche non communiste lancé par Albert Camus, auquel ont contribué Raymond Aron et Claude Bourdet. Dans le même journal, le 13 juin, Thierry Maulnier, par ailleurs chroniqueur du Figaro, observe que Sartre veut "libérer les pauvres d’Occident" mais juge qu'il s'y prend mal en présentant un "communisme sans autres desseins d’expansion ou d’agression que ceux que lui prétendent les calomniateurs à gages".

Paris-Normandie du 10 juin 1955 en fait une critique "très favorable", comparant la pièce à "Tartuffe" de Molière et estimant que "le tout-Paris a été séduit". Témoignage chrétien est plus partagé, saluant "d'excellentes scènes" mais parlant aussi de "pétard mouillé"[120], comme Paul Gordeaux, dans France-Soir

"J’ai beaucoup ri (...) emporté que j’étais par la violence comique, l’irrésistible drôlerie, l’entrain, le mouvement, l’invention, les piquantes trouvailles, les extraordinaires situations, les percutantes répliques" raconte Henri Jeanson, dans Le Canard Enchaîné du 22 juin [117], qui signale, lui, "quinze rappels après le premier acte [sic), les scènes hachées d’applaudissements" mais fait référence aux critiques négatives qu'il a lues depuis deux semaines en concluant "Ce Sartre, décidément est un bel emmerdeur"[117]. La pièce reçoit aussi une critique favorable de Jean Cocteau, qui venait d'être élu à l'Académie française le , dans Libération du 20 juin 1955[117], [121],[122],pour qui "on ne saurait s’imaginer plus de grâce, plus d’aisance, de malice, sans l’ombre d’une méchanceté que dans cet opéra bouffe"[117], en saluant un auteur qui "se moque gracieusement des personnes qui l’ont mal suivi et mal entendu"[117].

Dans la presse internationale

La presse francophone, en Suisse et en Belgique, publie de nombreux articles sur la pièce. En URSS, la Litératournaïa Gazéta annonce dès juin 1955 la création de Nekrassov au théâtre de la Satire, à Vénissieux, commune ouvrière de la banlieue lyonnaise. La presse communiste veut alors faire accéder les ouvriers au théâtre et encourage ceux de la banlieue parisienne à venir voir la pièce[46]. La pièce y sera publiée accompagnée d'aucune introduction, aavec des répliques ajoutées et les noms de Kravtchenko et Malenkov, le concurrent politique de Khrouchtchev, supprimés.

Nouvelles mises en scène de 1968, 1978 et 2007

En 1965, la pièce fait l'objet d'une lecture à la radio par Pierre Brasseur dans l'émission "Lectures à une voix", de Michel Polac et Guy Maxence[123]. Sa mise en scène sera refaite trois fois, en 1968, 1978 et 2007[124].

En 1968

En 1968, une nouvelle mise en scène d'Hubert Gignoux "ajoute des gags hors texte où se mêlent la tarte à la crème et la farce-attrape du genre avertisseur, serpentin ou potiche", dénonce Le Monde, pour qui "la satire serait autrement réussie" si elle "était à la fois plus proche des réalités et moins tributaire d'une époque". Le journal reconnait cependant qu'un "programme garni de renseignements synoptiques et des chansons garanties 1955" permettent une contextualisation historique et ainsi un "retour en arrière" du spectateur, mais avertit qu'il "ne suffit pas, surtout pour les jeunes spectateurs qui ne disposent pas de souvenirs personnels" de l'exploitation politique du péril rouge douze ans auparavant. Concernant l'interprétation, "n'en déplaise à ses défenseurs, on y est très loin de Beaumarchais et d'Aristophane", déplore Le Monde[125].

En 1978

En 1978, elle est mise en scène par Georges Werler, avec Albert Medina et Robert Rimbaud au Théâtre de l'Est parisien et retransmise à la télévision[126].

