Politique extérieure française de 1814 à 1914

Cet article retrace les principaux évènements de la politique extérieure française de 1814 à 1914.
La France, isolée, défaite, et affaiblie en 1815 montrée du doigt, réussit un retour sur la scène internationale, que les autres puissances européennes (Royaume-Uni excepté) consentent intelligemment à transformer en politique coloniale audacieuse.
Restauration
Situation en 1815
La période des Restaurations est marqué par le retour du frère de Louis XVI en France. Il est rétabli sur le trône par les Alliés qui voient en lui un gage de paix pour l'Europe[1].
Le frère de Louis XVI, Louis XVIII, est rétablit sur le trône par les Alliés, qui voient dans la monarchie un gage de paix pour l'Europe[1].
Le traité de Paris ramène la France aux frontière de 1792[1]. Signé le , il ne demande pas de compensation financière à la France[2].
Cents jours
Après la défaite de 1815, le second traité de Paris sanctionne le sursaut impérial des Cent-Jours de conditions à la sévérité accrue. Le pays est occupé par environ 1 226 000 hommes pendant une période allant de quelques jours à plusieurs mois. La France est donc divisée en deux parties, séparées par les cours de la Loire, de l'Allier, de l'Ardèche et du Rhône. La partie située au sud et à l'ouest de cette ligne était « entièrement abandonnée au Roi ». Tout le reste du pays était réservé aux alliés[3].
Entre le et le a lieu le Congrès de Vienne, où la France réintègre le jeu diplomatique par le bais de Talleyrand[4].
Autour de la France, différents royaumes sont créés dans le but d’empêcher une expansion française dans le future. La France doit aussi payer une indemnités de guerre de 700 millions de franc or[5].
Seconde Restauration
En 1818, la France obtient le retrait des forces coalisées lors du traité d'Aix-la-Chapelle[1].
En 1820, après un voyage en France, Chaigneau gagne Hué avec le titre de consul et commissaire du roi Louis XVIII, afin de négocier un traité de commerce avec Annam, mais le territoire demeure fermé jusqu’au retour offensif des Français, en 1858[6].
En 1823, une expédition militaire en Espagne est organisée pour rétablir sur le trône Ferdinand VII[1].
À partir de 1827, la rance organise des missions en Océanie[7].
Entre 1828 et 1833, une expédition en Grèce est organisée pour soutenir l'indépendance grecque[8].
En 1830, Charles X commence la conquête de l'Algérie avec un contingent de 30 000 hommes. Le but est a la fois de distraire l’attention d’une opinion publique agitée et de renforcer la présence française en Méditerranée[9].
Monarchie de Juillet
Diplomatie
Europe
La France accueille après 1831, environ 5000 Polonais qui fuient les répressions en Pologne[10].
Le , au cours de la conférence de Londres, la France reconnait l'indépendance de la Belgique[11].
En 1832, le gouvernement français envoie des troupes lors de la crise d'Italie. Ce fait est une atteinte au principe de la non-intervention que la monarchie de Juillet avait proclamé dès les premiers moments de son existence[12].
Reste du monde
Contrairement à une idée reçue, il n'y a pas de projets de colonisation en Californie[13].
Politique coloniale
En 1831, les troupes de la Légion étrangère sont crées. Il y a aussi la création des zouaves et des tirailleurs (recrutés parmi la population locales) et les spahis (qui servaient le dey auparavant)[9].
La Monarchie de Juillet permet aux missionnaires catholiques François Caret et Honoré Laval de s'installer aux Gambier en 1834 et font en 1836 une tentative sur Tahiti[7]. Cependant, George Pritchard, missionnaire protestant, inquiet de cette montée du catholicisme, pousse la reine Pōmare IV à se révolter contre les Français. L'affaire se termine à l'amiable entre les Britanniques et les Français[7].
À partir de 1839, la France participe aux Guerres de l’Opium auprès du Royaume-Uni[14].
Seconde République
Diplomatie
Politique coloniale
La République réorganise l'Algérie en trois provinces[9].
