Occupation de l'église Saint-Nizier par les prostituées lyonnaises
L'occupation de l'église Saint-Nizier par les prostituées lyonnaises est occupation durant une dizaine de jours de l'église Saint-Nizier de Lyon en par des prostituées lyonnaises protestant ainsi contre le harcèlement policier et social[1],[2].
Histoire
Le , une centaine de prostituées lyonnaises entrent dans l'église de Saint-Nizier et l'occupent pour protester contre le harcèlement policier.
Elles réclament l'arrêt des procès-verbaux policiers et de la pénalisation de leur activité, dont le retrait des peines de prisons pour récidive de délit de racolage, que certaines d'entre elles subissent, et qui peut conduire au retrait de la garde de leurs enfants. Elles dénoncent les procès-verbaux à répétitions qu'elles subissent et réclament le droit à la Sécurité sociale en contrepartie des impôts qu'elles payent et des sommes importantes que leurs amendes rapportent à l'État.
Leur action est soutenue par des groupes féministes lyonnais et animée par la volonté d'obtenir une totale décriminalisation de l'activité des prostituées.
L'action a un retentissement médiatique relativement important au niveau local et national, des leaders comme Ulla servant de porte-parole médiatique aux prostituées. L'action inspire des mouvements dans d'autres villes de France et jusque dans d'autres pays, comme à Londres où leur initiative inspire le English Collective of Prostitutes (en).
Cependant aucun membre du gouvernement n'accepte d'ouvrir des négociations et, après une semaine d'occupation, elles sont expulsées le par la police[3],[4].
Postérité
À la suite de cette mobilisation, le est devenue La journée internationale des luttes des travailleuses du sexe.
Un rapport sur la prostitution est rédigé par Guy Pinot, magistrat, à la demande du président de la République, Valéry Giscard d'Estaing. Le rapport ne sera jamais publié[5]. En préambule de ce rapport figure la sentence de Lao Tseu : « Le conflit du bien et du mal est une maladie de l'esprit ». Selon Jacques Solé[6], ce rapport prend en compte les revendications des prostituées (fin de la répression du racolage passif, de la contrainte corporelle pour non-paiement de l'impôt, refus d'ouvrir des Eros Center, etc.) et veut redonner aux prostituées plus de sécurité juridique et sociale en luttant contre le proxénétisme, il envisage aussi en matière de prévention sociale, sur le long terme, « une libération réelle des femmes de leurs rôles stéréotypés, et espérait une meilleure intégration de la sexualité dans la vie des couples ». Mais le rapporteur semble être allé trop loin dans la critique de la société, Valéry Giscard d'Estaing et son Premier ministre, Jacques Chirac, par conservatisme, ont préféré laisser ces femmes sous la seule protection du Milieu, et, par ce choix, le rapport ne servait plus à rien, selon Jacques Solé[6].
Un journaliste de Libération, Claude Jaget, a suivi cette occupation. En plus de ses articles il publiera un livre : Une vie de putain !. Ce livre rassemble six témoignages, recueillis parmi les prostituées ayant participé à l'occupation de l'église Saint-Nizier[7].
En , une pièce de théâtre, Loveless, créée par Anne Buffet et Yann Dacosta, adaptation du livre, Une vie de putain, écrit par Claude Jaget[8], est créée au Centre dramatique national de Normandie-Rouen[7] et représentée en à Lyon au théâtre des Célestins[9].
Notes et références
- ↑ Sandra Laffont (journaliste AFP), « Prostitution : 40 ans après l'occupation de l'église Saint-Nizier, rien n'a changé »
, Le Point, . - ↑ Michelle Zancarini, « Il y a 20 ans, le conflit des prostituées de Saint-Nizier », avec un extrait de l'édition Rhône-Alpes du 19/20 de FR3 du
, Lumières sur Rhône-Alpes, sur fresques.ina.fr, INA. - ↑ Roussopoulos 1975.
- ↑ Lilian Mathieu 1999.
- ↑ « Dates clefs de la prostitution en France », sur mouvementdunid.org, Mouvement du Nid (version du sur Internet Archive).
- 1 2 Camille Cousin, La brûlure, le corps des femmes, Paris, Fayard, , 254 p. (ISBN 2-213-62290-6), p. 208–209 et 213–214.
- 1 2 Michel Perdrial, « Loveless, d'après Une vie de putain, au Théâtre des Deux Rives »
, sur limprimante.com, (consulté le ). - ↑ Antonio Mafra, « Putains de vie ! »
, Le Progrès, (consulté le ). - ↑ Stéphane Caruana (journaliste à Hétéroclite), « Le spectacle « Loveless » revient sur la révolte des prostituées lyonnaises en »
, Rue89 Lyon, .
Annexes
Bibliographie
- Claude Jaget, Une vie de putain !, Paris, Éditions Les presses d'aujourd'hui, coll. « La France sauvage », , 212 p. (BNF 34549107, présentation en ligne)
- Lilian Mathieu, « Une mobilisation improbable : L'occupation de l'église Saint-Nizier par les prostituées lyonnaises », Revue française de sociologie, vol. 40, no 3, juillet–septembre 1999, p. 475–499 (DOI 10.2307/3322825, JSTOR 3322825, lire en ligne
). - Lilian Mathieu, Mobilisations de prostituées (texte remanié de L'action collective des prostituées : le cheminement incertain de la constitution d'un groupe, thèse de doctorat en science politique, Paris 10, , 657 p., no 1998PA100047), Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », , 333 p. (ISBN 2-7011-2960-5).
Documentaire
- Carole Roussopoulos (réalisatrice), Les prostituées de Lyon parlent, prod. Video Out, , 46 min (EAN 3700301014634) [présentation sur Images de la Culture, CNC].
Articles connexes
Liens externes
- Eurydice Aroney et Julie Beressi, « La révolte des prostituées de Saint-Nizier », documentaire radio [52 min], Sur les docks, sur radiofrance.fr, France Culture, .
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