En 2007

En 2007, la mise en scène est rajeunie par la compagnie Sea-Art de Jean-Paul Tribout, "qui voudrait abolir la frontière entre théâtre intellectuel et divertissement"[1], avec plus de "rythme et efficacité"[6]. Propos, écriture et style "semblent d’autant plus brillants que l’on peine à trouver semblable qualité aujourd’hui"[6]. Selon Les Echos, les spectateurs sont "ébahis par la présence de tant de thèmes actuels", en particulier "la manipulation des médias" et "la montée de l'individualisme, au-delà du problème de l'anticommunisme"[13]. Le mensuel culturel La Terrasse y voit "une intéressante réflexion sur "la manipulation médiatique que le monde actuel peut utiliser comme miroir de ses propres turpitudes idéologiques"[127] et l'AFP évoque "la permanence de pratiques qui annihilent la liberté et l'identité de l'individu"[1],[2], la pièce "dénonçant malicieusement les pratiques d'une presse asservie aux puissances de l'argent et ses manipulations peu orthodoxes"[1].

L'intrigue sentimentale, les jeux de séduction"[128], deviennent plus clairs, à l'appui du subterfuge de Georges, "n'ayant en fait pour but essentiel que de conquérir" Véronique[129]. La durée passe de quatre à deux heures, avec il est vrai 9 comédiens pour 19 rôles[128], et cette fois le fond sonore d'une radio "retransmet de temps à autre les actualités ou les publicités d'alors", pour mieux replacer "l’action dans son contexte" que lors de la mise en scène de 1968. La Tribune semble cependant confondre 1955 avec la période 1949-1950, années où "les délires paranoïaques des forces en présence devenaient grotesques"[127]. Le journal observe que la mise en scène s'enrichit de quelques notes du "Déserteur", la chanson de Boris Vian[128], écrite en février 1954 pour la guerre d'Indochine, mais s'étonne qu'elle "ne cherche pas à reconstituer l'ambiance de guerre froide"[128], alors que 1954 est une période de détente, entamée après la mort de Staline au début 1953.

Depuis les années 2000 plusieurs interprétations erronées de la pièce ont en effet déjà brouillé le message: en 2003, Frédéric Bizard professeur d'économie à l'ESCP, écrit dans Les Echos que Jean-Paul Sartre y aurait dit qu’il "il ne faut pas désespérer Billancourt", suggérant de ne pas dire la vérité sur l'URSS aux ouvriers de Renault pour ne pas les démoraliser[130], alors que la citation est absente de la pièce, même en substance. En 2005 Le Monde estime qu'elle pastiche une "ambiance d'intrigue IVe République" et que Pierre Lazareff, directeur de France-Soir, y est représenté quand il "reçoit le dimanche dans sa maison de Louveciennes" diverses personnalités politiques et "des avocats ou des chanteurs en vogue"[131], alors que Sartre avait catégoriquement démenti vouloir représenter Pierre Lazareff[12]. En 2009, la biographie de ce dernier, centrée sur ces fameuses réceptions à Louveciennes, ne répètera pas l'erreur[67] car assimiler Lazareff au personnage prêt à tout dans la pièce n'est guère flatteur.

Les Echos écrivent eux en 2007 que la pièce a été inspirée par l'affaire Kravchenko[13], qui date en fait d'une autre époque, 1946-1949. La presse de l'époque et les historiens anglo-saxons ont vu plutôt dans la pièce une dénonciation du Maccartysme à la française (1952-1954)[10], exacerbé par la guerre d'Indochine et la guerre de Corée[10]. La confusion se répète le mois suivant dans Le Monde[132], l'article parlant bien d'un "contexte daté"[132], mais pour embrayer sur une "actualité risible, celle de l'affaire Kravtchenko"[132]. Le paragraphe précédent précise pourtant bien le contexte de la pièce, l'année 1954[132], celle du débat sur le "réarmement allemand"[132] qui voit "les communistes et les gaullistes français" rejeter la Communauté européenne de défense (CED)[132]. Les députés socialiste et radicaux, dont la moitié l'ont fait aussi, sont cependant oubliés[132]. Résultat de ces confusions, en juillet 2021 sur Youtube, le professeur Didier Raoult explique que la pièce serait une condamnation de Viktor Kravchenko[133], que Sartre et son journal avaient pourtant défendu.

Distribution

Premier tableau : Berge de la Seine

Georges de Valera, "escroc du siècle", pourchassé par la police, semble sur le point de mettre fin à ses jours, sur la berge de la Seine, pour échapper à la police[134]. Un couple de clochard le sauve, par instinct de charité[68], mais en décède.