Second Empire
Le Second Empire tente de rassurer les autres états européens. Se rapprochant du Royaume-Uni, s'opposant à la lointaine Russie dans la guerre de Crimée, Napoléon III redore le blason de la France et permet l'impérialisme français. Mais son intervention pro-italienne, pour le « principe des nationalités », contre l'Empire autrichien, puis la maladresse et la malchance de l'expédition du Mexique pendant la guerre de Sécession, l'isolent diplomatiquement. L'unité de l'Allemagne devant se faire, Bismarck suscite un ennemi commun : la France, que la dépêche d'Ems suffira à armer. La guerre de 1870 détruira l'Empire et fera naître l'hégémonie continentale allemande.
Napoléon III voulait un renouveau du prestige diplomatique français, couplé à une relance économique afin que le peuple le suive, tout comme il suivait son oncle.
Napoléon III affirme :
- une volonté coloniale, qui froisse le Royaume-Uni ;
- une défense des catholiques, dont les objectifs propagandistes (s'allier les catholiques français) qui satisfont à Rome, seront largement déçus au Mexique ;
- une affirmation de l'aide aux Nations (Italie, prémices d'Allemagne), qu'elle tentera de monnayer par une politique des pourboires.
Cette dernière politique portera ses fruits en Italie, où la France intervient personnellement face à l'Autriche, mais pas en Allemagne, où, au contraire, son double jeu et son empressement (dépêche d'Ems) seront récompensés par la défaite de 1870.
Diplomatie
L’affirmation française : 1848-1858
Napoléon III veut rendre à la France une place de premier rang sur la scène européenne. C'est ainsi qu'il s'engage avec l'Angleterre en 1854 dans une guerre contre la Russie, coupable d'avoir attaqué l'Empire ottoman. Le congrès de Paris (en) consacre la victoire de la coalition et la place éminente obtenue par l'empereur[15].
L’apogée de l’Empire : 1859-1866
Napoléon III profite de l’élan de l’Empire pour poursuivre ses rêves de grandeur. La période qui suit est une période d’industrialisation et de prospérité pour la France, dont la vitalité économique est symbolisée par une augmentation importante de ses investissements à l'étranger.
Napoléon III encourage une politique d’expansion et d’intervention outre-mer, autant par souci de prestige que dans le but de se concilier les puissants catholiques qui lui reprochent d’abandonner les missionnaires. Il renforce donc la présence française au Sénégal grâce au colonel Faidherbe, gouverneur de 1854 à 1865. La construction du poste de Médine en 1865 assure alors le contrôle de toute la vallée du fleuve Sénégal.
Il s'intéresse de plus en plus à l’Algérie, hésitant toujours entre la laisser seule se gouverner sous domination française ou la gérer pleinement, comme un département.
En Extrême-Orient, les premières expéditions d’envergure sont lancées, notamment en Cochinchine (campagne de Cochinchine) et en Chine (seconde guerre de l'opium)[17].
Face à la guerre américaine de Sécession (1861-1865), la France reste neutre, mais Napoléon III est tenté de reconnaître la Confédération sudiste. Ses ministres des Affaires étrangères parviennent à l’en dissuader.
Toujours au nom du droit des peuples, Napoléon III veut s’engager militairement aux côtés du Piémont-Sardaigne pour construire une Italie unie, contre l’Autriche qui domine l’Italie morcelée. Mais les militaires français refusent régulièrement une guerre ouverte, trop risquée, et d’un autre côté, l’unification italienne menace également les intérêts du pape catholique, tandis que les banquiers craignent les coûts et répercussions économiques possibles d’une telle guerre. Étrangement, l’attentat manqué d’Orsini convainc l’Empereur de la marche à suivre. Il contacte secrètement Cavour, ministre piémontais, et ensemble ils conviennent de projeter une Italie libre et unie, présidée par le pape.
Soucieux de ne pas s’engager sans précautions dans un conflit direct contre l’Autriche, Napoléon III s’assure de la neutralité de la Russie et de la passivité britannique. L’ultimatum adressé par l’Autriche au Piémont quant au désarmement de ses troupes fournit une occasion rêvée de déclarer la guerre. Après de durs mais victorieux combats (Magenta-Solférino en mai et juin 1859), Napoléon III décide de stopper les combats en raison des pertes françaises importantes, et de la mobilisation de la Prusse le . François-Joseph d’Autriche et Napoléon III se rencontrent à Villafranca pour régler l’affaire italienne. L’Autriche cède la Lombardie mais garde la Vénétie.
