Yan Jidao

Yan Jidao
Biographie
Naissance

Wéngǎng Xiāng, Empire chinois
Décès
(à 74 ans)
Lieu inconnu
Nom de naissance
Yan Jidao
Autres noms
nom de courtoisie: Shūyuán (叔原)
pseudonyme Xiǎoshān (小山)
Époque
Nationalité
Activité
fonctionnaire, poète
Père
Yan Shu (en)
Enfant
Yan Pu (d)
Œuvres principales
  • Les manches colorées, délicatement, portent la coupe de jade
  • Après le rêve

Yan Jidao (chinois : 晏几道 ; pinyin : Yàn Jǐdào ; Wade : Yen Chi-tao), nom de courtoise Shūyuán (叔原), pseudonyme Xiǎoshān (小山)[a 1] est un poète de chansons de la dynastie Song du Nord. Il est le plus jeune fils hautement talentueux du poète et homme d'État connu Yan Shu (en)[1] p. 66. Grâce à son talent, il est souvent mentionné avec son père sous le nom des « Deux Yan » (二晏)[2]. Ses oeuvres qui ont traversé le temps se retrouvent dans son recueil de chansons Xiaoshan 'Ci' (小山词). Il est reconnu comme un maître de chansons courtes et romantiques (小令 ; xiǎolìng).

Biographie

Enfance

Yan Jidao naît en 1036, dans la localité de Wéngǎng Xiāng, district du Linchua dans la province du Jiangxi[a 2],[3]. Il est le septième fils « de l'une des figures politiques les plus influentes de la cour impériale des Song[a 3] »,[4] p. 248, Yan Shu qui porte le titre de "premier ministre de la Paix" (太平宰相). Yan Shu, aussi poète, fréquente les érudits et lettrés de son époque[5]. Ce qui fait qu'en plus de mener une vie de jeune aristocrate dans le luxe et sans souci[6], Yan Jidao est entouré en bas âge de poésie et de littérature[7]. Cette vie de luxe fera de lui plus tard une personne solitaire, hautaine, et rebelle[8]. Il montre dès son jeune âge un talent littéraire exceptionnel.

Grâce à l'influence de son père, Yan Jidao devient jinshi (diplômé de l'examen impérial) à quatorze ans[9].

Carrière officielle

Toujours grâce à son père, en 1055, Yan Jidao entre dans la fonction publique. Le premier travail qu'il obtient est celui de taizhu (太祝), un poste mineur au ministère de Rites[7]. La même année son père meurt marquant le début du déclin de la prospérité de la famille[10].

Contrairement à son père, il est peu intéressé par la carrière politique. Il se consacre plutôt à la musique et à l'écriture de poésie sous forme de paroles de chanson[3],[11]. Forcé par sa situation, Yan Jidao accepte des postes qui ne sont pas probablement sur la voie hiérarchique officielle[12] p. 164.

Entre 1058 et 1065, Yan Jidao forme avec quelques érudits, dont Huang Tingjian un petit cercle, l'une des périodes les plus heureuses de sa vie selon lui. Il l'évoquera dans ses oeuvres ultérieures[13]. « Audacieux et franc dans ses manières, pourvu d'un esprit intelligent et peu conventionnel, il a tendance à être laxiste[a 4]. »(Commentaire de son ami Huang Tingjian à son sujet :[4] p. 247)

En 1074, Yan Jidao se retrouve mêlé à une affaire liée à son ami Zheng Xia au sujet du Tableau des réfugiés et il est emprisonné. Après sa libération, conscient des luttes et des rivalités politiques, Jidao est désenchanté et découragé face à la possibilité de promotion dans sa carrière professionnelle[13]. Suivant la tendance de l'époque parmi les lettrés, il se laisse aller à l'atmosphère d'amusement, à l'alcool et aux plaisirs sensuels[7]. Il dépense une fortune pendant que sa famille a faim et froid (Commentaire de son ami Huang Tingjian à son sujet :[4] p. 247). Peu à peu « son statut social s'effondre[a 5] »[7].

En 1082, il est nommé à Xutian, dans le district de Yingchang (actuelle ville de Xuchang, province du Henan)[7]. Puis, à la fin de son mandat, il est nommé juge à Qianning[13]. En 1102, toujours comme juge, il est muté à Kaifeng[10]. Trois ans plus tard[10], il « est transféré à la supervision des lois pénales du gouvernement[a 6]. »[7]. Bien que la tendance de l'époque soit de s'attacher un personnage puissant pour mieux vivre et progresser, Yan Jidao refuse de le faire[12] p. 164. Vers 1112, alors qu'il a environ soixante-ans, il démissionne prenant une retraite anticipée de sa carrière politique plutôt médiocre[4] p. 248. Après cette époque, ses activités sont inconnues.