Deuxième tableau : Bureau de Palotin

Troisième tableau : Salon de Sibilot

  • Michel Vitold : Georges de Valera
  • André Bonnardel : un agent
  • Marie-Olivier : Véronique
  • Jean Parédès : Sibilot
  • R.J. Chauffard : Goblet

Quatrième tableau : Bureau de Palotin

  • Robert Seller : Tavernier
  • Clément Harari : Périgord
  • Véra Pharès : secrétaire
  • Armontel : Jules Palotin
  • Michel Vitold : Georges de Valera
  • Jean Parédès : Sibilot
  • Jean Toulout : Mouton
  • Daniel Mendaille : Lerminier
  • Max Mégy : Charivet
  • Georges Sellier : Nerciat
  • Lefèvre-Bel : Bergerat

Cinquième tableau : Un appartement au Georges-V

  • Pierre Duncan : 1er garde du corps
  • Bernard Aldone : 2e garde du corps
  • Jacques Muller : garçon fleuriste
  • Michel Vitold : Georges de Valera
  • Jean Parédès : Sibilot
  • Christine Caron : Madame Castagnié
  • Marie-Olivier : Véronique

Sixième tableau : Salon chez Madame Bounoumi

  • François Darbon : Baudoin
  • Michel Salina : Chapuis
  • Suzanne Grey : Madame Bounoumi
  • Georges Sellier : Nerciat
  • André Bugnard : Perdrière
  • Max Mégy : Charivet
  • Lefèvre-Bel : Bergerat
  • Daniel Mendaille : Lerminier
  • Clément Harari : Périgord
  • Véra Pharès : secrétaire
  • Jacques Muller : photographe
  • André Bonnardel : 1er invité
  • Claude Rio : 2e invité
  • Claude Bonneville : 1re invitée
  • Odile Adam : 2e invitée
  • Dominique Laurens : 3e invitée
  • Betty Garel : 4e invitée
  • Armontel : Palotin
  • Jean Toulout : Mouton
  • Jean Le Poulain : Demidoff
  • R.J. Chauffard : Goblet
  • Michel Vitold : Georges de Valera
  • Jean Parédès : Sibilot
  • Pierre Duncan : 1er garde du corps
  • Bernard Aldone : 2e garde du corps

Septième tableau : Salon de Sibilot

  • Michel Vitold : Georges de Valera
  • Marie-Olivier : Véronique
  • Michel Salina : Chapuis
  • François Darbon : Baudoin
  • Jean-Pierre Duclosse : 1er infirmier
  • Ernest Varial : 2e infirmier
  • R.J. Chauffard : Goblet
  • Jean Le Poulain : Demidoff

Huitième tableau : Bureau de Palotin

  • Georges Sellier : Nerciat
  • Max Mégy : Charivet
  • Lefèvre-Bel : Bergerat
  • Daniel Mendaille : Lerminier
  • Armontel : Jules Palotin
  • François Darbon : Baudoin
  • Michel Salina : Chapuis
  • Jean Toulout : Mouton
  • Jean Parédès : Sibilot
  • Robert Seller : Tavernier
  • Clément Harari : Périgord