Excepté la Vénétie et les États pontificaux, c’est toute l’Italie qui acclame son nouveau roi : Victor-Emmanuel II. Cavour, insatisfait, se sentant trahi par la modération franco-piémontaise, démissionne. Il active néanmoins les foyers révolutionnaires italiens par l’entremise de Garibaldi. Napoléon III a gagné des batailles, mais a ruiné sa diplomatie. L’Autriche et la Prusse lui sont clairement hostiles, le clergé français également. L’Italie lui est redevable, mais reste faible. L’Autriche perd également beaucoup : elle n’a pas su défendre ses possessions et est de plus en plus concurrencée par la Prusse, devenue la grande puissance de la Confédération germanique.
Cherchant à apaiser le mécontentement des milieux catholiques français à la suite de la campagne d’Italie, l’Empereur initie l’intervention en Syrie après le massacre en 1860 de populations chrétiennes par les musulmans, sans que le Sultan ottoman Abdülmecid Ier réagisse.
Le temps des échecs 1866-1871
Afin de protéger les intérêts français au Mexique, Napoléon III s’allie le avec le Royaume-Uni et l’Espagne pour lancer une expédition militaire au Mexique. Il profite de la guerre civile qui divise les États-Unis.
Les troupes coalisées débarquent, mais Britanniques et Espagnols se retirent rapidement du conflit : elles n’y ont pas grand intérêt et laissent la France assumer seule les conséquences de ses initiatives. Pourtant, Puebla est prise () puis Mexico (). Alors que la victoire est acquise, Napoléon III rêve d’intervenir en Amérique du Nord en parrainant une grande alliance entre le Mexique et la Confédération sudiste. Mais la victoire de Gettysburg remet en cause ce dessein. En dépit du droit des peuples cette fois, le Mexique, foncièrement républicain, est transformé en une monarchie dont la couronne est intelligemment proposée à Maximilien de Habsbourg, frère de François-Joseph Ier d'Autriche, afin de resserrer l’alliance franco-autrichienne. Maximilien l’accepte et entre le dans Mexico.
Mais la résistance républicaine mexicaine, menée par Benito Juárez, oppose une résistance qui persiste. Pire, la fin de la guerre de Sécession américaine permet aux États-Unis de revenir à la doctrine Monroe et d’exiger le départ des troupes françaises. Napoléon III ne peut qu’accepter et l’annonce le . Seul, sans soutien véritable, Maximilien est fait prisonnier par les républicains puis exécuté le . Les ambitions napoléoniennes se sont brisées sur la résistance mexicaine et sur la puissance montante des États-Unis. La France ne récupérera jamais son influence en Amérique du Nord.
En Europe, Napoléon III espère récolter les fruits de son attitude conciliante vis-à-vis de la Prusse pendant la guerre austro-prussienne. Lors de l’entrevue de Biarritz (1865), le chancelier Bismarck lui avait bien laissé entendre qu’à défaut de « compensations » sur la rive gauche du Rhin, la Prusse garderait la neutralité en cas d’occupation française de la Belgique et du Luxembourg. L’annexion du Grand-duché, en particulier, paraît d’autant plus accessible que le roi des Pays-Bas, nécessiteux, se déclare ouvert à une compensation financière. Mais le retors chancelier prussien divulgue au moment opportun la teneur de ces pourparlers secrets, déchaînant une réaction indignée de l’opinion publique des états allemands : la crise luxembourgeoise tourne au fiasco pour le souverain français.
Plus important, l’affaire espagnole va discrètement amorcer la chute de l’Empire. En 1868, Isabelle, reine d'Espagne, abandonne le pouvoir, et Guillaume Ier de Prusse propose comme successeur Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, un Hohenzollern proche des prussiens. La France abandonnerait alors son influence et se verrait encerclée de pro-prussiens. Toute la diplomatie française s'active donc à faire échouer cette candidature et semble y parvenir : la proposition de Léopold de Hohenzollern est oralement abandonnée. Mais Bismarck a d'autres plans et s'emploie à « exciter le taureau gaulois ». C’est la fameuse dépêche d'Ems : une lettre habilement reformulée par Bismarck qui provoque la colère parisienne. Les journaux français sont scandalisés, la population demande à Émile Ollivier de punir la Prusse, personne n’écoute Thiers qui appelle au calme au vu de l'isolement français. Le 19 juillet, sous la pression populaire, c'est la France qui déclare la guerre à la Prusse. Mal préparée face à une Prusse efficace et militairement modernisée, la France perd à Wissembourg le , à Forbach le , et s'incline décisivement à la bataille de Sedan du : Napoléon III, prisonnier, doit capituler. À Paris, il est remplacé par le gouvernement de la Défense nationale (4 septembre), mais Paris est encerclée le , et le gouvernement mène désormais la résistance depuis Tours.