Il meurt en 1110 dans un lieu inconnu.

Yan Jidao est considéré comme un maître des Six Classiques et il a médité sur les œuvres de toutes les écoles de pensée. Immensément érudit, il n'a jamais utilisé ses connaissances pour gravir les échelons sociaux ou professionnels ou en tirer un avantage mondain[12] p. 163. Il s'est toujours passionné pour les paroles de chansons qui ont été créées lors de soirées ou de banquets[11]. Les paroles de chanson étant considérées comme un style inférieur à la poésie classique. Selon son ami Huang, Yan Jidao malgré son immense talent, refuse de manière déconcertante à diriger son talent vers des formes de poésie qui pourraient lui donner un avancement ou une acceptation sociale.

Poésie

Comme poète, Yan Jidao appartient à l'école poétique wanyue(婉約派) de la dynastie Song du Nord. Même s'il est fortement influencé par la poésie de son père et les poètes des Cinq Dynasties, il développe son propre style qui est raffiné et délicat et qui est considéré par plusieurs comme supérieur à celui de Yan Shu[7]. Il compose quelques poèmes classiques à la hâte, mais ce qui reste de son oeuvre, ce sont des paroles de chansons, les xiaoling regroupées dans le Xiaoshan 'Ci' (小山词) qui « ont influencé de nombreux poètes lyriques des générations suivantes[a 7] »,[7]. Ses poèmes reflètent une sensibilité, une mélancolie profonde et une certaine nostalgie. Ses thèmes parlent, entre autres, de ses affaires amoureuses avec les courtisanes, de la vulnérabilité masculine face à la beauté féminine, un thème rarement abordé dans la poésie chinoise de l'époque[11]. Parmi les 258 chansons de Yan Jidao, le terme du « rêve » apparaît dans cinquante-deux de ses paroles.

« C'est le premier auteur des Song à rassembler ses deux cent cinquante-huit poèmes à chanter dont les thèmes les plus fréquents sont les amours de jeunesse et les affres de la séparation[3] ».

Oeuvres représentatives

Air : «Ciel de perdrix » (鹧鸪天)[a 8]

Les manches colorées, délicatement, portent la coupe de jade

(chinois ancien)

彩袖殷勤捧玉鍾,
當年拚卻醉顏紅。
舞低楊柳樓心月,
歌盡桃花扇底風。

(français, traduction personnelle)

Les manches colorées, délicatement, portent la coupe de jade,
Autrefois, je luttais contre le rouge de mon visage ivre.
La danse sous le saule bas, la lune au cœur du pavillon,
Le chant s'achève, le vent sous l’éventail aux fleurs de pêchers.

從別後,憶相逢,
幾回魂夢與君同。
今宵剩把銀釭照,
猶恐相逢在夢中。

Depuis notre séparation, je me souviens de nos rencontres,
Ce soir, seule la lampe d'argent m'éclaire encore,
Combien de fois mon âme et mes rêves ont été avec toi.
De peur que notre rencontre ne soit qu'un rêve.

Air : « L'immortel au bord du fleuve » (臨江仙)[a 9]

Après le rêve

(chinois ancien)

夢後樓臺高鎖,
酒醒簾幕低垂。
去年春恨卻來時,
落花人獨立,
微雨燕雙飛。

(français, traduction personnelle)

Après le rêve, le pavillon haut est verrouillé,
À mon réveil, les rideaux de bambous sont abaissés.
Le regret du printemps de l'an dernier revient,
Les fleurs tombées, seul je me tiens,
Sous la pluie fine, un couple d'hirondelles s'envole.

記得小蘋初見
兩重心字羅衣。
琵琶弦上說相思,
當時明月在,
曾照彩雲歸。

Je me souviens de la première rencontre avec Xiao Ping,
Vêtue d'une robe de gaze à double motif de cœur.
Sur les cordes du pipa, se disait notre amour,
À ce moment-là, la lune brillait,
Elle éclairait le retour des nuages colorés.

Air : « Le sable lavé au ruisseau » (浣溪沙)[a 10]

Une chanson nouvelle,

(chinois ancien)

一曲新詞酒一杯,
去年天氣舊亭台。
夕陽西下幾時回?