Notes et références

  1. 1 2 3 4 Critique de RTL en 2007
  2. 1 2 3 "Le théâtre de Sartre sort d'un relatif purgatoire avec deux pièces à Paris", RTL avec l'Agence France-Presse le
  3. "Pourquoi la critique génétique ? Méthodes, théories, sous la dir. de Michel Contât et Daniel Ferrer", par Irène Fenoglio dans la revue Langage & société, en 1999
  4. "Au rytme où vont les choses, je ne suis pas sûr que ma pièce trouve un public", déclare-t-il à Combat
  5. 1 2 3 4 Article de Serge Montigny, journaliste littéraire au quotidien Combat, le 7 juin 1955, cité par Jean-Pierre Boulé dans "Sartre médiatique La place de l'interview dans son œuvre", en 1993 aux Editions Lettres modernes
  6. 1 2 3 "NEKRASSOV". Article publié dans la Lettre des spectacles n° 273
  7. Critique de ROBERT BOURGET-PAILLERON, dans la Revue des Deux Mondes, le 1er juillet 1955
  8. "An Analysis of Jean-Paul Sartre’s Plays in Théâtre Complet", par Adrian van den Hoven, en 2024 chez l'éditeur Taylor & Francis
  9. "La révolte dans le théâtre de Sartre. Vu par un homme du Tiers Monde", par Franck Lbaaraque, en 1976 aux Editions Jean-Pierre Delarge
  10. 1 2 3 4 5 6 "The Sartre Dictionary", par Gary Cox, chez l'éditeur Bloomsbury Academic en 2008
  11. "Sartre dramaturge", en 1975, par Robert Lorris
  12. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 "Sartre nous dit...", par Henry Magnan, interview de Sartre dans Le Monde du 1er juin 1955
  13. 1 2 3 "Sartre sans prêchi-prêcha", dans Les Echos le 7 sept 2007
  14. "Michel Contat : le sartrien de la famille", par Jean-Louis Jeannelle, dans Le Monde du 3 avril 2008
  15. "La part du feu" par Michel Contat en 2005
  16. 1 2 "Sartre's Second Century" par Roy O. Elveton, B. P. O'Donohoe, en 2009
  17. 1 2 "Studi Sartriani – XIV/2020 – Sartre e l’esistenzialismo americano "par Gabriella Farina, de l'Université de Rome, en 2020
  18. "Une idée fondamentale pour la génétique littéraire", livre de Michel Contat en 1998
  19. "Pour Sartre, Paris", par Michel Contat, aux Presses Universitaires de France, en 2008, Compte rendu de lecture de Pascal Durand; professeur à l'Université de Liège, paru dans "L’Année sartrienne", n° 22, G. Editions Cormann en 2008,
  20. Marcel Péju, Abraham Feller ou «son propre bourreau» dans Les Temps modernes de mars 1953
  21. « Les Animaux malades de la rage », Libération, par JP Sartre, 22 juin 1953
  22. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 "Pourquoi la critique génétique ? Méthodes, théories", par Pierre-Marc de Biasi aux Editions du CNRS en 1998
  23. "Réhabilitons Sartre Biographie critique et contextuelle d’un penseur du XXe siècle", par Aliocha Wald Lasowski en 202 aux Éditions Frémeaux
  24. "Les chemins de la liberté de Sartre genèse et écriture (1938-1952)", par Isabelle Grell en 2005 aux Editions Academia
  25. "Autopsie d'un livre inexistant : La Reine Albemarle ou le Dernier touriste", par Michel Contat en avril 1985, site de l'Institut des textes et manuscrits modernes
  26. 1 2 "Les Sorcières de Salem", une allégorie sur le maccarthysme", par François Forestier le 1er mai 2021 dans Le Nouvel Observateur
  27. CARLIER, Jean. « Le Couple Montand-Signoret fait ses débuts à la scène ». Combat, 15 décembre 1954, cité par Julie Vatain-Corfdir, dans "Les Montand-Signoret jouent Arthur Miller. La première française des Sorcières de Salem. Transatlantica. Revue d’études américaines/American Studies Journal, 2022
  28. 1 2 3 4 5 6 7 8 Julie Vatain-Corfdir. Les Montand-Signoret jouent Arthur Miller. La première française des Sorcières de Salem. Transatlantica. Revue d’études américaines/American Studies Journal, 2022
  29. "Mme Peyroles l'emporte sur M. André Stil" dans Le Monde du 16 mars 1954
  30. « Le parti communiste présente M. André Stil », Le Monde, (lire en ligne).
