Pogrom de Kirovabad

Pogrom de Kirovabad
Date novembre 1988
Lieu Kirovabad, RSS d'Azerbaïdjan, URSS
Victimes Arméniens
Type Massacre, pogrom
Morts 7 selon les autorités, 130 selon les ONG
Blessés 200
Auteurs Azéris

Le pogrom de Kirovabad est le nom donné aux violences ethniques menées par la communauté azérie envers les Arméniens de la ville de Kirovabad (aujourd'hui Gandja), située en Azerbaïdjan soviétique en novembre 1988. Ces violences s'inscrivent dans une série de pogroms antiarméniens se déroulant en Azerbaïdjan entre 1988 et 1991, dans le contexte de la perestroïka, et mènent au nettoyage ethnique de la région[1].

Chronologie des évènements

En novembre 1988, dans un contexte de tension interethnique dans la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan (pogrom de Soumgaït en février 1988), le commandant des forces armées soviétiques en place à Kirovabad demande au ministère de l'Intérieur soviétique (MVD) à Moscou la permission d'évacuer une partie de la population arménienne de la ville, qui compte alors environ 100 000 habitants[2]. Le conflit s'intensifie depuis le début du mois, lorsque des Arméniens de la ville et des environs sont chassés de leurs foyers et contraints de chercher refuge en république soviétique d'Arménie ou au Haut-Karabagh. Selon un article de presse publié le 27 novembre, « les soldats soviétiques ont bloqué des dizaines de tentatives azerbaïdjanaises de massacrer des Arméniens dans leurs maisons dans le cadre des violences communautaires continues dans la république soviétique caucasienne d'Azerbaïdjan, a déclaré samedi un haut commandant militaire de ce pays[3]. » Plus de 40 000 Arméniens sont alors contraints de quitter Kirovabad sous la violence[4].

Le 23 novembre, la loi martiale est décrétée à Kirovabad, ce qui signifie que les forces armées peuvent désormais ouvrir le feu dès qu'elles le jugent nécessaire[5]. Le même jour, une tentative de pogrom contre le bâtiment du Comité exécutif de la ville a lieu. Au cours des affrontements entre la foule azérie agressive et les forces armées soviétiques qui tentent de maintenir l'ordre et de défendre les citoyens arméniens, trois soldats sont tués et 67 personnes sont blessées. Des protestataires incendient et endommagent plusieurs véhicules militaires[6].

Bilan humain

Le photojournaliste Youri Rost mentionne des sources indiquant que le nombre de morts s'élève à quarante au 24 novembre 1988, dont un tiers sont des Azéris tués lors d'affrontements avec les troupes soviétiques[5]. Des militants des droits de l'homme rapportent que jusqu'à 130 Arméniens ont été tués uniquement à Kirovabad et « avec des avertissements d'un possible génocide, appelant à une action rapide du gouvernement pour mettre fin aux attaques azerbaïdjanaises contre les Arméniens[7]. »

Le 25 novembre, le militant soviétique pour les droits de l'homme Andreï Sakharov, se trouvant aux États-Unis pendant les troubles, déclare avoir reçu des rapports provenant de l'Union soviétique selon lesquels plus de 130 Arméniens ont été tués et plus de 200 ont été blessés dans les violences[8]. Cependant, les autorités soviétiques nient les affirmations de Sakharov, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Gennadi Gerasimov, déclarant que les informations sur le nombre de victimes ne sont pas exactes[9]. Le New York Times rapporte également que « les informateurs officiels et non officiels des deux républiques qui ont fourni des rapports fiables au cours des neuf derniers mois de troubles ont minimisé les chiffres, affirmant qu'ils étaient basés sur des témoignages de seconde et de troisième main »[10]. Plus tard, Sakharov reconnait dans ses mémoires que sa déclaration était une erreur et qu'il n'aurait pas dû évoquer des chiffres précis sur le nombre de victimes arméniennes à Kirovabad[11].

Les autorités soviétiques confirment la mort de 7 personnes au moment des événements. Ce chiffre comprend 3 soldats soviétiques, 3 civils Azéris et 1 Arménien[7]. Le journaliste Angus Roxburgh rapporte pendant les violences qu'au moins six autres Arméniens ont été tués en raison du nettoyage ethnique à Kirovabad[12].