Le Guillaume Ier est proclamé Empereur d'Allemagne dans la galerie des Glaces à Versailles, gravant l'identité nationale allemande face à la France. Le 28 février, des préliminaires de paix sont signés entre Bismarck et Jules Favre, l'Alsace-Moselle est cédée à perpétuité, sauf Belfort et une indemnité de six milliards de francs-or est demandée. Les négociations de paix sont définitivement ratifiées le .
Le Second Empire français est définitivement abandonné tandis que l'hégémonie allemande est maintenant indéniable.
Politique coloniale
Au début des années 1860, Napoléon III cherche à créer une politique d'association autour d'un projet de royaume arabe inspiré par Ismaïl Urbain[18].
Troisième République
La défaite française de 1871 entraîne en France la chute du Second Empire et l'instauration d'une république s'affirmant conservatrice par la semaine sanglante et désireuse de restaurer une monarchie Bourbon en accord avec l'ordre des monarchies européennes de l'époque. Les monarchistes remplissent l'assemblée, désireux de se détacher des années passées : ils s’empressent de conclure l'humiliante, mais nécessaire paix de Francfort pour se consacrer pleinement à l'effort d'une restauration stable. L'hésitation monarchique accapara toutes les énergies, et lorsque les Lois constitutionnelles de 1875 affirment finalement la Troisième République, la France peut de nouveau se consacrer à sa diplomatie : le partage du monde, qui reste encore en grande partie à coloniser ; et faire renaître son influence sur le territoire européen. La France veut prendre sa revanche sur l'Allemagne, devenue l'hégémonique second Reich bismarckien.
En 1871, la République proclamée, l'accumulation de maladresses françaises passées et en cours, l'accumulation de réussites bismarckiennes mènent à un isolement inquiétant de la France, qui s'emploie d'autant plus à étendre son empire colonial (par exemple en Indochine, au Maroc).
La France cherche aussi sortir de son isolement. Elle recherche l'alliance du Royaume-Uni et de la Russie, qui réalisent finalement que la menace n'est plus en la France, mais bien en l'hégémonie allemande. Alliances, donc, Triple-Alliance, Triple-Entente, alliances pour la paix, pour la conservation de l'équilibre, qui mèneront au déséquilibre de la Première Guerre mondiale.
L'influence française en Europe
La défaite française de 1871 a donné à la Prusse - devenue l'Empire allemand - un prestige qui, couplé à sa puissance industrielle, va faire d’elle l’arbitre européen, tandis que le Royaume-Uni reste confiné dans son isolement européen et son expansion mondiale.
À l'issue de la guerre, La France, avec une majorité conservatrice à l’Assemblée et Thiers à la tête du gouvernement, a pour l’instant une vocation pacifique. Mais dès juillet 1872, le vote de la loi militaire et la chute du gouvernement Thiers le inquiétèrent assez Bismarck pour que celui-ci réunisse à Berlin l'empereur Alexandre II de Russie et l’empereur François-Joseph d'Autriche. Entre 1878 et 1890, Bismarck parvient à nouer autour de l’Allemagne tout un réseau d’alliances qui semblent lui donner toutes les garanties contre une volonté de revanche française. Dès 1879, la France voit se liguer contre elle une « Duplice » entre Allemands et Autrichiens, rejoints en 1882 par l’Italie, formant alors la « Triplice ». La crise atteint son paroxysme lors de l’année 1887 lorsque, en plus de la Triplice, Bismarck s’assure de la neutralité russe en cas de conflit et de l’amitié britannique.