  31. « M. André Stil communiste arrive nettement en tête », Le Monde, (lire en ligne).
  32. « Mme Peyroles l'emporte sur M. André Stil », Le Monde, (lire en ligne).
  33. Paris-presse, L’Intransigeant, 16 mars 1954
  34. 1 2 3 4 5 6 7 8 Le Monde, publié le 09 mars 1954
  35. 1 2 3 Mme PEYROLES NE PEUT BATTRE M. STIL que si les autres candidats se désistent et font campagne pour elle" par Jacques Fauvet, le 3 mars 1954 dans Le Monde
  36. 1 2 3 "Go " par Gilles Perrault en 2002 chez l'éditeur Fayard
  37. , "dans un temps où notre ministre de la justice se propose de réprimer toutes les attaques de presse, même frivole " contre la judiciaire"
  38. "Indochine, une guerre oubliée" le 1er mai 2024 sur France 3
  39. 1 2 3 4 "Les intellectuels français et la guerre d'Indochine, une répétition générale ?", par Alain Ruscio dans le Bulletins de l'Institut d'Histoire du Temps Présent en 1996
  40. Biographie Le Maitron d'André Blumel
  41. Cofondateur dans les années 1930 du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes
  42. "UNE RÉUNION DU " COMITÉ D'ACTION DES INTELLECTUELS " le 24 février 1953 dans Le Monde le
  43. 1 2 3 La Guerre d'Algérie et les intellectuels français" par Jean-Pierre Rioux, et Jean-François Sirinelli, Institut d'histoire du temps présent, en 1991
  44. "Quatre députés s'élèvent contre "le maccarthysme" en France " le 6 novembre 1953 , dans Le Monde
  45. 1 2 3 4 "Une querelle d'idées et de mots entre MM. J.-P. Sartre et Kanapa", par Raymond Barrillon, le 29 mars 1954 dans Le Monde
  46. 1 2 3 4 5 6 7 "Sartre Against Stalinism", par Ian Birchall, aux Editions Berghahn Books, 1 juin 2004
  47. 1 2 "Jean-Paul Sartre et l’Afrique : décoloniser l’esprit" par Séverine Kodjo-Grandvaux dans Le Monde du 5 janvier 2019
  48. "Postcoloniality: The French Dimension", par Margaret A. Majumdar", éditions Berghahn Books, 2007
  49. "Jean-Paul Sartre, une introduction", par Aliocha Wald Lasowski, Univers Poche, 2011
  50. "L'Histoire de l'Algérie: De la résilience à la quête de la modernité", par Chems Eddine Chitour, éditions Chihab, 3 mars 2022
  51. "Jean-Paul Sartre: Basic Writings", éditions Routledge, 4 janv. 2002
  52. "L'histoire des intellectuels aujourd'hui", par Jean-François Sirinelli et Michel Leymarie, aux Editions Humensis
  53. "Les publicistes français et la ced, controverse doctrinale et engagement civique", par Marc Milet dans Relations internationales en 2012
  54. "Deux intellectuels dans le siècle, Sartre et Aron" par Jean-François Sirinelli, chez Fayard, en 2014
  55. Article de Jean Kanapa, La Nouvelle Critique de février 1953, titré "Feu sur la décadence" et cité dans sa biographie par "Histoire intérieure du Parti communiste" de Philippe Robrieux, page 345
  56. "Le Communisme. Révolution et communication ou la dialectique des valeurs et des besoins", par Dionys Mascolo, chez Gallimard, 1953
  57. Jean-Paul Sartre, Situations V - Opération « Kanapa ».
  58. "Les justes combats et les erreurs de la guerre froide ", par Thierry Pfister, le 7 septembre 1978 dans Le Monde
  59. Cité dans sa biographie dans "Histoire intérieure du Parti communiste" de Philippe Robrieux, page 346
  60. 1 2 3 4 5 LES IMPRESSIONS DE JEAN-PAUL SARTRE SUR SON VOYAGE EN U.R.S.S.
  61. 1 2 "Juin 1954, Hélène et Pierre Lazareff racontent l’URSS", par Jean-Michel Comte, dans France-Soir le 24 juin 2015
  62. le 24 juin 1955
  63. 1 2 Sartre Jean-Paul, « Entretiens sur moi-même », Situations, t. X, Paris, Gallimard, coll. « NRF », 1976, cité par Cécile Vaissié, chercheuse spécialiste de la Russie
  64. "Le professeur Griffon gagne son procès contre M. Bedel" le 25 février 1956, dans Le Monde le
  65. "Croquis de mémoire. Témoins de Sartre" par Jean Cau, aux Editions Gallimard en 2005
