Conjugaison:luxembourgeois

La conjugaison d’un verbe en luxembourgeois est une construction analytique héritée de l’allemand et de l’ancien francique, mais influencée par le français. Elle repose sur la variation du radical verbal, auquel s’ajoutent des terminaisons personnelles et, pour les temps composés, un auxiliaire (hunn ou sinn) suivi du participe passé.

La conjugaison luxembourgeoise est globalement régulière : une fois qu’on connaît le radical, les terminaisons et le choix de l’auxiliaire, on peut reconstituer presque tous les temps.

Formes verbales conjuguées

Groupes de verbes

On ne distingue pas formellement de « groupes » comme en français, mais on peut classer les verbes selon leur terminaison et leur comportement phonétique :

  • Le groupe régulier en -en (la majorité) : verbes comme kucken (regarder), lafen (courir), sangen (chanter). Ces verbes ont un radical stable, et leurs terminaisons suivent un modèle unique. Exemple : ech kucken, du kucks, hien kuckt, mir kucken, dir kuckt, si kucken.
  • Le groupe irrégulier fort, issu des verbes à modification vocalique (umlaut ou changement de voyelle). Exemple : lafendu leefs, hien leeft (voyelle a → ee au singulier).
  • Un petit groupe mixte combine des traits réguliers et forts : halen (tenir), schlofen (dormir), ginn (donner), kommen (venir).
  • Enfin, les verbes auxiliaires et modaux (sinn, hunn, kënnen, mussen, däerfen, sollen, wëllen, wëssen) forment un ensemble très irrégulier, comparable aux verbes être, avoir, pouvoir en français.

Formes du radical

La plupart des verbes emploient deux ou trois radicaux :

  • R1 – radical de base : pour la plupart des formes (infinitif, pluriel, participe).

kuck- dans kucken, mir kucken, gekuckt.

  • R2 – radical du présent singulier : peut subir une mutation de voyelle (umlaut).

laf-leef- (du leefs).

  • R3 – radical du prétérit : souvent terminé par -t ou -s selon le modèle allemand.

ech koum (venir) / du hues gesinn (voir).

  • R4 – radical du participe passé, généralement : ge- + radical + -t/ -n.

ge-kuck-t, ge-laf-en, ge-maach-t.

Marques de personnes

Les terminaisons personnelles du présent (et de la plupart des temps simples) sont :

PersonnePronomTerminaisonExemple avec kucken (regarder)
1re personne du singulierech-enech kucken — je regarde
2e personne du singulierdu-sdu kucks — tu regardes
3e personne du singulierhien / si / et-thien kuckt — il/elle regarde
1re personne du plurielmir-enmir kucken — nous regardons
2e personne du plurieldir-tdir kuckt — vous regardez
3e personne du plurielsi-ensi kucken — ils / elles regardent

Les formes irrégulières (notamment des verbes modaux ou sinn / hunn) suivent des schémas propres : ech sinn, du bass, hien ass, mir sinn, dir sidd, si sinn.

Verbes irréguliers

Les verbes réellement irréguliers sont peu nombreux : sinn (être), hunn (avoir), ginn (donner), kommen (venir), goen (aller), maachen (faire), gesinn (voir), wëssen (savoir), kënnen (pouvoir), mussen (devoir), wëllen (vouloir), sollen (devoir moral), däerfen (avoir la permission).

Exemples :

InfinitifPrésent (1re3e pl.)Participe passéTraduction
sinnech sinn, du bass, hien ass, mir sinn, dir sidd, si sinngewieschtêtre
hunnech hunn, du hues, hien huet, mir hunn, dir hutt, si hunngehatavoir
goenech goen, du gees, hien geet, mir ginn, dir gitt, si ginngaangenaller
kommenech kommen, du kënns, hien kënnt, mir kommen, dir kommt, si kommenkommvenir
ginnech ginn, du gëss, hien gëtt, mir ginn, dir gitt, si ginnginndonner
maachenech maachen, du mëss, hien mëcht, mir maachen, dir maacht, si maachengemaachfaire
gesinnech gesinn, du gesäis, hien gesäit, mir gesinn, dir gesitt, si gesinngesinnvoir
wëssenech weess, du weess, hien weess, mir wëssen, dir wësst, si wëssengewosstsavoir
kënnenech kann, du kanns, hien kann, mir kënnen, dir kënnt, si kënnengekonntpouvoir (capacité)
mussenech muss, du muss, hien muss, mir mussen, dir musst, si mussengemusstdevoir (nécessité)
sollenech soll, du solls, hien soll, mir sollen, dir sollt, si sollengesolltdevoir (obligation morale)
wëllenech wëll, du wëlls, hien wëll, mir wëllen, dir wëllt, si wëllengewolltvouloir
däerfenech darf, du därfs, hien darf, mir däerfen, dir däerft, si däerfengedierftavoir la permission

Temps verbaux

Présent de l’indicatif

C’est le temps de base. Radical + terminaison personnelle. Exemple : ech sangen, du sans, hien sant, mir sangen (chanter).

Passé composé

Formé avec hunn (avoir) ou sinn (être) + participe passé : ech hunn geschafft, ech sinn komm, mir hu gelaf.

Les verbes de mouvement ou de changement d’état prennent sinn, les autres hunn.

Prétérit (Imparfait)

Rare à l’oral, remplacé par le passé composé. Formé par modification interne du radical : sinnech war, hunnech hat, kommenech koum.

Plus-que-parfait

...

Futur

Formé avec l’auxiliaire goen ou wäerten + infinitif : ech ginn / wäerten schaffen.

Futur simple

...

Futur antérieur

...

Conditionnel

Formé sur géif + infinitif : ech géif schaffen → « je travaillerais ».

Conditionnel présent simple

...

Conditionnel présent progressif

...

Conditionnel passé

...

Subjonctif

Rare et souvent remplacé par l’indicatif ; seules quelques formes subsistent (souvent dans les expressions figées ou religieuses) : et si wéi et wëll ainsi soit-il »).

Auxiliaires

Les deux auxiliaires principaux sont hunn (avoir) et sinn (être).

  • hunn → pour les verbes transitifs ou d’action simple.
  • sinn → pour les verbes de mouvement ou d’état.

Les auxiliaires modaux (kënnen, däerfen, sollen, wëllen, mussen, wëssen) se conjuguent de manière très irrégulière mais servent à construire des périphrases proches du français : ech kann goen (je peux aller), ech muss schaffen (je dois travailler).

Formes non conjuguées

  • Infinitif : radical + -en (maachen, goen, sangen).
  • Participe passé : ge- + radical + -t ou -n (gemaach, gelaf).
  • Participe présent / gérondif n’existe pas formellement ; on utilise des périphrases : amgaangen ze … (en train de …), nom … ze … (après avoir …).

Remarques

Le luxembourgeois n’a que deux temps simples usuels (présent et prétérit) ; tous les autres sont composés ou périphrastiques.

L’ordre des mots est fondamental : le verbe conjugué est toujours en deuxième position dans la phrase principale, et à la fin dans les subordonnées.

Les verbes pronominaux n’existent pas en tant que catégorie ; on utilise des pronoms réfléchis (se, sech) avec les verbes ordinaires : ech wäschen mech = je me lave.

Références