Opinions de Sigmund Freud sur l'homosexualité

Portrait de Sigmund Freud.

Les opinions de Sigmund Freud sur l'homosexualité attribuent des facteurs biologiques et psychologiques pour en expliquer les principales causes. Freud croit que les humains naissent avec des pulsions libidinales sexuelles non focalisées et soutient donc que l'homosexualité pourrait être une déviation[1].

Hypothèses physio-pathologiques

Les articles les plus importants de Freud sur l'homosexualité sont publiés dans Trois essais sur la théorie sexuelle (1905) et dans De quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l'homosexualité (1922)[2].

Causes envisagées

Freud croit que tous les humains naissent bisexuels, ce qui signifie que tout le monde serait sexuellement attiré par les deux sexes. Selon lui, puisqu'on retrouve anatomique des caractéristiques partagées par les deux sexes, cette dualité serait aussi mentale et psychologique. L'hétérosexualité et l'homosexualité se développeraient à partir de cette disposition bisexuelle originelle[3].

Freud considère donc que l'homosexualité serait due à une anomalie du développement psycho-affectif[4]. À partir de cas cliniques, il envisage plusieurs causes : une fixation narcissique dans l'enfance qui marquerait l'arrêt du développement sexuel chez le garçon, une fixation au stade anal ou phallique, un complexe d'Œdipe inversé, l'absence du père[5]... Il mentionne également une expérience hétérosexuelle pénible : « Ces cas sont particulièrement intéressants dans lesquels la libido se transforme en un objet sexuel inversé après une expérience pénible avec un objet normal »[6].

Considérations sur le caractère pathologique de l'homosexualité

Freud semble avoir été indécis sur la pathologisation de l'homosexualité. Il a exprimé des points de vue contradictoires sur cette question à différents moments et dans différentes parties de son travail[7]. Freud emprunte fréquemment le terme « inversion » à ses contemporains pour décrire l'homosexualité qui, selon lui, est distinct des perversions nécessairement pathologiques, et suggère que plusieurs types distincts puissent exister, avertissant que ses conclusions à ce sujet sont fondées sur un petit échantillon de patients qui n'est pas nécessairement représentatif[8],[9].

Pour Sylvain Tousseul, Freud ne considère pas que l'homosexualité est une pathologie, estimant que les diverses « perversions sexuelles » ne sont pas des maladies ; une position très minoritaire dans le milieu médical de l'époque[5].

Influences

Freud tire une grande partie de ses considérations sur l'homosexualité des travaux de psychiatres et de sexologues tels que Richard von Krafft-Ebing et Magnus Hirschfeld. Il est également influencé par Eugen Steinach, un endocrinologue viennois, qui transplante des testicules d'hommes hétérosexuels à des hommes homosexuels dans le but de changer leur orientation sexuelle[10].

Sa vision de l'homosexualité comme une caractéristique permanente et, dans certains cas, innée, est hérité des considérations de Karl-Maria Kertbeny[5].

Opinions sur les thérapies de conversion

Freud écrit dans un article de 1920 intitulé De la psychogenèse d'un cas d'homosexualité féminine que changer l'homosexualité est difficile et donc possible uniquement dans des conditions exceptionnellement favorables, observant qu'« en général, entreprendre de convertir un homosexuel pleinement développé en hétérosexuel n'offre pas beaucoup plus de chances de succès que l'inverse »[11]. Le succès signifie pour lui rendre possible les sentiments hétérosexuels plutôt que d'éliminer les sentiments homosexuels[12].

Freud déclare que les recherches de Steinach sur des transplantations génitales ont « jeté une lumière forte sur les déterminants organiques de l'homoérotisme »[10], mais qu'il est prématuré de s'attendre à ce que les opérations qu'il effectue rendent possible une thérapie qui pourrait être généralement appliquée. D'après lui, ces opérations de transplantation ne seraient efficaces pour changer l'orientation sexuelle que dans les cas où l'homosexualité est fortement associée à des caractéristiques physiques typiques du sexe opposé, et aucune thérapie similaire ne pourrait être appliquée au lesbianisme[9],[12],[13]. Pour Freud, la méthode de Steinach est vouée à l'échec car le système immunitaire de ses patients rejette les glandes transplantées : il la considère finalement comme inefficace et souvent nocive[13].

Homosexualité féminine

La principale discussion de Freud sur l'homosexualité féminine a lieu dans l'article De la psychogenèse d'un cas d'homosexualité féminine qui décrit son analyse d'une jeune femme entrée en thérapie parce que ses parents craignent qu'elle soit lesbienne[11]. Son père espère que la psychanalyse guérirait son lesbianisme mais, selon Freud, le pronostic est défavorable en raison des circonstances dans lesquelles la femme est entrée en thérapie, et parce que l'homosexualité n'est pas une maladie ou un conflit névrotique.

Freud indique donc seulement aux parents qu'il est prêt à étudier leur fille pour déterminer les effets que la thérapie pourrait avoir. Freud conclut qu'il a probablement affaire à un cas d'homosexualité biologiquement innée et interrompt finalement le traitement en raison de ce qu'il considère comme l'hostilité de sa patiente envers les hommes[8],[14],[15].

Lettre de 1935

En 1935, Freud écrit à une mère qui lui a demandé de soigner l'homosexualité de son fils. Dans cette lettre, qui devient plus tard célèbre, il explique à la mère que la psychanalyse ne peut pas guérir son fils, mais peut l'aider à mieux vivre ses souffrances[8],[16],[17],[5].

Exclusion des homosexuels de l'Association psychanalytique internationale

Après avoir lutté pour que les praticiens homosexuels ne soient pas exclus de l'Association Internationale de Psychanalyse, Freud accepte leur exclusion par règle orale en 1921, se rangeant dans la moralité majoritaire de l'époque[5]. Il est également probable qu'il ait craint que la présence d'homosexuels dans le mouvement de la psychanalyse n'entache sa réputation et limite sa diffusion[5].

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Sigmund Freud's views on homosexuality » (voir la liste des auteurs).
  1. Erwin 2002, p. 258–261.
  2. Lewes 1988, p. 28.
  3. Ruse 1988, p. 22.
  4. Thierry Delessert, « Pathologisation du sexe dans la société : Perspectives historiques et questionnements de nos catégories de pensée sur la sexualité », Dependances, no 60, , p. 14-16 (lire en ligne).
  5. 1 2 3 4 5 6 Sylvain Tousseul, « Petite histoire conceptuelle de l'homosexualité », Psychologie clinique et projective, vol. 22, no 1, , p. 47-68 (DOI 10.3917/pcp.022.0047).
  6. Freud 1905, p. 48.
  7. Flanders 2021.
  8. 1 2 3 Lewes 1988.
  9. 1 2 Freud 1991, p. 58–59.
  10. 1 2 Lewes 1988, p. 58.
  11. 1 2 Freud 1991, p. 376.
  12. 1 2 Freud 1991, p. 375.
  13. 1 2 LeVay 1996, p. 32.
  14. Freud 1991, p. 371–400.
  15. O'Connor et Ryan 1993, p. 30–47.
  16. Freud 1951.
  17. Freud 1992, p. 423–424.

Bibliographie

Publications de Sigmund Freud

Autres publications

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