  66. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Delphine Aebi. ”Il faut trouver un modus vivendi” : le scandale au théâtre des années 1940 aux années 1960. Littératures. Université de Grenoble, 2011.
  67. 1 2 3 4 5 6 "Les dimanches de Louveciennes" par Sophie Delassein aux Éditions Grasset en 2009
  68. 1 2 3 4 Critique par ROBERT KEMP le 14 juin 1955 dans Le Monde le
  69. 1 2 Barthes, «Nekrassov, juge de sa critique», Théâtre Populaire, N°. 14, juillet-août. 1955
  70. 1 2 "Barthes (Roland), « Nekrassov juge de sa critique », Écrits sur le théâtre, textes réunis et présentés par Jean-Loup Rivière, Paris, Seuil, cité par Delphine Aebi en 2012 dans la revue Hypermédia, dans l'article "L’auteur dramatique plaidera coupable"
  71. 1 2 3 4 "Beauvoir et Sartre. Écrire côte à côte", par Esther DEMOULIN, chez l'Éditeur Les Impressions nouvelles, en 2024 https://www.google.fr/books/edition/Beauvoir_et_Sartre/49saEQAAQBAJ?hl=fr&gbpv=1&dq=V%C3%A9ronique+Sibillot+valera&pg=PT223&printsec=frontcover].
  72. "Sartre's Theatre Acts for Life", par B. P. O'Donohoe et Benedict O'Donohoe en 2005
  73. "La comédie du pouvoir" La Tribune le26 octobre 2007
  74. Entre réalité et vérité - Méditations philosophiques", par Michel Barat, aux Editions Entreleacs en 2018
  75. 1 2 "Pour Sartre. Le jour où Sartre refusa le Nobel", par Jean-Jacques Brochier, aux Editions JC Lattès en 1995
  76. "Petit inventaire des citations malmenées", par Paul Deslamand et Yves Stalloni, aux Editions Albin Michel, en 2009
  77. ""Petit inventaire des citations malmenées", de Paul Deslamand et Yves Stalloni, fiche de lecture dans Le Monde, par Michel Contat le 26 novembre 2009
  78. Article de Bruno Hongre, dans Le Monde diplomatique d'août 2003, page 23
  79. "Les aventures de la liberté" par Bernard-Henri Lévy · aux éditions Grasset en 2014
  80. "Les petites phrases qui ont fait la grande histoire" par Olivier Calon en 2017
  81. "Jean-Pierre Barou, Sartre, le temps des révoltes, Paris, Stock, 2006, critique de Christian Beuvain, dans la revue Dissidences, le 15 novembre 2012
  82. 1 2 3 4 5 6 "Jean-Paul Sartre: A Bibliography of International Criticism", par Robert Wilcocks, en 1975 chez University of Alberta Press
  83. "Nekroutchov" par Thierry Maulnier dans Le Figaro du 18 juillet 1956
  84. 1 2 Michel Winock, historien : « Sartre s'est-il toujours trompé ? » article publié initialement dans la revue L'Histoire, n°295, février 2005.
  85. Fiche de Germaine Peyroles sur le site de l'Assemblée nationale.
  86. 1 2 3 "Retour sur Nekrassov" par Christian Delacampagne, chez Johns Hopkins University Press en 2006
  87. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 "Louis de Funès", par Bertrand Dicale, aux Editions Grasset en 2009
  88. Article le 16 mai 1955 dans Le Monde
  89. 1 2 3 "Théâtre de combat, l'actualité contreversée", synthèse de l'ART
  90. 1 2 Exposition de la BNF consacrée à la pièce
  91. "Pierre Lazareff à la une" par Jean-Claude Lamy, aux Editions Stocks en 1975
  92. Mémoires de Jean Meyer publiées en 1990, citées dans "Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles: Petites et grandes vadrouilles" par Jean-Marc Loubier en 2014
  93. Anthony Palou, « Louis de Funès, classe tout rire », Le Figaro, (lire en ligne).
  94. "La création romanesque dans l'œuvre de Joseph Kessel", par Alain Tassel en 1997
  95. "Sartre dramaturge" aux Editions Nizet, en 1975
  96. Article dans "Théâtre populaire", cite par Yves Florenne dans Le Monde du 13 octobre 1955
  97. "Article de Georges Lerminier dans Le Parisien le 13 juin 1955, cité par Robert Wilcocks, dans "Jean-Paul Sartre: A Bibliography of International Criticism", en 1975 <
  98. LA PREMIÈRE DE " NEKRASSOV " AU THÉÂTRE ANTOINE, par Henry Magnan, le 10 juin 1955 dans Le Monde
