Victor George

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(à 87 ans) Marche-en-Famenne |
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Victor George, né à Bois-et-Borsu le et mort à Marche-en-Famenne le [1], est un poète belge de langue wallonne.
Biographie
Enfance, formation et vie privée
Victor George est le fils d'Ernest George (1907-1989), un peintre en bâtiment, et de Thérèse Ligot (1911-2005). Il est l'ainé et le seul fils d'une fratrie de quatre enfants[2]. Le wallon est sa langue maternelle[1],[3].
Il fréquente successivement l'École communale de Bois-et-Borsu, l'Athénée royal de Huy et l'École normale de la Ville de Liège, dont il obtient un régendat littéraire[4].
Il épouse Marie-José George (1943-1982) le [2].
Parcours professionnel
Victor George est professeur de français, successivement à l'Athénée royal de Braine-l'Alleud, à l'École de l'État d'Athus, à l'École moyenne de l'État à Trembleur, à l'Institut Félicien Rops à Namur et à l'Athénée royal de Dinant. Il prend sa pension en 1988[4].
De 1997 à 2008, il siège au Conseil des Langues régionales endogènes de la Fédération Wallonie-Bruxelles[1],[5],[6]. À la suite des élections communales de 2006, il devient conseiller communal à Clavier[7].
Régulièrement sollicité pour ses compétences linguistiques, il collabore aux émissions wallonnes de la Radio-télévision belge de la Communauté française, enseigne au Centre de Recherche et d'Information du Wallon à l'École (CRIWE)[8] et traduit les unes du quotidien L'Avenir à l'occasion des Fêtes de Wallonie[3].
L'homme de lettres
Élu en 1979 à la Société de langue et de littérature wallonnes, il fut le secrétaire de cette institution de 1982 à 2006[1],[5]. Ses contributions ont paru dans deux périodiques de la Société : Wallonnes et Les dialectes de Wallonie. Également membre du cercle dialectal Lès Rèlîs Namurwès, il a assuré la direction de sa revue Les Cahiers wallons de 1986 à 2006[9]. En 1980, il devient membre du jury du Prix Georges Michaux de la Ville de Namur, qu'il a lui-même remporté deux ans plus tôt[10].
Proche du poète et professeur de littérature Jean Guillaume[9], Victor George a prêté sa voix à la lecture du recueil posthume de celui-ci, Pa-drî l's-uréyes, en vue de la réalisation du coffret de disques compacts Œuvres poétiques wallonnes[1],[11]. Il était également proche du romancier Auguste Laloux (wa)[12].
À la fin de l'année 2023, fait rare en littérature wallonne, ses poèmes ont fait l'objet d'une traduction en italien[13].
L'homme de théâtre
Victor George a fondé la troupe de théâtre dialectal Li qwètrin.me ake à Bois-et-Borsu[5]. En fonction des besoins de cette troupe, il a réalisé des traductions de pièces vers le wallon local[1],[14].
Il était également membre et secrétaire du jury du Grand Prix du Roi Albert 1er, le prix de théâtre dialectal le plus important en Wallonie[5].
Analyse de l'œuvre
L'œuvre de Victor George est écrite dans le respect scrupuleux du parler de Bois-et-Borsu[15]. Ses thèmes de prédilection sont la nostalgie du passé[16], le temps qui passe[17], la mort[18],[19], la foi chrétienne[20], ainsi que « la description des faits et gestes quotidiens et répétitifs du monde rural auquel [George] appartient »[18]. Guy Belleflamme (wa) note que ce monde rural est « stylisé, presque réduit aux images suscitées par la culture des blés »[21]. Selon Willy Bal, la poésie de Victor George est d'abord métaphysique[22].
Au niveau de la métrique, Victor George écrit communément en octosyllabes, heptasyllabes et alexandrins ; il affectionne par ailleurs les distiques[23]. Au niveau de la rhétorique, il affectionne les structures binaires et les oxymores[22]. Il pratique une poésie « très brève, avec un sens aigu de l’ellipse et de l’image »[24]. Jean-Luc Fauconnier estime que « toute son œuvre littéraire se caractérise par ce qu'on a parfois appelé — avec une connotation loin d'être péjorative — la « poésie du peu », une pratique très exigeante qu'il maîtrisait à la perfection »[25].
Dès 1961, l'académicien Maurice Piron relève cet « extrême dépouillement de la forme », tout en ajoutant aussitôt :