Cependant petit à petit, dès 1890, la France rompt son isolement. D’abord avec la Russie, après de longues négociations et un important appui. Le , l'empereur de Russie ratifiait la Convention militaire de 1892 et en faisait une véritable alliance franco-russe. Et même si elle est d'abord quelque peu fragile, c’est la première qu’obtient la France depuis 1871 avec une puissance de premier plan. Des visites bilatérales de chefs d’État (visites de Nicolas II en 1896, 1901 et 1909, et des présidents français) et un soutien matériel à l'armée russe vont s'établir à un rythme régulier, jusqu'à la chute de l'Empire russe.
Avec l’Italie, plusieurs obstacles empêchaient une possible alliance. Mais la chute de Crispi, premier ministre et chef de la gauche nationaliste puis le règlement du contentieux franco-tunisien en septembre 1906 ouvrirent la porte aux négociations. La visite de Victor-Emmanuel à Paris en 1903 et celle d’Émile Loubet à Rome l’année suivante traduisirent ce rapprochement, même s’il faut le nuancer car l’Italie renouvela son adhésion à la Triplice jusqu'à la guerre.
L’amitié britannique fut beaucoup plus difficile à obtenir, essentiellement à cause de la rivalité coloniale. Mais la mort de la reine Victoria en 1901 et la montée sur le trône d’Édouard VII du Royaume-Uni - francophone et francophile - permirent une réconciliation. Les différents voyages de celui-ci à Paris et de Loubet à Londres permirent d’établir un accord le . Ce n’était ni un traité d’alliance ni un accord militaire, mais il prévoyait seulement le règlement du contentieux colonial entre les deux pays.
Dès lors, la position de la France dans l’Europe a bien changé, elle possède des alliés et des amis, et c’est maintenant l’Allemagne qui parle d’encerclement. La seconde conférence d’Algésiras en 1906, à la suite d'une nouvelle crise marocaine entre France et Allemagne démontrait l’isolement diplomatique de celle-ci, seulement soutenue par le fidèle « second » autrichien, face à une France forte appuyée par la Russie, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne. Cependant la rivalité britanno-russe rendait le système un peu bancal et poussait la Russie vers l'Empire allemand. Mais le traité de 1907 régla les derniers différends et on put alors véritablement parler de Triple-Entente entre le Royaume-Uni, la France et la Russie. Face à eux, l’Allemagne consolidait ses rapports avec l’Empire austro-hongrois. Chacun des deux blocs cherchait à stabiliser ses positions en prévision d’une guerre que tous attendaient et redoutaient à la fois.
L'empire colonial français
En 1871, l'effondrement de l'Empire provoque des révoltes en Grande Kabylie[9].
L'influence française en Europe est quasiment la seule à avoir vu sa crédibilité diminuer. L'Italie de Cavour, mais surtout l'Allemagne de Bismarck se sont constituées en nations désormais puissantes. La Russie a étendu son influence des portes de Constantinople à la Corée. L'Autriche, devenue Autriche-Hongrie en 1867, compense ses défaites par des victoires sur les Turcs, et reste donc un puissant empire. Le Royaume-Uni, lui, a su préserver l'unité de ses îles Britanniques au prix de quelques réformes. La France, défaite en 1870-1871 de l'Alsace-Moselle, ne compense que par l'acquisition « diplomatique » de la Savoie et de Nice.
L'Europe de Vienne encourage les ambitions coloniales de la France pour mieux l'éloigner de la scène européenne (Belgique, Suisse, Italie). Seul le Royaume-Uni, concurrent dans le domaine colonial, s'y opposera réellement, parfois violemment. C'est ainsi que la France se constitue un vaste empire colonial sur la terre africaine (AOF, AÉF), dans les îles du monde, puis en Indochine, points d'appui d'un empire commercial.
Concernant le monde hors-Europe, l'expansion mondiale se fait d'abord contre le Royaume-Uni, de 1870 à 1904. La France cherche à agrandir sa puissance par un « arrière pays colonial ». Mais cette quête de puissance a également pour but de se renforcer pour pouvoir rivaliser avec l'écrasant Reich allemand. L'alliance britannique sera donc cultivée de 1904 à 1914, mettant en lumière la rivalité franco-allemande.