  99. "L'affaire " Nekrassov", par Yves Florenne dans Le Monde du 13 octobre 1955
  100. 1 2 3 "On ne peut pas être heureux tout le temps" par Françoise Giroud en 2001 aux Editions Fayard
  101. "À perte de vue", mémoire de Robert Kanters, aux Editions du Seuil
  102. "Pour une histoire de la critique dramatique et théâtrale en France et en Italie (1952-1996) Du protocole texto-centré à la fabrique du théâtre", thèse de doctorat de décembre 2018 de Cristina Tosetto Université Bordeaux Montaigne- Université DAMS de Bologne -Université Sorbonne Nouvelle (Paris3)
  103. Françoise, par Laure Adler, aux Éditions Grasset, 2011.
  104. Françoise Giroud, "Sartre à la Une", dans L'Express daté du 10 juin 1955
  105. « Du hareng - saur au caviar ou La Passion selon Françoise Giroud » par Jacques-Laurent Bost dans Les Temps Modernes
  106. "Les Temps Modernes, d’un siècle l’autre" par Esther DEMOULIN, Juliette SIMONT, Jean-François LOUETTE chez l'ÉditeurLes Impressions nouvelles en 2023
  107. "Bernard Dort - Un intellectuel singulier " par Chantal Meyer-plantureux
  108. Anne Mathieu, « Jean-Paul Sartre et la guerre d’Algérie », sur Le Monde diplomatique, .
  109. (en) "Roland Barthes", par Martin McQuillan, chez Bloomsbury Publishing, 1 mars 2011 [lire en ligne]
  110. "Les Critiques de notre temps et Sartre", ouvrage coordonné par Jacques Lecarme aux Editions Garnier frères. en 1973
  111. Paul Gordeaux, dans France-Soir le 15 juin 1955, cité par Robert Wilcocks, dans "Jean-Paul Sartre: A Bibliography of International Criticism", en 1975
  112. Garth Lean, 'Frank Buchman - a life', Constable, Londres, 1985, p. 497
  113. 1 2 "Jean-Paul Sartre Politics and Culture in Postwar France" par Michael Scriven en 2016 aux Editions Palgrave Macmillan
  114. "The Dancer Defects: The Struggle for Cultural Supremacy during the Cold War", par David Caute
  115. Dans le tableau IV scène I
  116. Article de Thierry Maulnier, chroniqueur, dans Le Figaro 20 mai 1954, cité dans "Le théâtre face à l’action politique" Association de la Régie Théâtrale
  117. 1 2 3 4 5 6 7 "L’Intransigeant révolutionnaire", synthèse des critiques de Nekrassov par Geneviève Latour
  118. 'Paul Gordeaux, dans France-Soir le 15 juin 1955, cité par Robert Wilcocks, dans "Jean-Paul Sartre: A Bibliography of International Criticism", en 1975
  119. 1 2 "Misères du journalisme et de la philosophie" par Roger Quilliot, dans "La Revue socialiste" de décembre 1955
  120. André Alter, "Nekrassov: Un pétard mouillé de Jean-Paul Sartre", Témoignage chrétien, 24 June 1955, cité par Robert Wilcocks, dans "Jean-Paul Sartre: A Bibliography of International Criticism", en 1975 <
  121. "Sartre dramaturge" par Robert Lorris Nizet, - 1975
  122. "Sartre's Theatre. Acts for Life" par B. P. O'Donohoe, Benedict O'Donohoe · aux Editions Peter Lang en 2005
  123. Synthèse par la Bibliothèque Jacques Termau
  124. Les archives du spectacle
  125. Critique de Bertrand Poirot-Delpech le 13 novembre 1968, dans Le Monde
  126. Extraits de 1978 sur le site de l'INA
  127. 1 2 Critique par Catherine Robert, dans La Terrasse le 10 octobre 2007
  128. 1 2 3 4 "La comédie du pouvoir", dans La Tribune le 26 octobre 2007
  129. "Sartre fait dans l'humour", par André Lafargue, le 20 septembre 2007, dans Le Parisien le
  130. Tribune de Frédéric Bizard professeur d'économie à l' ESCP dans Les Echos
  131. Article par Benoît Hopquin le 29 octobre 2005 dans Le Monde
  132. 1 2 3 4 5 6 7 "Redécouvrir Sartre, humoriste" par Martine Silber dans Le Monde du 20 octobre 2007
  133. « Ce n'est pas toujours facile d'avoir raison ! » (consulté le )
  134. "Nekrassov", pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre en 1955, rééditée en 2018 chez Gallimard, collection Folio

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