« Au-delà de la brève litanie que composent ces distiques sans éclat, c’est une manière de choc existentiel qui nous attend et nous surprend : d’humbles choses y découvrent tout à coup leur splendeur quotidienne. Cette présence qui devient vérité, cette simplicité bouleversante dans sa discrétion, ne sont-ce point là, en définitive, les talismans les plus sûrs de la poésie dialectale, lorsqu’elle ne triche pas[26] ? »
Victor George est un continuateur de la génération de poètes wallonophones composée de Willy Bal, Jean Guillaume, Marcel Hicter, Albert Maquet, Louis Remacle et Georges Smal[6]. Il est vu en particulier comme un hériter de Jean Guillaume[18]. En 1979, Jean Lechanteur suggère que le poète, alors débutant, doit encore dépasser cette influence :
« Victor Georges [sic], que les qualités de ses deux recueils (Adiu c'pagnon, 1963 et Gris pwin, 1965) — naturel du ton, sens de l'ellipse, de l'abord indirect, unité et profondeur de l'inspiration — mettraient au tout premier rang si elles n'avouaient trop nettement ce qu'elles doivent à Jean Guillaume […][27]. »
Rétrospectivement, plusieurs critiques estiment que Victor George, de par l'influence de Jean Guillaume, occupe une place analogue à celles de Georges Smal et d'Émile Gilliard dans l'histoire des lettres wallonnes[6],[18].
Réception critique
La première accolade reçue par Victor George est le Prix des Critiques wallons, qualifié à cette époque de « Renaudot des Lettres wallonnes », qu'il se voit attribuer à l'âge de 24 ans. Maurice Piron évoque, à cette occasion, la « révélation d'un nouveau poète wallon »[26].
Dix-huit ans plus tard, Victor George est le plus jeune poète sélectionné par Piron dans l'Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, parue en 1979[28]. La même année, Jean Lechanteur, l'un des rédacteurs de l'encyclopédie La Wallonie, le Pays et les Hommes, le cite parmi les « espoirs de la relève attendue » de la poésie wallonne[27].
Pour Guy Belleflamme (wa), qui le compare à Francis Jammes[29] et à Jules Supervielle[30], Victor George est parvenu, dans son recueil Rècinèyes (1980), à surpasser Jean Guillaume, son maitre en poésie[31].
Jean-Luc Fauconnier le considère comme « un des derniers grands poètes en langue wallonne »[32]. Bernard Louis (wa), le rédacteur responsable des Cahiers wallons, estime quant à lui qu'il est « le dernier grand poète du domaine wallon »[23].
Prix et distinctions
- 1960 : admission à la société des Rèlîs Namurwès[33]
- 1961 : Prix des Critiques wallons pour Adju c’pagnon[26]
- 1963 : Prime d'Encouragement de l'Art wallon de la Province de Liège[9]
- 1965 : Prix de littérature wallonne de la Ville de Liège pour Gris pwin[9],[34]
- 1966 : Prix Joseph-Durbuy de la Ville de Huy pour Tchonson d’å ci qu’a passé l’ baye (recueil inédit)[5],[9],[34]
- 1978 : Prix Georges Michaux de la Ville de Namur pour In Paradisum[34]
- 1979 : admission à la Société de langue et de littérature wallonnes, en tant que successeur de Marcel Florkin
- 1983 : Prix biennal de littérature wallonne du Ministère de la Communauté française de Belgique pour Totes lès-ameûrs dè monde[34]
Œuvres
Poésie
- Adju c’pagnon, éd. Servais, 1963
- Gris pwin, éd. Épécé, 1965
- In Paradisum, Namur, éd. Lès Rèlîs Namurwès, 1978, 28 p.
- Rècinèyes, Liège, éd. Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Littérature dialectale d’aujourd’hui », no 7, 1980, 37 p.
- Totes lès-ameûrs dè monde, Namur, éd. Lès Rèlîs Namurwès, 1983, 52 p.
- Se la cenere torna brace, Bologne, éd. Bohumil, 2023, 40 p. (ISBN 978-8-895074-67-2)
Essais
- L’œuvre en wallon de Robert GRAFÉ (1896-1968) (coécrit avec Jean Van Crombrugge, Robert Vandamme et Albert Maquet), Liège, éd. Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne », no 1, 1994, 52 p.
- L’œuvre en wallon de Auguste LALOUX (1906-1976) (coécrit avec Jean Guillaume, Bernard Louis et Jean Germain), Liège, éd. Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne », no 4, 1998, 56 p.
- Hommage à Lucien LÉONARD (1909-1989) (coécrit avec Joseph Dewez, Jean Germain et Lucien Somme), Liège, éd. Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne », no 10, 2006, 78 p.
