Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie
| But | Arts industriels |
|---|---|
| Zone d’influence | France |
| Fondation |
|---|
| Siège | Paris, 15 place des Vosges |
|---|---|
| Président |
Édouard Guichard (1864-1875) |
| Dissolution | 1882 |
|---|
L’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie est fondé à Paris, au 15, place Royale (aujourd'hui place des Vosges), par un groupe d'industriels conduit par Jean-Baptiste-Amédée Couder (1797-1864), Jules Klagmann et Édouard Guichard (1815-1889) sur le modèle du South-Kensington Museum, devenu le Victoria and Albert Museum.
Historique
Jusqu'au XVIIIe siècle, l'art ne peut s confondre avec l'artisanat. L'Académie royale de peinture et de sculpture avait été fondée par un groupe de peintres et de sculpteurs pour sortir de la tutelle de la corporation des peintres, doreurs, sculpteurs et vitriers de Paris, s'affirmer comme des artistes et faire sortir la peinture et la sculpture des arts mineurs et leur donner un statut équivalent à celui des arts libéraux. On emploie alors l'expression « arts et métiers » pour désigner ce savoir faire artisanal et manufacturier utilisé dans l'ameublement, la céramique, l’orfèvrerie et la joaillerie, les textiles.
Comme le remarque Paul Mantz dans son article paru en 1865[1] sur l'enseignement avant la Révolution, l'école où s'enseignait alors l'art de l'ornement était l'apprentissage dans un atelier. Cet apprentissage se faisait auprès d'un maître reconnu par sa corporation. L'accès à la maîtrise était long et coûteux. Le nombre de maîtres appartenant à une corporation était limité. Plusieurs essais pour développer la formation des ouvriers et l'accès à la maîtrise en dehors des corporations ont été tentés.
L’abolition des corporations par le décret d'Allarde et la loi Le Chapelier, en 1791, a fait disparaître l'organisation traditionnelle des métiers. Pour certains critiques, cela a entraîné une désorganisation et le manque de goût. Pierre-Jean-Baptiste Chaussard critique dans son livre Essai philosophique sur la dignité des arts la position consistant à considérer l'art comme un ornement et non comme étant à la base de la société[2]. En 1794, l’abbé Grégoire avait proposé la création d'un musée-école pour les artisans, et donne naissance au futur Conservatoire national des arts et métiers.
C'est le développement de la mécanisation, l'apparition de nouvelles technologies au début du XIXe siècle, prémices de la révolution industrielle, et les transformations matérielles et sociales du monde qui vont conduire à cette rencontre de l'art et de l'industrie pour créer ce qui est appelé à cette époque arts industriels.
Entre 1798 et 1849 s'est tenu à Paris des Expositions des produits de l'industrie française afin « d'offrir un panorama des productions des diverses branches de l'industrie dans un but d'émulation ». L’exposition de 1849 s'intitulait Exposition Nationale des produits de l'industrie agricole et manufacturière. Après avoir visité cette exposition l'Anglais Henry Cole, membre de la Société royale pour l’encouragement des arts, des manufactures et du commerce, a eu l'idée d'une exposition pour présenter les productions artisanales et industrielles du monde entier. Il a obtenu le soutien du prince Albert.
En 1845 est fondée la Société de l’art industriel sous la direction de l’ornemaniste Jean-Baptiste-Amédée Couder (1797-1864), secondé par le sculpteur Jules Klagmann et par Édouard Guichard, architecte-décorateur pour l’industrie textile. Ces artistes industriels tentent de faire reconnaître leurs droits et à signer leurs créations et à participer aux Salons des beaux-arts.
En 1851, se tient à Londres la Great Exhibition of the Works of Industry of all Nations (grande exposition universelle des travaux de l'industrie de toutes les nations). Le succès de l'exposition permet de créer en 1852 le Museum of Manufactures à Marlborough House, ou musée de South-Kensingston, grâce au bénéfice dégagé par l'exposition universelle et qui est un musée d'arts appliqués, d'arts décoratifs et de design. À l'issue de l'exposition, le comte de Laborde, membre de la Commission française de l’Exposition universelle de Londres, est chargé de « rendre compte au Gouvernement français des progrès des beaux-arts des nations concurrentes attestés par l’exposition, et aussi présenter [ses] vues sur les moyens de perfectionnement suggérés par ce parallèle ». Son rapport est publié au début de 1857 dans le tome 8 des Travaux de la Commission française sur l'industrie des nations de l'Exposition universelle de 1851[3].