Nettoyage ethnique

Selon Victor Krivopuskov, un officier des forces armées soviétique et chef du groupe d'enquête et d'opérations envoyé dans la région au moment des faits, il y a eu trois vagues principales de pogroms de masse contre les Arméniens en Azerbaïdjan : les pogroms de Soumgaït, de Kirovabad et de Bakou, qui ont entraîné l'arrivée de 30 000 réfugiés arméniens dans le seul Haut-Karabagh (sans compter les réfugiés en république d'Arménie ou dans d'autres républiques de l'URSS). Dans ses mémoires publiés en 2007, il qualifie ces événements de « politique d'État de panturquisme » menée sur fond de chaos et de crise, sous le couvert des troubles liés à la perestroïka[13].

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Kirovabad pogrom » (voir la liste des auteurs).
  1. Imogen Gladman, Eastern Europe, Russia and Central Asia, Taylor & Francis Group, , 131 p. (ISBN 1-85743-316-5).
  2. Philip Taubman, « Soviets Ask Halt In Ethnic Unrest In 2 Republics », The New York Times, , A1 (lire en ligne, consulté le ).
  3. (en-US) Parks, « Soviet Tells of Blocking Slaughter of Armenians: General Reports His Soldiers Have Suppressed Dozens of Massacre Attempts by Azerbaijanis », Los Angeles Times, .
  4. « Армянские погромы в Азербайджане в 1988-1990 | NKR », www.nkr.am (consulté le ).
  5. 1 2 Yuri Rost, Armenian Tragedy, London: Weidenfeld & Nicolson, 1990, p. 82.
  6. « Армяно-азербайджанский (Карабахский) вооруженный конфликт (1988-1994 гг.) - 2 », sur glory.rin.ru (consulté le ).
  7. 1 2 Michael Parks, « Soviet Tells of Blocking Slaughter of Armenians: General Reports His Soldiers Have Suppressed Dozens of Massacre Attempts by Azerbaijanis », Los Angeles Times, (lire en ligne, consulté le ).
  8. « 130 Died, Sakharov Says », The New York Times, , p. 6 (lire en ligne, consulté le ).
  9. « Soviets Deny Sakharov's Death Toll », Chicago Tribune, (lire en ligne, consulté le ).
  10. Philip Taubman, « Soviet army puts Armenian capital under its control », The New York Times, (lire en ligne, consulté le ).
  11. Sakharov, Andrei (1996). Воспоминания. т.2. Горький, Москва, далее везде (Memoirs. Volume 2. Gorky, Moscow, and Beyond) (in Russian). Moscow: Права человека. pp. 349–350.
  12. The second Russian Revolution: the struggle for power in the Kremlin by Angus Roxburgh - page 123
  13. (ru) Виктор Владимирович Кривопусков, Мятежный Карабах. из дневника офицера МВД СССР, Москва, 2nd, , 167, 203, 248 (ISBN 978-5-7117-0163-7, lire en ligne) :
    « Мои же данные, в отличие от тех, что изложил Вагиф Гусейнов, день за днем прослеживают развитие Бакинских событий января 1990 года, третьей и окончательной после Сумгаита и Кировабада волны массовых армянских погромов в Азербайджане... к выселению из Степанакерта почти 30 тысяч беженцев, находящихся там после событий в Сумгаите, Баку, Кировабаде, Ханларе --- Ведь достаточно хотя бы тезисно ознакомиться с докладами министра обороны Д. Т. Язова, председателя КГБ В.Ю. Крючкова, бывшего министра внутренних дел В.В. Бакатина, сделанными 19 февраля 1990 года, на закрытом заседании Верховного Совета СССР, чтобы понять, что преступления, совершенные в Сумгаите, Кировабаде, Нахичеване и Баку (массовые убийства, погромы, сжигание заживо людей, выбрасывание с высоких этажей живых людей, изнасилование, депортация армян, русских, евреев и других русскоязычных), —это не банальная уголовщина, а государственная политика пантюркизма, которую довольно легко, оказывается, можно осуществлять на фоне хаоса и кризиса, в разгар перестройки, так сказать, под шумок. »
    .

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • icône décorative Portail de l’Arménie
  • icône décorative Portail de l’Azerbaïdjan
  • icône décorative Portail des années 1980
  • icône décorative Portail des minorités
  • icône décorative Portail sur la mort