- Hommage à Joseph Calozet (1883-1968) (coécrit avec Claudine Calozet, Joseph Dewez, Bernadette Laloux et Pierre Otjacques), Liège, éd. Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne », no 23, 2020, 60 p. (ISBN 978-2-930505-32-9)
- Hommage à Jean Guillaume (1918-2001) (coécrit avec Baptiste Frankinet, Bernard Louis et Bernard Thiry), Liège, éd. Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne », no 24, 2021, 104 p. (ISBN 978-2-930505-33-6)
Préfaces
- (wa) Jean Guillaume, Pa-drî l's-uréyes, Namur, Lès Rèlîs Namurwès, , 72 p.
- Henry Matterne, Djôyes èt rascrauwes, Liège, éd. Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Littérature dialectale d’aujourd’hui », no 37, 2012, 60 p. (ISBN 978-2-930505-15-2)
- Bernard Louis, Lès sints è leûs viladjes, Liège, éd. Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Littérature dialectale d’aujourd’hui », no 43, 2020, 130 p. (ISBN 978-2-930505-31-2)
Notes et références
- 1 2 3 4 5 6 Louis 2025a, p. 4.
- 1 2 Louis 2025b, p. 1.
- 1 2 Sabine Lourtie, « Votre "traducteur" wallon, c'était lui… », dans L'Avenir, édition Huy-Waremme, 20 septembre 2014 (page consultée le 14 décembre 2024).
- 1 2 Louis 2025b, p. 2.
- 1 2 3 4 5 Julien Noël, « Décès de Victor George », sur le portail Objectif plumes, 2024 (page consultée le 14 décembre 2024).
- 1 2 3 Fauconnier 2024, p. 30.
- ↑ Résultats de la liste 15 « RC » pour la commune de Clavier dans « Élections 2006 », sur le site officiel des élections locales de la Wallonie.
- ↑ Louis 2025b, p. 3.
- 1 2 3 4 5 « Victor George », dans Paul Gilles (dir.), Qué bia bouquèt ! Anthologie sonore du wallon namurois, Namur, éd. Lès Rèlîs Namurwès, 2023, p. 241-242.
- ↑ M.L. Michaux-Dossogne 1982, p. 98.
- ↑ Jean Guillaume, Œuvres poétiques wallonnes, éd. Fidélité, Province belge méridionale de la Compagnie de Jésus, 2003.
- ↑ Louis 2025a, p. 5.
- ↑ Pascal Alexandre, « Clavier : les poèmes en wallon de Victor George traduits en italien », dans L'Avenir, édition Huy-Waremme, 25 janvier 2024 (page consultée le 14 décembre 2024).
- ↑ Anne Jacquemin, « Le wallon et le théâtre perdent Victor George, de Bois-et-Borsu », dans L'Avenir, édition Huy-Waremme, 4 décembre 2024, p. 21.
- ↑ Fauconnier 2024, p. 30-31.
- ↑ Belleflamme 2025, p. 16-17.
- ↑ Belleflamme 2025, p. 23-24.
- 1 2 3 4 Louis 2025a, p. 6.
- ↑ Belleflamme 2025, p. 26-28.
- ↑ Belleflamme 2025, p. 30-33.
- ↑ Belleflamme 2025, p. 17.
- 1 2 Willy Bal, préface à M.L. Michaux-Dossogne 1982, p. 10.
- 1 2 Louis 2025a, p. 7.
- ↑ Baptiste Frankinet, « Panorama de la littérature en langues régionales romanes de Wallonie », sur le portail Objectif plumes (page consultée le 6 janvier 2025)
- ↑ Fauconnier 2024, p. 31.
- 1 2 3 Maurice Piron, « En wallon. Un poème de Victor George », La Vie wallonne, t. 35, , p. 275.
- 1 2 Jean Lechanteur, « La Poésie wallonne au XXe siècle », dans Rita Lejeune & Jacques Stiennon (dir.), La Wallonie, le Pays et les Hommes, t. 3 : « De 1918 à nos jours », s.l., éd. La Renaissance du livre, 1979, p. 208 (lire en ligne).
- ↑ Maurice Piron, Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, Liège, éd. Pierre Mardaga, 1979, p. 641-643.
- ↑ Belleflamme 2025, p. 14-15.
- ↑ Belleflamme 2025, p. 30.
- ↑ Belleflamme 2025, p. 35.
- ↑ Fauconnier 2024, p. 32.
- ↑ Joseph Selvais, « Le centenaire du cercle dialectal Lès Rèlîs Namurwès », dans Li quauteron dès cint-z-ans : Choix de textes contemporains publiés à l'occasion du centenaire des Rèlîs Namurwès, Namur, Lès Rèlîs Namurwès, , p. 7
- 1 2 3 4 Louis 2025a, p. 8.
Voir aussi
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- M.L. Michaux-Dossogne (préf. Willy Bal), Dix années de poésie dialectale couronnée par le Prix Georges Michaux patronné par la Ville de Namur : 1972-1982, , 159 p.

- Jean-Luc Fauconnier, « Victor George nous a quittés… », èl bourdon, no 771, , p. 30-32.

- Bernard Louis, « Hommage à Victor George », Les Cahiers wallons, 88e année no 1, 2025a, p. 2-32.

- Bernard Louis, « In memoriam : Victor George (1937-2024) », Chronique de la Société de langue et de littérature wallonnes, no 1, 2025b, p. 1-8.

- Guy Belleflamme, « Victor George, poète wallon », Chronique de la Société de langue et de littérature wallonnes, no 1, , p. 9-36.

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