En 1852, le Comité central des artistes et des artistes industriels réunissant 126 artistes adressent un placet à Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, dans lequel ils affirment la fonction sociale de l'art qui ne peut pas être considéré comme un luxe inutile. Grâce aux progrès de l'industrie et à la mécanisation, l'art peut faire partie du quotidien des classes laborieuses. Il est nécessaire d'organiser cette osmose entre l'art et l'industrie en créant une École centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie et en organisant des exposition spéciales pour les artistes industriels et la création d'un musée consacré aux beaux-arts industriels.
La Société de l’art industriel a pris en 1858 le nom de Société du Progrès de l'Art industriel. Théodore Labourieu est le secrétaire de la société. Par l’entremise du baron Taylor, la Société obtient en 1861 le droit d'organiser une exposition au Palais de l'Industrie. Cette exposition n'est pas un succès. La suivante est organisée en 1863. La Commission d'organisation de l'exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie est présidée par Édouard Guichard. L'exposition comprend trois parties : 1-Exposition rétrospective, 2-Époque moderne, 3-Écoles de dessin. Elle attire 200 000 visiteurs et fait un bénéfice de 25 000 francs qui est reversé à la Caisse de secours des inventeurs et artistes industriels. La Commission d'organisation de l'exposition obtient d'utiliser le Palais de l'Industrie pour celle de 1865[4]. La Société du Progrès de l'Art industriel cesse son activité en 1864. La Commission d'organisation de l'exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie de 1863 reçoit une médaille des 700 axposents et adhérents le ainsi que le mandat de fonder une institution utile et durable. Après le succès de l'exposition de 1863 la fondation de l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie est décidée pour assurer la primauté du « goût français » par l'innovation et la qualité esthétique de la production industrielle grâce au concours d’artistes et d’industriels formés par l'enseignement du dessin, la fréquentation des musées et des expositions d’arts décoratifs.
Dans l'article 1 de ses statuts, la Commission décide alors de créer à ses risques et périls l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie et elle-même devient son Comité d'organisation. Dans l'article 2 il est précisé que la société est fondée à Paris et doit organiser :
- 1- un musée rétrospectif et contemporain ;
- 2- une bibliothèque d'art ancien et moderne ;
- 3- des cours spéciaux, des lectures et des conférences publiques ayant rapport avec l'art appliqué, des entretien destinés aux artistes et aux ouvriers qui veulent unir le beau à l'utile ;
- 4- des concours entre les artistes français et entre les diverses écoles de dessin et de sculpture de Paris et des départements ;
- 5- des expositions de collections particulières présentant de belles applications de l'art à l'industrie[5].
L’État soutient une politique d’encouragement à l’art industriel. L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie est autorisée par décret ministériel le et par arrêté préfectoral le . Elle est formellement organisée et ouverte le . Édouard Guichard en est le président. Jean-Léon Gérôme est le conservateur du musée rétrospectif et contemporain[6]. L'Union centrale a créé en 1865 un Conseil manufacturier des industries d’art composé par les représentants des chambres syndicales parisiennes pour représenter les industries d’art et promouvoir l’art industriel en France. Ce conseil doit permettre d'associer les représentants des industries d’art au développement des arts appliqués à l’industrie et soutenir la production artistique et industrielle en associant artistes, artisans et industriels. Il a joué un rôle important dans l’organisation de l'exposition de 1865.
La 2e exposition est organisée en 1865, la 3e exposition en 1869. ea
La guerre franco-allemande de 1870 a entraîné la cessation de ses activités. Elle est reconstituée en [7].

affiche de Jules Chéret
Après cette refondation, le Palais de l'Industrie a été mis à la disposition de l'Union centrale pour y organiser la 4e exposition en 1874 qui est inauguré par le président de la République, le 10 août[8]. Le Bulletin de l'Union centrale est créé en 1874. En 1875, l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie installe son musée et sa bibliothèque 3, place des Vosges[9].
La 5e exposition est organisée entre le 10 août et le 10 novembre 1876 et la 6e exposition du 31 juillet au 15 novembre 1880[10].