L'Afrique devient le principal lieu d'action des volontés coloniales françaises. Alors que les influences britannique et française s'affrontent pour le contrôle de la Tunisie, le ministère Ferry (1880-1881 et 1883-1885) parvient à imposer le traité du Bardo (1881) et la convention de La Marsa (1883). La Tunisie, surendettée envers la France, accepte l'établissement d'un protectorat. L'Italie, second investisseur en Tunisie, tente de s'opposer, mais sans succès.
En Afrique occidentale, l'exploration-conquête part du Sénégal et traverse l'Afrique vers l'est, vers la Guinée, la Côte d'Ivoire, jusqu'au Soudan, où l'escarmouche de Fachoda stoppe l'avancée française au profit de l'avancée britannique qui, partie du Nil, traverse l'Afrique jusqu'à l'Afrique du Sud. La tension franco-britannique, déjà vive sur la question de l’Égypte où les Britanniques revendiquaient la possession pleine du canal de Suez et où ils s’installèrent militairement, faillit dégénérer en guerre ouverte à la suite de cet incident de Fachoda (1898). Mais la France, isolée diplomatiquement, ne peut s'opposer à ce point aux vues britanniques, et recule.
Plus au sud, l'Afrique équatoriale est explorée par Brazza entre 1875 et 1884. Il prend possession de la rive ouest du fleuve Congo mais, là encore, le Royaume-Uni, le Portugal et surtout la Belgique tentent d'y défendre leurs intérêts. La conférence de Berlin (1884-1885), créant « l’État indépendant du Congo », donnera raison à Léopold II de Belgique qui en reçoit la responsabilité. Portugais et Britanniques sont parvenus à amoindrir les ambitions françaises. L'île de Madagascar est tout de même prise sous protectorat français (1885). Une guérilla locale apparaît bientôt, mais s'épuise en deux ans. Madagascar est annexée en 1896.
Forte de cette expansion et des pacifications imposées, la France proclame la fédération d'Afrique-Occidentale française en 1895, celle d'Afrique du Nord en 1900 et celle d’Afrique-Équatoriale française en 1910. Les colonies françaises d'Afrique sont créées.
En Asie, la pénétration continue dans la péninsule indochinoise. Le Tonkin attire toute l’attention et cela malgré les échecs répétés (expédition Garnier en 1873, expédition Rivière en 1883). En 1885, Ferry, que l’on surnomme « le Tonkinois », signe le traité de Tien-Tsin reconnaissant le protectorat de la France sur l’Annam et le Tonkin. En 1887 est formée l’Union indochinoise, complété par le protectorat sur le Laos en 1895.
La poursuite d’intérêts communs entre Britanniques et Français, notamment en Asie, va permettre un rapprochement des deux pays dès 1904 et ouvrir une nouvelle ère dans l’expansionnisme français, celui-ci se heurtant à la Weltpolitik allemande.
La question marocaine va contribuer à accentuer les relations déjà tendues entre la France et l'Allemagne. La France cherchait alors à réaliser l’unité de ses territoires d’Afrique du Nord et avait signé un traité avec l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie, reconnaissant des droits français au Maroc ; mais les industriels allemands et les partisans d’une politique à l’échelle mondiale avaient porté leur attention sur ce même Maroc, riche en perspectives minières.
La conférence d'Algésiras (1906) reconnaît la libre ouverture commerciale du Maroc aux Allemands. Les incidents sont nombreux entre les deux pays jusqu'à la crise d'Agadir en 1911, crise qui se dénoue cependant grâce à un accord commun, la France cédant des territoires à l'Allemagne en AEF contre la liberté d’action au Maroc. Cela permet à la France de signer avec le sultan le traité de Fez, établissant le protectorat en 1912.
Liste des « Affaires »
1814-1848
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1848-1870
À compléter... |
1870-1914
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Notes et références
- 1 2 3 4 5 Nonn et al. 1974, p. 5084.
- ↑ Delalande et Truong-Loï 2021, p. 80.
- ↑ Roger Auteur du texte André, Occupation de la France par les Alliés en 1815 (juillet-novembre), (lire en ligne)
- ↑ Delalande et Truong-Loï 2021, p. 78.
- ↑ Delalande et Truong-Loï 2021, p. 81.
