Relation de Mayer
En physique, et plus particulièrement en thermodynamique, la relation de Mayer, établie au XIXe siècle par Julius Robert von Mayer, est une formule liant les capacités thermiques à pression constante (isobare) et à volume constant (isochore) d'un gaz parfait. Elle s'exprime selon :
avec :
- la capacité thermique isobare ;
- la capacité thermique isochore ;
- la quantité de matière (nombre de moles) ;
- la constante universelle des gaz parfaits.
Cette relation est généralisée aux corps réels selon :
avec :
- la pression ;
- la température thermodynamique ;
- le volume.
Démonstration
Relation générale
On considère un système thermodynamique constitué d'une seule phase. Ce système peut être un corps pur ou un mélange constitué de espèces chimiques différentes.
La pression , le volume , la température et les quantités de matière sont liées de façon univoque par l'équation d'état du système, c'est-à-dire la fonction . Si l'on connait les variables on connait donc . Réciproquement, si l'on connait on connait . L'entropie du système peut ainsi être considérée indifféremment comme une fonction de ou de , soit, indifféremment : . On peut écrire les différentielles :
- du volume en tant que fonction :
- de l'entropie en tant que fonction :
- de l'entropie en tant que fonction :
Puisque l'on a indifféremment , on a indifféremment pour la différentielle de l'entropie .
On substitue dans la différentielle de l'entropie sous la forme :
On retrouve donc une différentielle de l'entropie sous la forme ; on identifie le terme en , on obtient :
Soit une fonction de plusieurs variables , et : . On suppose que la variable est elle-même une fonction des variables , et : . La fonction peut donc s'écrire indifféremment selon : .
Le théorème de dérivation des fonctions composées, ou règle de dérivation en chaîne, donne :
Or on a :
d'où :
On pose :
- l'entropie ;
- le volume ;
- la température ;
- la quantité de matière ;
- la pression.
La relation , soit , est l'équation d'état du système. On a pour l'entropie , soit .
La dérivation en chaîne donne :
Les capacités thermiques sont définies par :
que l'on introduit dans la relation obtenue précédemment :
En considérant la relation de Maxwell :
en réarrangeant la relation obtenue précédemment il vient la relation de Mayer générale[1],[2] :
Cas d'un gaz parfait
Pour un gaz parfait, d'équation d'état :
où est la quantité (le nombre de moles) du gaz et la constante universelle des gaz parfaits, on obtient immédiatement :
d'où :
- Démonstration directe pour un gaz parfait[3]
Un gaz parfait suit les deux lois de Joule, ce qui implique pour son énergie interne et son enthalpie , à quantité de matière constante :
Étant donné la définition de l'enthalpie , on peut écrire :
Étant donné l'équation d'état des gaz parfaits , on peut écrire, à quantité de matière constante :
On obtient donc :
et par conséquent la relation de Mayer :
Autres écritures
Forme générale
En utilisant les propriétés des dérivées partielles, on peut réécrire la relation de Mayer générale en :
Ceci provient immédiatement de la relation :
dont on déduit que :
Utilisant ensuite la relation :
pour les deux quantités du dénominateur, on obtient :
La nouvelle forme de la relation de Mayer se déduit en remplaçant le membre de droite de la première forme démontrée précédemment.
Avec les coefficients thermoélastiques
D'autres écritures sont également possibles avec les coefficients thermoélastiques :
- le coefficient de dilatation isobare (pour un gaz parfait )[1] ;
- le coefficient de compression isochore (pour un gaz parfait )[1] ;
- le coefficient de compressibilité isotherme (pour un gaz parfait )[1].
Avec la première forme générale :
on obtient[4] :
Avec la deuxième forme générale:
on obtient[4] :
On passe d'une forme à l'autre en considérant la relation[1] : . On peut encore écrire[1] :
Cas des gaz parfaits
En introduisant les capacités thermiques molaires respectives, telles que :
on obtient la forme[2] :
Pour une masse , en introduisant les capacités thermiques massiques respectives, telles que :
on obtient la forme[2] :
avec :
- la masse molaire du gaz parfait ;
- la constante spécifique du gaz parfait.
Implications
Rapport entre les capacités thermiques
Le deuxième principe de la thermodynamique implique qu'un corps (pur ou mélange) ne peut être stable que si (voir l'article Compressibilité). La relation induit donc que[1] :
Ceci implique pour le coefficient de Laplace que :
Le coefficient de Laplace peut être déterminé à l'aide de la relation de Reech. On peut ainsi calculer les capacités thermiques, en application des relations de Mayer et de Reech, selon :
Détermination de la capacité thermique isochore
La relation de Mayer permet en particulier de calculer connaissant pour les liquides et les solides. En effet, pour les phases condensées est difficile à obtenir expérimentalement, car il est difficile de travailler à volume constant avec ces phases, alors que la détermination de , qui nécessite de travailler à pression constante, ne pose pas de problème.
Cas des phases condensées idéalement indilatables et incompressibles
Dans le cas d'une phase condensée (liquide ou solide), il peut être considéré que :
- la phase est quasiment indilatable, son volume varie peu lors d'un changement de température : , soit ;
- la phase est quasiment incompressible, son volume varie peu lors d'un changement de pression : , soit .
Pour une phase idéalement indilatable () et incompressible (), la relation de Mayer conduit à la relation[5],[6] : . Les bases de données ne donnent pour les liquides et les solides, considérés comme idéalement indilatables et incompressibles, qu'une seule capacité thermique molaire[7] :
Notes et références
Références
- 1 2 3 4 5 6 7 Corriou 1984, p. 12.
- 1 2 3 4 Gautron et al. 2021, p. 180-181.
- 1 2 Corriou 1984, p. 15.
- 1 2 Corriou 1984, p. 13.
- ↑ Lucien Borel et Daniel Favrat, Thermodynamique et énergétique, Lausanne, Presses polytechniques romandes, , 814 p. (ISBN 978-2-88074-545-5, OCLC 891442864, lire en ligne), p. 288.
- ↑ Jean-Luc Godet, université d'Anger - Réseau NuméLiPhy, « Entropie et phénomènes irréversibles : Variation d'entropie d'un corps idéalement incompressible », sur numeliphy.unisciel.fr (consulté le ). Cette référence indique : « On nomme "incompressible" tout corps solide ou liquide dont le volume reste rigoureusement constant quelles que soient les variations de et . » Autrement dit, un tel corps est indilatable (volume insensible à la température) et incompressible (volume insensible à la pression).
- ↑ Bernicot C., Boulleaux-Binot P., Chamelat O., Roy T., Tisserand J.-C. et Valade N., Physique PCSI - Fiches-méthodes et exercices corrigés, Éditions Ellipses, , 480 p. (ISBN 9782340052475, lire en ligne), p. 346.
Bibliographie
- Jean-Pierre Corriou, Thermodynamique chimique : I. Définitions et relations fondamentales, vol. J 1 025, Éditions techniques de l'ingénieur, , 19 p. Dans cet ouvrage, p. 12, le coefficient est employé en place de . On a .
- Laurent Gautron, Christophe Balland, Laurent Cirio, Richard Mauduit, Odile Picon et Eric Wenner, Physique : Licence, CAPES, Prépas, coll. « Tout le cours en fiches », , 2e éd., 592 p. (ISBN 9782100831548, lire en ligne), Fiche 67.
Voir aussi
- Capacité thermique
- Capacité thermique isobare
- Capacité thermique isochore
- Coefficients calorimétriques et thermoélastiques
- Relation de Reech
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