Une Société du musée des Arts décoratifs est créée en mai 1877. Elle est placée sous la haute présidence du duc d'Audiffret-Pasquier, président du Sénat. Cette société concurrence l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie et l'État lui a concédé le pavillon de Flore au palais du Louvre.
La Société du musée des Arts décoratifs et l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie fusionnent en mars 1882, pour donner naissance à l'Union centrale des arts décoratifs (UCAD), présidée par Antonin Proust[11].
Notes et références
- ↑ Mantz, 1865, p. 229-247
- ↑ Pierre-Jean-Baptiste Chaussard, Essai philosophique sur la dignité des arts, Paris, imprimerie des sciences et des arts, (lire en ligne)
- ↑ comte de Laborde, Exposition universelle de 1851. Travaux de la Commission française sur l'industrie des nations : publiés par ordre de l'Empereur., t. 8, Paris, Imprimerie impériale, , 1038 p. (lire en ligne)
- ↑ Le beau dans l'utile, 1865, p. 11
- ↑ Catalogue expo 1869, p. 10-11
- ↑ Catalogue expo 1869, p. 19
- ↑ « L'Union centrale, fondée en 1864, est reconstituée en janvier 1874 », Bulletin de l'Union centrale, , p. 1-16 (lire en ligne)
- ↑ Bulletin de l'Union centrale, 1874, p. 21-23
- ↑ Bulletin de l'Union centrale, 1875, p. 199
- ↑ Affiche de la 6e exposition
- ↑ Rapport au Sénat de la commission des finances sur la prorogation du Pavillon de Marsan à l'Union centrale des arts décoratifs, p. 1-5, 27 juillet 1920
Annexes
Bibliographie
- Neil McWilliam, Catherine Méneux et Julie Ramos (sous la direction de) et Catherine Fraixe, Estelle Thibault, Bertrand Tillier et Pierre Vaisse (direction scientifique), L’Art social en France, de la Révolution à la Grande Guerre, Paris, Publications de l’Institut national d’histoire de l’art, Presses universitaires de Rennes, , 491 p. (ISBN 978-2-753528-91-8) (présentation)
- Eugène Viollet-le-Duc, « L'enseignement de l'art. Il y a quelque chose à faire », Gazette des beaux-arts, t. 12, 1er semestre 1862, p. 393-402, 525-534 (lire en ligne), 2e semestre 1862, t. 13, p. 71-82, 249-255 (lire en ligne)
- Émile Galichon, « De la création d'un nouveau musée », Gazette des beau-arts, t. 13, , p. 223-227 (lire en ligne)
- Alfred Darcel, « Les arts industriels à l'exposition de Londres », Gazette des beaux-arts, t. 13, 2e semestre 1862, p. 313-331, 437-445, 538-564 (lire en ligne)
- Ferdinand de Lasteyrie, « Projet de création d'un Musée municipal des arts industriels », Gazette des beaux-arts, t. 14, , p. 555-556 (lire en ligne)
- Alfred Darcel, « Exposition des beaux-arts appliqués à l'industrie », Gazette des beaux-arts, t. 15, , p. 481-486 (lire en ligne)
- Albert Jacquemart, « Les beaux-arts et l'industrie », Gazette des beau-arts, t. 17, , p. 507-515 (lire en ligne)
- Paul Mantz, « L'enseignement des arts industriels avant la Révolution », La Gazette des beaux-arts, t. 18, , p. 229-247 (lire en ligne)
- Charles Blanc, « L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie », Gazette des beaux-arts, t. 19, , p. 193-217 (lire en ligne)
- Alfred Darcel, « L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Musée rétrospectif. Le Moyen Âge, la sculpture », Gazette des beaux-arts, t. 19, , p. 289-303 (lire en ligne)
- Paul Mantz, « L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Musée rétrospectif. La Renaissance et les temps modernes », Gazette des beaux-arts, t. 19, , p. 326-349 (lire en ligne)
- Gersaint, « L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Exposition des œuvres contemporaines », Gazette des beaux-arts, t. 19, , p. 369-379 (lire en ligne)
- Albert Jacquemart, « L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Musée rétrospectif. Les terres vernissés, les majoliques et les faïences », Gazette des beaux-arts, t. 19, , p. 385-402 (lire en ligne)
- Alfred Darcel, « L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Musée rétrospectif. Le bronze, la bijouterie, l'orfèvrerie et la ferronnerie », Gazette des beaux-arts, t. 19, , p. 427-445 (lire en ligne)