(français, traduction personnelle)

Une chanson nouvelle, un verre de vin,
Le temps de l'année dernière, le même pavillon.
Le soleil couchant, quand reviendra-t-il ?

無可奈何花落去,
似曾相識燕歸來。
小園香徑獨徘徊

Les fleurs tombent sans qu'on puisse rien y faire,
Il semble que l'hirondelle qui revient m'est familière.
Seul, j'erre sur le sentier parfumé du petit jardin.

Liens externes

Notes et références

Notes

  1. 小山: petite montagne
  2. Les dates de sa naissance et de son décès sont encore aujourd'hui discutées, mais il est largement accepté que Yan Jidao soit né en 1036 et mort en 1110 à l'âge de 73 ans.
  3. (en) traduction libre de : « of one of the most influential political figures of the eleventh-century Song imperial court. »
  4. traduction libre de : « Bold and forthright in manner, of a clever and unconventional cast of mind, his observance of social taboo tends to be lax. »
  5. (en)traduction libre de: « 社会地位也一落千丈 »
  6. (zh) traduction libre de: « 转管勾使院刑法 »
  7. (zh) traduction libre de : « 曾影响了后世许多词人. »
  8. Genre poétique de la dynastie Song. C'est une forme spécifique de poème qui suit un certain rythme et un modèle de tonalité particulier, utilisé pour exprimer des émotions variées telles que l'amour, la mélancolie ou la réflexion sur la nature. Cette forme poétique est caractérisée par des vers relativement courts et est souvent utilisée pour des expressions lyriques subtiles et émotionnelles.
  9. Modèle de poème composé de 60 caractères en deux strophes. Parfois, la structure des vers et le nombre de caractères peuvent varier. La plupart des poèmes écrits selon ce modèle abordent des thèmes tels que la tristesse printanière, la douleur de la séparation et la nostalgie du passé.
  10. Forme de ci (词), qui suit un schéma rythmique spécifique, généralement composé de trois strophes, chacune de sept caractères.

Références

  1. (en) Lanlan Kuang, « Reviewed Work(s): Just a Song: Chinese Lyrics from the Eleventh and Early Twelfth Centuries by Stephen Owen », China Review International, University of Hawai’i Press, vol. 25, no 1, , p. 65-69 (lire en ligne, consulté le )
  2. Yan Shu, Yan Jidao, The Collection of Poems of Yan Shu and Yan Jidao (Chinese Edition), Shanghai ancient books publishing house, (ISBN 9787532556465)
  3. 1 2 3 Anthologie de la poésie chinoise, Lonrai, Gallimard, coll. « La Pléiade », , 1547 p., p. 1348
  4. 1 2 3 4 (en) Robert Ashmore, « The Banquet's Aftermath: Yan Jidao's Ci Poetics and the High Tradition », T'oung Pao (Second Series), Brill, vol. 88, nos 4-5, , p. 211-250 (lire en ligne, consulté le )
  5. (zh) Zhang Wenge (张文戈), Une étude comparative des poèmes de Yan Ji Dao et Liu Yong sur l'amour (柳永和晏几道恋情词比较研究. 喀什大学), Kachgar, Université de Kachgar (喀什大学),
  6. « Yan Jidao », sur Université de Hong Kong (consulté le )
  7. 1 2 3 4 5 6 7 8 (zh) « 晏几道 (Yan Jidao) » [HTTPS], sur Baike.com (consulté le )
  8. (zh) Chen Xinjie (陈馨洁), Analyse par catégories des poèmes classiques (经典诗词分类赏析), Fuzhou, Université normale du Fujian,
  9. (zh) Analyse par catégories des poèmes classiques. (经典诗词分类赏析), Zhangzhou, Jiangsu Phoenix Literary and Art Publishing (江苏凤凰文艺出版社), , p. 260
  10. 1 2 3 (zh) « Chronologie de Yan Jidao (晏几道年谱) », Journal de l’Université du Guangxi (广西教育学院学报), Guangxi, , p. 82-86
  11. 1 2 3 « Yan Jidao », sur Global Medieval Sourcebook (consulté le )
  12. 1 2 3 (en) Stephen Owen, Just a Song, Harvard University Asia Center, (lire en ligne), p. 163-192
  13. 1 2 3 (zh) Deng Yongqi (邓永奇), Analyse de la vie tragique de Yan Ji Dao et de son style unique de poésie.(论晏几道的悲剧人生与独特词风), Nanchang, Université de Nanchang (南昌大学),
  • icône décorative Portail de la poésie
  • icône décorative Portail de la Chine
  • icône décorative Portail de l’Asie