- ↑ « Le Souvenir Francais de Chine | Les Français en Indochine, des années 1830 à la fin de la Seconde Guerre Mondiale », (consulté le )
- 1 2 3 Jean-Paul Faivre, « Jore, Léonce. George Pritchard, l'adversaire de la France à Tahiti (1796-1883)., et Un Belge au service de la France dans l'Océan Pacifique. Notice historique et biographique concernant J. A. Moerenhout, consul général des États- Unis aux îles océaniennes de 1835 à 1837, consul de France à Tahiti de 1839 à 1844. », Journal de la Société des Océanistes, vol. 1, no 1, , p. 147–155 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Le Corps expéditionnaire de Morée » [archive du ], sur Ambassade de France en Grèce - Πρεσβεία της Γαλλίας στην Ελλάδα (consulté le )
- 1 2 3 4 Delalande et Truong-Loï 2021, p. 252.
- ↑ Delalande et Truong-Loï 2021, p. 127.
- ↑ « 20 janvier 1831 - Neutralité de la Belgique - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
- ↑ H. (Vte) Auteur du texte Redon de Beaupréau, Souvenirs de l'expédition d'Ancône : 1832 / par le Vte Redon de Beaupréau, (lire en ligne)
- ↑ L. Jore, « La France eût-elle l'intention de fonder, sous la Monarchie de Juillet, une colonie en Californie ? », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 44, no 156, , p. 255–284 (DOI 10.3406/outre.1957.1282, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « L’empire chinois de 221 av. J.-C. à 1911 », sur www.lhistoire.fr (consulté le )
- ↑ « L'Histoire en quatrième - La France de 1815 à 1914 - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le )
- 1 2 Nonn et al. 1974, p. 5086.
- ↑ Alain Roux, « Les guerres de l'opium revisitées », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
- ↑ Delalande et Truong-Loï 2021, p. 254.
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
Bibliographie
Outils de travail
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- Atlas : LEBRUN F. (direction de), Atlas historique, Paris, Hachette Éducation, 1re édition 2000.
- Chronologie : DELORME J., coll. « Que sais-je ? », no 1192 : Les Grandes Dates du XIXe siècle, Paris, PUF*, 1re édition 1985, 9e 1998.
Ouvrages généraux, manuels fondamentaux
- FRÉMY M. et D., Quid 2002, Paris, Robert Laffont, 2001.
- Nicolas Delalande et Blaise Truong-Loï, Histoire politique du XIXe siècle, SciencesPo les presses, (ISBN 978-2-7246-3775-5)
- Henri Nonn, Pierre Pierrard, Serge Lerat, Roger Brunet, René Oizon, Roland Mane, Jacques Lempert, Germain Bazin, François Loyer, Gilbert Gatellier et al., Encyclopédie française, t. IX, Paris, Larousse, (ISBN 2031517392), « France », p. 5061 - 5149
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- coll. « Que sais-je ? », Paris, PUF (Presses universitaires de France), éditions diverses :
- Jean-Pierre Chaline, coll. « Que sais-je ? », n'1214 : La Restauration, Paris, PUF, 1re édition 1998.
- ROBERT H., coll. « Que sais-je ? », n'1002 : La Monarchie de Juillet, Paris, PUF, 1re édition 1994, 2e 2000.
- VIGIER P., coll. « Que sais-je ? », n'295 : La Seconde République, Paris, PUF, 1re édition 1967, 8e 2001.
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Ouvrages spécialisés
- C. Anbrosi, Apogée de l'Europe, Armand Collin, 1976, 6e ed. 1996.
- Louis Dollot, coll. « Que sais-je ? », no 307 : Histoire diplomatique (1814-1914), Paris, PUF, édition 1948.
- Stella Ghervas, Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l'Europe de la Sainte-Alliance, Paris, Honoré Champion, 2008. (ISBN 978-2-7453-1669-1)
- S.Sainlaude, Le gouvernement impérial et la guerre de Sécession, 2011
- S.Sainlaude, La France et la Confédération sudiste, 2011
- Jules Hansen, L'Alliance franco-russe, Flammarion, 1897
- C. Liauzu, Colonisation : droit d'inventaire, coll. « Les Enjeux de l'histoire », Armand Collin, 2004.
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