- Paul Mantz, « L'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Musée rétrospectif. La Renaissance et les temps modernes. Bijouterie, horlogerie, ouvrages d'étain, de fer, de cuivre. Bronzes d'ameublement », Gazette des beaux-arts, t. 19, , p. 459-481 (lire en ligne)
- Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie, exposition de 1865. Palais de l'Industrie. Musée rétrospectif. Catalogue : Moyen Âge et Renaissance, Paris, Librairie centrale (lire en ligne)
- Palais de l'Industrie. Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Exposition de 1865. Catalogue des œuvres et des produits modernes, Paris, Librairie centrale, (lire en ligne)
- Palais de l'Industrie. Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Exposition de 1865. Catalogue des écoles de dessin et Supplément au catalogue des œuvres et des produits modernes, Paris, Librairie centrale, (lire en ligne)
- Charles Eck, L'art et l'industrie, influence des expositions sur l'avenir industriel : revue des beaux-arts appliqués à l'industrie, exposition de 1865, Paris, imprimerie de Balitout, Questroy et Cie, (lire en ligne)
- Le beau dans l'utile. Histoire sommaire de l'Union centrale des beaux-arts appliquées à l'industrie suivie des rapports du jury de l'exposition de 1865, Paris, Union centrale, (lire en ligne)
- Catalogue des œuvres et des produits modernes, Palais de l'Industrie, Union centrale des Beaux-arts appliqués à l'Industrie, exposition de 1869 ; précédé des Statuts de l'Union centrale, de la liste de ses membres et de ses donateurs et du Compte rendu de la distribution des récompenses de l'exposition de 1865, Paris, Union centrale, (lire en ligne)
- Palais de l'Industrie. Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Exposition de 1869. Catalogue des écoles de dessin et Supplément au catalogue des œuvres et des produits modernes, Paris, Librairie centrale, (lire en ligne)
- Union centrale des Beaux-arts appliqués à l'industrie. Exposition de 1869. Catalogue du Musée oriental, Paris, Librairie centrale, (lire en ligne)
- Union centrale des Beaux-arts appliqués à l'Industrie. Quatrième exposition 1874. Catalogue des œuvres et des produits modernes exposés au Palais de l'Industrie [précédé d'un Compte rendu de la distribution des récompenses de l'exposition de 1869], Paris, Imprimerie librairie A. Chaix et Cie, (lire en ligne)
- Eugène Véron, Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. Histoire de l'Union centrale, son origine, son présent, son avenir, Paris, imprimerie de F. Debons, , IV-52 p. (lire en ligne)
- Alfred de Lostalot, « Reconstitution de l'Union centrale », La Chronique des arts et de la curiosité, no 13, , p. 125-126 (lire en ligne)
- Eugène Véron, « Qu'est-ce que l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie ? », La Chronique des arts et de la curiosité, no 31, , p. 297-299 (lire en ligne), , no 32, p. 305-313 (lire en ligne)
- Eugène Véron, « IVe exposition de l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie », La Chronique des arts et de la curiosité, no 32, , p. 299-300 (lire en ligne)
- « Du Grand prix de l'Union centrale », La Chronique des arts et de la curiosité, no 32, , p. 314-315 (lire en ligne)
- « Union centrale. Jurys des industries d'art », La Chronique des arts et de la curiosité, no 32, , p. 314 (lire en ligne)
- Eugène Véron, « 4e exposition de l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie », La Chronique des arts et de la curiosité, no 32, , p. 315-316 (lire en ligne)
- Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie. 5e exposition organisée au Palais de l'Industrie, Paris, Bureaux de l'Union centrale des Beaux-arts appliqués à l'industrie, (lire en ligne)
- Jean-Pierre Leduc-Adine, « Les arts et l'industrie au XIXe siècle », Romantisme, no 55, , p. 67-78 (lire en ligne)
- Rossella Froissart, « Arts, industries et décor à l’époque contemporaine », Annuaire de l'École Pratique des Hautes Études, section des Sciences historiques et philologiques, no 153, (lire en ligne)
Articles connexes
Liens externes
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